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20/04/2012

20 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE FOI" par V.BELEN (fin)

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HISTOIRE D’UNE FOI (fin) – V.BELEN

 

 

 

 

Dans toutes ces tribulations, à aucun moment je n’ai perdu la foi. Bien au contraire, le Christ en croix, le Christ ressuscité est mon frère, tout proche, et mon espérance. Je n’éprouve aucune révolte contre Dieu. La foi m’a été donnée dans un contexte tellement douloureux qu’elle est mon bien le plus précieux dans l’épreuve. C’est là que je me ressource, c’est par elle que je vais de l’avant. Je me sens à l’abri de la désespérance dans mon amour filial pour le Père, dans mon amour maternel pour mes enfants. Fidèlement, dans les limites de ma disponibilité et de mes forces, je partage la vie de ma communauté de paroisses, ma famille d’adoption. Et je vois davantage dans mon existence trace de la Providence que du malheur. A présent, six années plus tard, je peux regarder avec fierté et gratitude le chemin parcouru. Mes enfants sont ma joie au quotidien. Ils ont souffert avec nous dans la tourmente, mais ayant gardé à parts égales l’amour et l’attention de leurs deux parents, ils se sont construits chacun de la plus belle des façons. Je ne cesse de m’émerveiller de leurs personnalités riches, toutes différentes, mais toutes en promesse d’accomplis-sement. Malgré les aléas du divorce, j’ai pu rester dans notre maison, dans ce village que j’aime tant, dans mon école et dans ma paroisse qui sont autant de ports d’attache chers à mon coeur. Je m’épanouis bien mieux dans mon métier, la sérénité venue, que dans mes jeunes années. Le sourire de mes élèves, c’est le sourire de mon quotidien. Les éclats de rire avec mes collègues, autant de moments précieux qui rendent la vie plus fluide et plus légère. Je vis à distance de ma famille, mais nous sommes proches par le coeur. Ma petite maman, partie si brutalement en mars 2010, est présente en moi comme jamais, je la ressens libérée de toutes ses angoisses, veillant sur nous à chaque instant. Mystère de la communion des saints, de cette foi de l’Eglise qui fait que nous ne perdons pas l’amour et l’espérance pour ceux qui, en Christ, n’ont quitté que leur enveloppe charnelle. Promesse de retrouvailles dans la joie. Dans le doute, j’ai connu la grâce. Dans le désespoir, j’ai trouvé le secours. Dans l’humiliation, j’ai cheminé vers l’humilité. Dans le dépouillement, j’ai appris à ne glorifier que l’essentiel : Merci, Seigneur Jésus. - 42 -

Je tiens à remercier toutes les personnes, citées ou non dans ce témoignage, qui m’ont accompagnée tout au long de ma vie sur mon chemin de foi. Merci à ma famille, qui n’a pas toujours compris mes excès et mes revirements, mais qui ne m’a jamais retiré son amour pour autant. Merci à mon ex-mari, qui m’a donné trois enfants merveilleux et m’a permis de rester dans notre maison. Merci à mes amis, qui sont nombreux et avec qui les liens demeurent au long des années, tissés de toute la richesse de nos vécus respectifs et communs. Merci à mes voisins et collègues, à ceux que je côtoie dans cette région et dans cette communauté de paroisses que j’aime, et auxquels je suis reconnaissante de m’avoir adoptée. Merci à tous ceux qui m’ont soignée avec compétence et humanité quand je n’avais plus d’autre choix que de m’en remettre à eux. Merci à mon oncle prêtre qui m’a donné le baptême, et qui m’a obligée malgré lui à chercher sans relâche et partout le vrai visage du Christ auquel je crois. Par souci de discrétion, certains prénoms ont été changés dans ce récit. Mars 2011,

« Ne rien préférer à l’amour du Christ » Saint Benoît de Nursie

Bibliographie

Traduction OEcuménique de la Bible, Editions du Cerf, 1988

La Bible de Jérusalem, Editions du Cerf, 1998

Lectionnaire pour la Liturgie des Défunts, Editions Fleurus

Liturgie catholique

Cantique D 125, Cantique K 35

Règle de saint Benoît

Revue Panorama et Méditations bibliques rédigées par les moines de la Pierre-qui-Vire , Bayard, 1998 à 2002 Anne Frank, Le journal d’Anne Frank, Editions Calmann-Lévy, 1950 Vercors, Les animaux dénaturés , Editions Albin Michel, 1994 Friedrich Nietzsche, L’Antéchrist, Editions Gallimard, 1990 Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel, Editions Aubier, 1971 Andreas Pohl, Wenn du genau hinschaust , Verlag Ernst Kaufmann, Lahr, 1995 Théodore Monod, Terre et ciel , Babel, Entretiens avec Sylvain Estibal, Editions Actes Sud, 1997 Amédée Hallier, Dominique Megglé, Le Moine et le Psychiatre : Entretiens sur le bonheur , Editions Bayard, 1995

Jean Pirot , Trois amies de Jésus, Editions Lire la Bible, 1986

Guy Bechtel, Les quatre femmes de Dieu , Editions Plon, 2000

Eugen Drewermann, L’évangile des femmes, Editions du Seuil, 1996 Rémi Fabre, Les protestants en France depuis 1789, Editions La Découverte, 1999 Geneviève Comeau, Juifs et chrétiens, le nouveau dialogue, Editions de l’atelier, 2001 Christine Pellistrandi, Jérusalem épouse et mère, Editions Lire la Bible, 1989 Annaëlle Chimoni, Le Livre d’Annaëlle, Editions du Rocher, 2000 Jean-Jacques Antier Le mysticisme féminin, Editions Perrin, 2001 Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu, Presses de la Renaissance, 2000

Thérèse d’Avila, OEuvres complètes, Editions du Cerf, 1995 Thérèse de Lisieux, Histoire d’une âme, Editions du Sarment, 2001 Elisabeth de la Trinité, J’ai trouvé Dieu, oeuvres complètes tome II, Editions du Cerf, 1979 Dominique Poirot, Jean de la Croix, poète de Dieu, Editions du Cerf, 1995 Régine Pernoud, Hildegarde de Bingen, Editions du Rocher, 1994 Paul Mommaers, Hadewijch d’Anvers, Editions du Cerf, 1994 Elisabeth de Miribel, Edith Stein, la bénie de la Croix, Editions du Livre ouvert, 2002 Michel Dupuis, Prier 15 jours avec Edith Stein, Editions Nouvelle cité, 2000 Dom André Gozier, Prier 15 jours avec saint Benoît, Editions nouvelle cité, 1995 Pierre Michalon, Prier 15 jours avec l'abbé Paul Couturier, Editions Nouvelle cité, 2003 Jean-Marie Lustiger, Le choix de Dieu, Entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton , Editions de Fallois, 1987 Ghislain Lafont, Qui est Jésus ? , Editions Parole et Silence, 2001 Thomas a Kempis, L’imitation de Jésus-Christ, Editions Salvator, 1999 Revue Autrement, collection Mutations, N° 190, Janvier 2000, Des saints, des justes, Editions Autrement, 2000

 

 

Source : www.histoiredunefoi.fr

 

 

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19/04/2012

19 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE FOI" (suite)

(Avant de poursuivre la lecture du récit de véronique BELEN - avant-dernier de la série, déjà! - je vous propose une petite promenade autour et au-dessus du Lac du Bourget - réalisé et communiqué par l'ami bogonaute D.MERLEN, que nous savons artiste, informaticien et photographe, sans compter tout le reste! Il suffit pour y accéder de cliquer sur ou de copier dans le navigateur l'adresse suivante:)

http://www.visites-interactives.eu/fr/visite-lac-du-bourget/lac-du-bourget.html

 

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HISTOIRE D’UNE FOI (suite) – V.BELEN

 

 

Chapitre 4

La maladie

 

Imperceptiblement, je ne parviens plus à faire le tri entre ce qui est de l’ordre de la foi sensible, de l’émotion religieuse, et ce qui sera diagnostiqué plus tard comme mes premières hallucinations, qui vont devenir de plus en plus sévères au fil des mois. Je m’attache de façon démesurée au personnage de Marie de Béthanie, la douce soeur de Marthe et Lazare, dont j’ai toujours aimé l’attitude d’écoute aimante aux pieds du Seigneur – je suis de ceux qui pensent, comme Jean Pirot ou les orthodoxes et certains protestants, qu’elle est un personnage complètement distinct, dans l’Evangile, de Marie de Magdala, que l’on appelle couramment « Marie-Madeleine » . Je désire sincèrement me mettre dans cette attitude évangélique en écoutant, à l’intérieur de moi, la voix bouleversante de beauté que j’entends distinctement et que j’attribue au Christ, je m’identifie progressivement à Marie de Béthanie, je deviens Marie de Béthanie… Je serai assaillie au fil des mois par des voix de plus en plus nombreuses, dans toutes les langues que je maîtrise, me sentant reliée en droite ligne au Ciel et à tous les saints que je vénère le plus. Et comme je le comprendrai bien plus tard, ma pathologie sous-jacente m’empêche d’exercer un regard critique sur le délire dans lequel je m’enfonce. Bien des gens autour de moi remarquent que je ne suis plus la même, que ce que je vis, dis et écris n’est plus de l’ordre de la normalité. Je ne peux accéder à leur raisonnement et accepter des soins. Je me brouille avec mes meilleurs amis plutôt que de renoncer à ma vie intérieure, même si je suis dans une souffrance extrême du fait de la distorsion entre mon monde hallucinatoire, idyllique et valorisant, et ma vie quotidienne, plate et répétitive. Et pourtant je continue à l’assumer, mes enfants ne manqueront de rien si ce n’est de disponibilité psychique et de réalisme de ma part. Je souffre dans cette vie étroite, étant femme au foyer, je suis presque totalement désocialisée. Ma famille est loin. Mon mari est désemparé mais ne m’est pas d’un grand secours. Nous nous enfermons dans un fonctionnement pathologique, avec des affrontements violents. Notre entourage croyant sous-entend avec insistance que c’est dans notre couple que nous trouverons l’issue à cette impasse. Au fond de moi, je sais que la solution n’est pas là. Mais je ne suis pas entendue. Je tourne le dos à l’Eglise catholique, qui est dans la fièvre du Jubilé de l’an 2000. Je n'y prendrai aucune part. Nous nous intégrons à une petite paroisse évangélique par l’intermédiaire d’amis. Nous la fréquenterons le dimanche pendant six mois, avec bonheur, y rencontrant d’authentiques chrétiens, partageant avec eux des cultes beaux et fervents, dans une grande fraternité. Je ne peux regretter cette expérience qui m’a ouverte à une autre Eglise, que je respecte absolument, même si je suis réservée quant aux dérives pentecôtistes que l’on observe dans certaines. Par contre, j’y remarquerai encore davantage que dans l’Eglise catholique le peu de place faite aux femmes, et je ressentirai un manque dans l’absence de référence à Marie et aux saints. Au bout de quelques mois, je m’y heurterai aux mêmes barrières quand j’essaierai de faire passer mes révélations mystiques incohérentes au pasteur. Je cesse toute pratique religieuse, vivant cette solitude spirituelle comme un ultime renoncement. Je souffre intensément. Je me réfugie dans la lecture des grands mystiques - sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, Elisabeth de la Trinité, Hadewijch d’Anvers - espérant trouver dans ces écrits une confirmation de ce que je vis dans mon monde intérieur. Tout n’aura pas été perdu, cette nourriture spirituelle m’aura instruite et réconfortée dans ma déréliction.

Au paroxysme de ma construction délirante, je suis hospitalisée dans un service fermé de psychiatrie. Seuls ceux qui sont passés par là et éventuellement leurs soignants peuvent se figurer la souffrance que l’on vit en ces lieux. On y descend au plus bas de la condition humaine. Avec en outre tous les effets secondaires, abrutissants les premiers jours, des traitements. Le plus extrême de la détresse et de l’humiliation. Et pourtant… Et pourtant je vis là quelque chose de l’amour humain, quelque chose de l’amour divin. Une amie très chère me rend visite souvent, avec une écoute et une bonté infinies. Elle avait vu avant moi que j’étais malade, mais je n’avais pas voulu l’entendre. Je me confie à un prêtre aumônier de la structure, auquel je serai éternellement reconnaissante, qui trouve les mots pour me réconforter, qui me fait amorcer une réconciliation avec moi-même et me donne une absolution dans ce lieu si hostile. Que ne l’ai-je rencontré plus tôt ! Je noue des liens avec les autres malades, qui sont tous là pour des problèmes différents du mien, je me prends d’amitié pour certains. La voisine de chambre qui me relève dans le couloir lorsque je perds connaissance, accusée par l’infirmier de simuler un malaise, le SDF qui passe ici l’hiver, la jeune fille abusée dans son enfance, le toxicomane qui émerge de son cauchemar, la jeune maman qui pleure sa fille morte à sept ans… Tous, je les porte encore dans mon coeur. Mon psychiatre est un homme bon, il comprend qu’il ne peut pas me priver de ce qui me fait vivre, il m’autorise à franchir la porte verrouillée du service plusieurs fois par semaine pour me rendre aux offices à la chapelle de l’hôpital. Là, je réentends la Parole de Dieu avec des oreilles neuves, tremblante encore sous l’effet des neuroleptiques. Je redécouvre dans ma détresse toute la force de l’Eucharistie. Longtemps après, j’irai encore à la messe le dimanche dans cette chapelle, là, avec le peuple des petits, des simples en esprit, des blessés de l’âme, des « fous » en tous genres qui sont devenus pour moi comme une seconde famille, je suis des leurs et cet aumônier sait nous parler. Il m’a tendu la main et m’a rendu ma place de simple brebis dans le grand troupeau du Christ.

Je passe trois semaines dans cet hôpital avant d’entamer une longue convalescence chez moi. Pour me recueillir en moi-même, m’offrir une respiration silencieuse loin de mes obligations de maman – mes enfants sont encore bien jeunes - je séjourne pendant une semaine dans un couvent de religieuses plutôt âgées, où je trouve un grand réconfort dans la prière, la liturgie et la solitude. J’y lis « L’histoire d’une âme » de sainte Thérèse de Lisieux. J’écoute une série de conférences enregistrées sur la prière. Je partage mes repas avec trois prêtres sympathiques qui me trouvent bien taciturne. C’est peu dire que quelque chose en moi s’est éteint. Je ne suis pas encore tout à fait délivrée de mes hallucinations, qui cèderont peu de temps après grâce à une lettre de mon vieux moine bénédictin, qui m’aide à débusquer les dernières traces de mon délire de façon incontestable. J’ose croire que sa prière ardente n’y a pas été pour rien. Cette fois, je dois faire le deuil de toute cette vie intérieure exaltante qui m’a habitée pendant presque deux ans. Je sombre dans une profonde dépression qui me ravagera pendant des mois. Se réveiller dès l’aube avec l’appréhension de toute une journée de souffrance qui s’annonce. N’attendre que le soir pour s’oublier dans un sommeil chimique. Trouver insurmontables les tâches les plus simples du quotidien, fournir un effort surhumain pour continuer à tenir sa maison, à faire ses courses, à être maman. Ne plus avoir de goût à rencontrer autrui, ne plus être capable de s’émerveiller de ce qui naguère nous enchantait. Ne pas parvenir à chasser de sa tête un nuage dense de souffrance et de culpabilité. Je ressasse encore et encore ce que j’ai dit, ce que j’ai écrit, ce que j’ai fait d’insensé pendant ces mois de déraison. Je m’en veux terriblement d’avoir importuné les hommes d’Eglise de mon entourage et ce bon vieux moine que j’ai assailli de lettres et qui n’y pouvait rien. J’ai d’amers regrets d’avoir malmené mon mari, mes amis les plus chers, ma famille, d’avoir été sourde pendant ces mois de troubles aux besoins réels de mes enfants en temps, en attention, en écoute. La lucidité qui me revient me renvoie à la béance de mon vide affectif et social, que mon délire ne cessait de compenser. Je ne travaille plus, je suis comme une femme de ménage qu’on ne reconnaîtrait pas comme telle et qu’on ne gratifierait pas. L’amour de mon mari m’échappe de jour en jour, depuis longtemps il se désintéresse de moi, mais cette femme qui pleure l’indispose encore davantage. J’essaie de me reconstruire une identité sur les décombres de ma vie psychique avec un psychologue qui m’écoute patiemment. Ce sera long.

Je suis épuisée. Je retourne en clinique psychiatrique peu avant Noël 2001 pour trois semaines, très loin de chez moi, sans possibilité de visites, pour réapprendre le goût de vivre. Juste avant mon départ, au sortir de la messe, une amie paroissienne me met autour du cou, dans un élan d’affection, la croix qu’elle porte toujours sur elle et qui symbolise toute sa foi ardente. Ce séjour portera ses fruits. Entre des activités manuelles, de la marche, du chant, du théâtre, de l’expression corporelle, je reconquiers un peu de confiance en moi. Des liens profonds se tissent avec les autres malades. Nous échangeons beaucoup sur les origines de notre souffrance, sur nos ressentis, sur nos déceptions aussi quant à notre suivi psychiatrique ici ou là. J’expérimente une fois de plus la fraternité des laissés-pour-compte de cette société de la performance. Dans cette clinique, je ne suis pas coupée non plus de l’Eglise, je peux assister à la messe dans la chapelle ou dans la paroisse de la ville. Je vais m’y réconcilier avec le dogme qui me pose le plus de problèmes depuis longtemps dans le catholicisme, celui de l’Immaculée Conception, puisque j’y suis le 8 décembre et que je partage à ce sujet avec un prêtre. Je goûte une fois encore la grâce du sacrement de réconciliation. Après ce séjour, je remonte peu à peu la pente. Sans que j’aie compris ce qui a motivé cette demande, le prêtre de ma paroisse me confie le merveilleux service de donner la communion à la messe. Je m’en acquitte avec bonheur et gratitude. Communier aux deux espèces à l’autel, porter le Corps du Christ à mes frères et soeurs en Eglise, auxquels je suis de plus en plus attachée, me comble spirituellement et va m’ouvrir une voie de guérison. Je reçois aussi le sacrement des malades. Peu à peu, je m’habitue à cette foi confiante, totale bien que dépourvue d’émotion. Je suis dans la nudité de la prière aride, sans ressenti, j’en souffre mais je ne doute pas pour autant. Je dois m’abandonner à la confiance, à la foi en Eglise sans plus me laisser aller à des élans mystiques dont je ne saurais, dans la faiblesse de ma convalescence, discerner s’ils sont authentiques ou pathologiques. Je vais de mieux en mieux, à la faveur aussi d’un traitement médical plus adapté, et ma psychothérapie faisant son oeuvre en profondeur. Quelques mois plus tard, je me sens prête pour un saut essentiel : je reprends mon travail d’institutrice, non sans appréhension car je redémarre sur un nouveau poste après quatre ans de congé parental. La fraîcheur innocente de mes petits élèves, leur affection, leur spontanéité vont me tirer de ma morosité. J’ai à nouveau une mission dans la société, des contacts hors de chez moi, un emploi du temps à tenir. Mon supérieur hiérarchique me témoigne sa confiance et me rassure sur mes compétences. Je me reconstruis.

En quête de moi-même Je vais également m’intégrer davantage à la vie de ma paroisse : je participe à des soirées de réflexion et de prière en petits groupes autour de thèmes proposés par le diocèse pour le temps du carême. Je prends part aussi avec un vif intérêt à des soirées de lecture biblique encadrées par notre prêtre. J’y puiserai des connaissances qui me faisaient défaut et un goût encore plus prononcé pour les Ecritures. Dans ce cadre, merveilleuse expérience aussi que cette soirée où une femme de religion juive invitée par notre prêtre nous fait vivre une Pâque, avec les textes et les plats symboliques de cette grande fête du judaïsme, qui fut aussi la dernière de notre Sauveur. Je ne peux dorénavant plus dissocier ma foi chrétienne de la foi juive. Je me plongerai à cette période avec fascination dans l’oeuvre et le témoignage de vie d’Edith Stein, qui résume si bien à elle seule la cohérence de la continuité judéo-chrétienne. Elle qui, en recherche de Dieu, s’était exclamée « Das ist die Wahrheit ! » ( Voilà la vérité ! ) en lisant « Le livre de la vie » de sainte Thérèse d’Avila, ne me passe-t-elle pas en quelque sorte le flambeau en me faisant comprendre que toute ma vie, je n’ai été qu’en quête de vérité, et que ma recherche aboutit au Christ Fils de Dieu, Messie issu du peuple juif et offert aux chrétiens de toutes obédiences et à tout homme qui le reconnaîtra comme tel ? Et le chemin de croix d’Edith Stein, qui va du Carmel d’Echt au camp d’extermination d’Auschwitz, me rappelle que tout disciple du Christ désireux de le suivre doit accepter de se charger à un moment ou à un autre de la croix qui pèse lourdement sur ses épaules. Entre ma vie spirituelle intense, mon métier, ma vie de famille et mon cercle d’amis, tout pourrait se passer au mieux, mais il n’en est pas ainsi. Depuis les premiers assauts de ma maladie, ma vie conjugale ne cesse d’être conflictuelle. J’en souffre profondément. Nos enfants assistent impuissants à nos déchirements. Des amis de notre communauté de paroisses, engagés dans le Chemin Neuf, se montrent désireux de nous venir en aide et nous proposent de participer à une session Cana pour couples en juillet 2004. Nous nous y inscrivons. Nous emmenons nos enfants près du lieu de la session, ils seront répartis dans des centres d’accueil encadrés par des bénévoles des fraternités Cana, nous ne les retrouverons qu’à la fin de la semaine. L’ouverture oecuménique du Chemin Neuf me ravit. La session est d’une intensité émotionnelle et religieuse exceptionnelle. J’y prie, j’y chante, j’y parle et j’y écoute de toute la profondeur de mon être. Dans les temps liturgiques, qui sont de toute beauté, je suis profondément heureuse, pleine de ferveur, mais dans les partages en groupe autour de notre histoire et de notre ressenti de couple, j’exprime du dedans de moi et j’entends de la part de mon mari des choses très douloureuses à assimiler.

Et là se produit ce que je n’aurais su prévoir. Mon psychiatre avait jugé bon de suspendre mon traitement et mon suivi un an auparavant, puisque je donnais tous les signes de la guérison. Là, dans ce contexte ecclésial et fraternel si chaleureux, contre toute attente, je rechute. Tout me revient comme quatre ans plus tôt, l’émotion mystique démesurée, les voix que j’entends, le repli sur mon vécu intérieur. Et l’impossibilité d’exercer un esprit critique sur ce que je suis en train de vivre, la réalité extérieure devenant moins prégnante que ce que j’expérimente au plus profond de moi-même. Mes trois années de rémission m’apparaissent soudain comme un sommeil de mon âme. Je vis au-dedans de moi ce que d’autres mystiques ont décrit comme l’amour sponsal pour le Christ. On a beau me dire que c’est à mon mari que je dois porter cet amour-là, j’ai beau m’y efforcer, trop d’événements, depuis trop d’années, m’ont fait comprendre qu’il ne m’aimait pas vraiment pour moi-même, et qu’en outre il brouillait souvent mes chemins vers Dieu, inconsciemment certainement, plutôt que de me mener vers Lui. A ses côtés, je ne peux devenir celle que je suis vraiment au plus profond de moi. Je voudrais que la blessure profonde de notre couple puisse guérir, mais j’ai une conscience trop vive du gouffre qui nous sépare désormais pour oser encore l’espérer. Après une semaine de vacances consécutive à la session Cana, pendant laquelle je suis dans un état très confus, de retour à la maison, je réamorce une descente aux enfers. Le conflit avec mon mari devient très violent, il me voit sombrer à nouveau dans un mysticisme exacerbé et perd toute patience, d’autant plus que je recommence à tenir des propos hors du commun que je tente une fois encore de transmettre à des hommes d’Eglise. Tandis que se trame autour de moi un internement sous contrainte, je me rends à un rendez-vous organisé par mon généraliste à l’hôpital psychiatrique, seule, et je suis sommée par un médecin qui ne me connaît pas de revenir le soir même, avec mes affaires, pour me faire hospitaliser. Son attitude à mon égard se raidit dès que j'évoque mes espérances d'une réconciliation entre Juifs et chrétiens. J'obéis à son injonction, je vais préparer mon bagage et je seule, au volant de ma propre voiture, je traverse même le parc de nuit, sans infirmier, avec ma valise, pour trouver le pavillon où on m'attend. Et l’on va changer sans raison valable cette hospitalisation libre en hospitalisation sous contrainte, dans un service fermé vétuste, sous la responsabilité d’un psychiatre odieux, qui ne considèrera que le diagnostic de son confrère, niera ma souffrance conjugale et m’interdira l’accès à la chapelle pendant tout mon séjour. Je ne trouve de consolation que dans les échanges fraternels avec les autres malades du service. La jeune fille abusée dans son enfance qui était déjà là trois ans et demi plus tôt me reconnaît dès mon arrivée et nous tombons dans les bras l’une de l’autre. L’aumônier me fera aussi l’amitié d’une visite. Je garde le souvenir d’une infirmière douce et à l’écoute. Quand je reviens chez moi au bout d’une dizaine de jours, mon mari m’annonce qu’il a trouvé un appartement et qu’il va me quitter. Ce qu’il fait.

Toute violente que soit cette situation, je vais mettre à profit le calme revenu dans la maison pour accélérer ma convalescence. Et cette fois je ne suis plus aussi seule pour traverser la tourmente : je dispose depuis quelque temps d’internet et je vais pouvoir y puiser du soutien dans mon épreuve par le biais des forums de discussion orientés vers la psychologie ou la foi chrétienne. Je vais y trouver de la compassion, des conseils pour rebondir, je vais m’informer sur ma maladie, partager avec d’autres qui ont vécu des tourments comparables. Moi qui me méfiais du virtuel, je vais m’y faire de véritables amis, tisser des relations riches et durables, expérimenter la solidarité sur ces réseaux qui sont une véritable chance pour les personnes très isolées et en souffrance. Le quotidien est lourd, je suis fatiguée, mais je garde pied dans le réel en continuant à travailler et en élevant mes enfants, leur père assumant heureusement sa part de présence à leurs côtés et me rendant dans les premiers temps d’indispensables services. J’aurai la chance, pendant cette période, d’être soutenue par un psychiatre fin et compétent. Le traitement le plus adapté me stabilisera durablement. En veillant à mon hygiène de vie et en m’accordant suffisamment de sommeil, je mène désormais une existence des plus normales. L’envie de porter un regard optimiste sur la vie me reviendra progressivement. Et au fil des mois, des années, je découvre que je peux aider autrui par mon expérience et ma combativité. Comprendre l'indicible souffrance pour l'avoir vécue. Etre à mon tour lumière pour qui demeure encore dans les ténèbres et la lutte contre le désespoir, sur le net ou dans la vie ordinaire…

Source : www.histoiredunefoi.fr

 

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18/04/2012

18 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE FOI" par V.BELEN (suite)

 

 

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HISTOIRE D’UNE FOI (suite) – V.BELEN

 

 

Le temps des épreuves

 

Je crois profondément que Dieu donne à qui se confie en Lui les forces nécessaires pour affronter les tempêtes de la vie. Et que certaines grâces sont en quelque sorte préparatoires aux tribulations. Alors que je commence à goûter la quiétude de ma foi retrouvée, la tornade s’abat sur nous. Etienne m’annonce dans une lettre qu’il quitte les ordres. C’est pour moi un bouleversement émotionnel et psychique extrême. J’ai passé quinze années à me demander si sans sa vocation religieuse, Etienne aurait fait sa vie avec moi. Et au moment où je me sens entièrement en phase avec son choix de vie, il prend à nouveau un autre chemin. Dans les mois qui vont suivre, je l’imagine très fragilisé, et ma meilleure amie et moi, nous l’entourons, à distance, aussi bien que nous le pouvons. Notre affection inconditionnelle lui est acquise, c’est le moment ou jamais de la lui témoigner. Pendant des semaines, je vais trembler qu’il ne mette fin à ses jours, car quitter les ordres n’est jamais un choix facile. Cette inquiétude ne me laisse pas de répit, elle me trouble profondément. Nous sommes le dernier samedi de juin, l’année scolaire s’est terminée le jour même, joyeusement puisque nous fêtions le départ en retraite d’un collègue et la mutation d’une autre. A présent, je vais pouvoir reposer mon esprit éreinté. Nous sommes en fin d’après-midi. Le téléphone sonne. Au bout du fil, mon père, en larmes. Tout en sanglots, il me dit d’une voix qui vacille que le mari de ma soeur s’est suicidé. Je m’effondre, je crie et je pleure, j’essaie de croire qu’il me parle de quelqu’un que je ne connais pas, mais il sanglote et l’affreuse réalité me gifle violemment. Mes enfants, affolés, vont chercher leur père dans le jardin.

Il y a l’interminable traversée de la France de part en part en voiture avec mon mari pour aller accompagner ma soeur dans les démarches funéraires. Je regarde les pompistes, les caissiers, les autres automobilistes, je me dis qu’ils sont en vie. Roger, lui, que nous aimions tant, n’est plus. Déchirure. Nous n’avons rien vu. Ses fils ont quatorze et neuf ans, il en avait quarante. Ma soeur, veuve, à l’âge où on n’a que des projets… J’ai au moins cette consolation de le voir au salon funéraire, de pouvoir lui faire mes adieux, ce que le reste de la famille ne pourra pas car le corps sera mis en bière scellée pour le rapatriement à son village natal. La nuit, là-bas, chez eux, je pleure dans les bras de mon mari. Je lui dis : « C’est froid, la mort. » Je pense à la mère de Roger. C’est son enfant. Je pense à cette dévastation de toute notre famille. Aux obsèques, j’ai voulu trouver le courage de faire une lecture choisie par ma soeur. Lecture du livre des Lamentations 3, 17-26 J’ai oublié le bonheur, la paix a déserté mon âme ! Et j’ai dit : «Toute mon assurance a disparu avec l’espoir qui me venait du Seigneur.» Revenir sur la misère où je m’égare, c’est de l’amertume et du poison ! Sans trêve, mon âme y revient, et je la sens défaillir. Mais voici que je rappelle en mon coeur ce qui fait mon espérance : les bontés du Seigneur ne sont pas épuisées, ses miséricordes ne sont pas finies ; elles se renouvellent chaque matin, car sa fidélité est inlassable. Je me dis : «Le Seigneur est mon partage, c’est pourquoi j’espère en lui.» Le Seigneur est bon pour qui se tourne vers lui, pour celui qui le recherche. C’est une bonne chose d’attendre en silence le secours du Seigneur. Pendant des semaines, j’ai récité, pensé, ruminé ce texte intérieurement. Sans relâche.

Début novembre, un trop-plein de douleur et de fatigue m’amène à pousser la porte d’un cabinet de psychiatre. J’ai quelques jours d’arrêt de travail et je veux retourner en moi-même. Je lui dis tout ce qui me tourmente : ce deuil impossible à faire, ma difficulté à assimiler le renoncement à ses voeux d’Etienne, ma quête spirituelle que tous ces tourments ont rendue à la fois plus vive et plus difficile, et un très fort désir d’enfant dans lequel mon mari ne m’accompagne pas vraiment. Parler me fait du bien. J’irai le voir plusieurs fois. Il me dit que si l’on réfléchit trop à faire ou non un enfant, on ne le fait jamais. Chez moi, pendant ces jours de pause solitaire, j’écoute et je réécoute la cassette que j’avais achetée à l’abbaye quelques années plus tôt. Les cantiques et les psaumes me travaillent en profondeur, d’autant plus qu’Etienne y est parfois soliste, je reconnais sa voix, cette voix amie qui me parle de la détresse de l’homme et du secours de Dieu. Je pleure et j’écoute encore et encore ces moines qui expriment tout ce qui me traverse à moi aussi le coeur, la souffrance, le doute, l’appel à l’aide, la confiance en Dieu. C’est lui qui te sauve des filets du chasseur et de la peste maléfique ; il te couvre et te protège. Tu trouves sous son aile un refuge : sa fidélité est une armure, un bouclier. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole au grand jour, ni la peste qui rôde dans le noir, ni le fléau qui frappe à midi. (Psaume 90) Dans les cantiques, le nom du Christ revient sans cesse. « Dieu viens à mon aide Seigneur, à notre secours ! » Je saisis la main qu’Il me tend et je m’agrippe à elle. Quelques jours plus tard, ma meilleure amie donne naissance à son deuxième fils. Nous allons la voir à la maternité, je prends ce bel enfant dans mes bras et je supplie mon mari de me donner le bonheur d’être maman à nouveau. Il sourit. En sortant de la clinique, comme nous sommes samedi soir, je formule le voeu d’aller à la messe. Nous entrons tous les quatre dans une grande église presque vide, où il n’y a que des personnes âgées et où les chants sont d’une discordance affligeante. Mais je me sens bien, là, dans cette maison qui est ma maison depuis toujours. Je vais communier. C’est un baume sur mon coeur en lambeaux. Je suis en train de retrouver le chemin de la messe dominicale.

Retour vers l’Eglise Au printemps suivant, le jour de Pâques, toute notre famille et celle de mon amie, marraine, sont réunies pour le baptême de nos enfants, qui ont sept et cinq ans. Nous leur avons proposé ce baptême, et ils l’ont accepté. C’est la catéchiste que nous aimons tous qui les a préparés au sacrement, et mon oncle prêtre qui préside la cérémonie. L’eau, l’huile sainte, la lumière, tous les symboles du baptême réjouissent nos coeurs, d’autant plus que des enfants du village sont là pour entourer les nôtres. A la fin de la célébration, nous entonnons le « Magnificat ». Pendant le repas de famille, j’annonce que je suis enceinte de notre troisième enfant. La vie après la mort, le printemps, tout renaît… « Dieu fait grâce », c’est la signification de son prénom. Elle naît quand les arbres ont leur plus belle parure d’automne. En grandissant, elle ensoleillera nos jours. Gaie, pétillante, pleine de vie, c’est l’enfant de la revanche sur l’adversité. Source inépuisable d'amour, elle nous fait rire et nous enchante. Elle recevra le baptême à six mois, de notre bon vieux curé de paroisse, le jour où son frère fera sa première communion. Je déborde de gratitude pour ces trois enfants merveilleux que la vie nous a donnés. J’ai retrouvé le chemin de l’église, la messe dominicale, le ressourcement dans les Ecritures et l’Eucharistie. Mais je conserve un regret, c’est celui de sentir un jaillissement de foi en moi et de ne pas trouver un réel interlocuteur dans mon cheminement. J’aimerais avoir un accompagnateur spirituel. Notre vieux prêtre est très bon et dévoué, mais fatigué et malade, il n’a guère de temps à consacrer à ses paroissiens en dehors des obligations pastorales habituelles – qui sont déjà nombreuses. Un jour, il me téléphone avant de prendre sa retraite pour me dire qu’un nouveau prêtre très dynamique arrive dans les paroisses de notre vallée. Je suis pleine d’espoir. La messe de sa prise de fonctions est de toute beauté. Ses homélies s’avèreront d’une grande spiritualité, elles me nourrissent semaine après semaine. Il connaît très bien le judaïsme et y fait des références fréquentes, qui sont profondément enrichissantes. Je m’intéresse de plus près aux Ecritures. Profitant de mon congé parental et du temps que je peux y consacrer, je vais lire pendant ces deux ou trois années la Bible presque en totalité, et redécouvrir des textes que je croyais connaître, mais que je n’avais jamais scrutés avec autant d’attention. J’ai une prédilection pour l’Evangile de saint Luc et les Actes des Apôtres, pour les Lettres de saint Paul et de saint Jean, pour tous les Prophètes, surtout Isaïe, et les Psaumes. Je m’émerveille des Livres de Tobie, Esther, Judith, Jonas, du Cantique des Cantiques. Nourriture intense dont je ne me lasse jamais.

Je suis abonnée aussi depuis quelque temps à une revue spirituelle chrétienne et je lis chaque soir des méditations bibliques qui accompagnent les textes liturgiques du jour. Elles sont rédigées, cette année-là, par les moines bénédictins de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire. Ces méditations me parlent avec une actualité saisissante, combien de fois n’ai-je pas trouvé, et aujourd’hui encore, un écho à mes préoccupations du moment dans ces commentaires des textes lus ce jour-là dans toutes les églises catholiques. C’est à mon sens une des grandes forces de notre Eglise, cette unité des lectures qui s’offrent à tout fidèle pareillement, où qu’il soit, chaque jour. Toujours en quête désespérée d’un guide spirituel qui puisse me consacrer un peu de temps, j’engagerai à un moment une correspondance avec l’un des moines rédacteurs de ces méditations – qu’il soit béni à jamais ! Cependant, je garde en moi des ressentiments non résolus contre l’Eglise quant à la place qu’elle fait aux femmes. Je lis quelques ouvrages qui augmentent mon sentiment d’injustice, des phrases glanées ici ou là dans d’anciens textes ecclésiaux, dans toute une théologie du péché qui a jeté l’opprobre sur les femmes pendant des siècles… Des amis que nous nous sommes faits peu de temps auparavant, assez traditionalistes, augmentent mon agacement en ne cessant de me conseiller de taire ces idées, d’être « comme Marie », silencieuse et soumise à mon mari. Un langage que je ne peux admettre. Je vais peu à peu me sentir investie d’une mission, celle de réhabiliter les femmes dans cette Eglise que j’ai rejointe mais dont je ne parviens pas à épouser toutes les prises de position. Je vais lire tout ce qui me tombera sous la main sur ce sujet, des livres que m’offre en général mon mari, qui comprend mes points de vue à ce moment-là. Je ne peux que déplorer que les femmes soient toujours les bienvenues dans les sacristies et la catéchèse, mais bien peu pour apporter un éclairage spirituel à l’Eglise. J’ai envie de pouvoir m’exprimer, mais je me sens étouffée dans l’oeuf. Dépitée, je prie avec ferveur, mais d’une façon de plus en plus émotionnelle. Je suis prise d’une fièvre mystique qui ira en s’accroissant de jour en jour. Et peu à peu, je vais basculer… Notre nouveau prêtre me l’avait pourtant dit : dans le judaïsme, la mystique n'était accessible qu'à partir de l'âge de quarante ans, une fois l'éducation de la Torah et du Talmud achevée, sous peine de devenir fou. Je n’ai que trente-cinq ans, et je lis et interprète la Bible seule… Je suis avide de tout témoignage mystique reconnu par l’Eglise… Ai-je été rattrapée, à ce moment-là, par mon hérédité familiale, la névrose mystique de ma tante ? Ai-je implosé pour avoir intériorisé un trop-plein de souffrances de tous ordres tout au long de ma vie ? Le fait est que je perds peu à peu la raison…

(Source : www.histoiredunefoi.fr)

 

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17/04/2012

17 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE FOI" (suite) V.BELEN

PASSION SELON ST MATTHIEU (BACH)

 

Fleurs peintes.jpg

 

 

 

HISTOIRE D’UNE FOI (suite) – V.BELEN

 

 

CHAPITRE 3

 

L’ÂGE ADULTE

 

 

Le mariage Aussitôt après l’été de notre rupture, j’ai au moins une consolation professionnelle : j’obtiens un poste, à titre définitif cette fois, dans un charmant village tout près d’une grande ville. Je m’y installe et je m’y plais beaucoup. Six mois plus tard, je rencontre dans un cours de danse celui qui deviendra mon mari. Nous avons beaucoup de goûts communs et dès nos premières sorties ensemble, une intuition très forte : à nous deux, nous aurons des enfants exceptionnels. A quoi a tenu cette intuition ? En tout cas elle s’est largement vérifiée… Les choses vont très vite entre nous, peut-être parce qu’il a dix ans de plus que moi et déjà bien vécu. Il veut à présent se marier et fonder une famille. C’est aussi mon voeu. Et me voilà rattrapée par toutes les traditions de ma famille : se marier, oui, mais de quelle façon ? Je n’ai toujours pas progressé dans mon agnosticisme et mon ami, rationnel et scientifique, est encore plus agnostique que moi, il n’a aucune envie de se marier à l’église lorsque nous formulons notre projet au bout d’un an de relation amoureuse. On est en décembre, nous envisageons un mariage au printemps, et ensuite nous laisserons libre cours à notre grand désir d’avoir un enfant. Pensant annoncer une bonne nouvelle, nous en parlons à mes parents. Et là, une phrase lapidaire de ma mère : « J’espère que ça sera un vrai mariage. » J’ai compris le message : un mariage uniquement civil n’est pas le bienvenu. Nous sommes froissés. Nous abandonnons notre idée de mariage au printemps. Et nous donnons la première place à notre désir d’enfant. Et au printemps, ce n’est pas un mariage qui me transporte de bonheur, mais une grossesse. Après tout, voilà mes parents devant le fait accompli : ils connaîtront dans leur cursus catholique sans tache l’épreuve d’avoir une fille enceinte hors mariage. Mises au point douloureuses de part et d’autre. Douloureuses mais salutaires : mes rapports avec ma mère ont été bien meilleurs une fois la crise passée. Souvent, une femme évolue dans ses relations avec sa mère quand elle devient maman à son tour. Cela s’est largement vérifié les années suivantes pour nous deux, peut-être d’autant plus que ma mère avait énormément d’affection et d’estime pour mon mari. J’aime cette citation de Goethe : « Etre adulte, c’est avoir pardonné à ses parents. » Notre petite famille étant en train de naître autour de cette promesse d’enfant, nous décidons de nous marier quand même avant la naissance, dans la simplicité, avec peu d’invités. Se repose alors la grande question du mariage à l’église. Un jour, je crois avoir un signe qui me pousse en ce sens : j’apprends de manière fortuite que le curé de mon petit village d’adoption m’est connu, nous nous étions rencontrés à l’aéroport, en partance pour le Burkina Faso, il emmenait un groupe de jeunes y construire une école. Nous avions sympathisé. Et le voilà prêtre là où je suis institutrice ! Tout émue en l’apprenant, j’appelle mon compagnon pour le lui dire, mais il est occupé par son travail et n’a pas le temps d’écouter l’histoire… qui en restera là.

Nous annonçons à mes parents que nous ne nous marierons qu’à la mairie. Ils sont prêts à accepter notre décision, mais ils redoutent la réaction de l’oncle prêtre, des grands-parents. Nous organisons une entrevue chez eux avec le curé de leur village, qui est comme un ami pour moi, engagé dans l’ACO, simple et humain, nous avons toujours eu beaucoup de vues communes. Il plaide notre cause auprès de mes parents. J’insiste pour leur faire comprendre que je ne peux pas prendre un engagement qui n’a pas de signification religieuse pour nous. Je ne veux en aucun cas galvauder un sacrement, c’est aussi une forme de respect pour l’Eglise et l’éducation religieuse que j’ai reçue. Le prêtre nous dit simplement que ce qui le contrarie, c’est que malgré tout, nous sommes des baptisés. Mais il trouve les mots justes pour apaiser la déception de mes parents. Nous nous marions en 1990, un jour d’orage, dans le village où j’enseigne et où nous vivons. Toute la famille proche et quelques amis sont là, et la fête réjouit tous les coeurs. Nous sommes heureux de notre engagement, de tout cet amour dans nos coeurs et autour de nous, de l’enfant qui sera là dans six mois, et d’avoir pu vivre les choses sans céder aux pressions, sans trahir nos valeurs propres. Il y a des hasards dans la vie qui n’en sont pas. Notre enfant, qui avait suscité des explications douloureuses avec mes parents, naît le jour de l’anniversaire de mon père. Moi qui ai toujours eu une relation très forte et très aimante avec mon père, je suis infiniment heureuse d’avoir réussi cette prouesse, de lui faire ce présent inestimable. Et d’ailleurs, sept ans plus tard, il deviendra aussi le parrain de son petit-fils. Dès que je vois mon enfant, mon coeur déborde d’amour pour lui. Je comprends que je touche là l’expérience humaine la plus forte qui soit. Nous avons donné la vie à un être qui inscrira son histoire sur la terre des hommes. Il est tout petit, absolument sans défense, il dépend en tout de nos soins. J’ai la grande chance d’avoir un instinct maternel immédiat, un amour absolu pour ce bébé que je berce, que je cajole et que j’allaite avec bonheur, d’autant plus que son papa en est aussi épris que moi et que nous vivons un trio idyllique pendant tous les mois qui suivent sa naissance. Notre fils est calme, communicatif, à quelques mois il pousse de grands éclats de rire qui nous ravissent. Je travaille à mi-temps pour mieux me consacrer à lui. La question du baptême se pose de la même façon que s’était posée celle du mariage à l’église. Mais là aussi, nous refusons de céder aux convenances. Ne sachant pas si nous élèverons cet enfant dans une religion, nous ne le faisons pas baptiser, bien que ce choix fasse un peu grincer des dents autour de nous.

« Je parlerai à son coeur » (Osée 2,16) Cependant, je m’interroge : maintenant que j’ai la responsabilité de l’éducation d’un enfant, quelles valeurs vais-je lui donner ? Quel langage vais-je lui tenir quant à la croyance ? Je sais déjà que je ne veux pas le laisser dans l’ignorance. Il connaîtra les bases du christianisme, même si je ne les lui transmets pas comme coercitives. Je ne sais pas comment je le ferai, mais je n’ai pas l’intention de le couper de ce qui fait mes racines les plus profondes, qui sont aussi les siennes. Je me dis que le pire, c’est d’être dans la méconnaissance des bases de la religion de sa famille, de sa lignée. Comment adopter ou rejeter librement ce que l’on ne connaît pas ? La question vient bien plus tôt que je ne l’avais imaginé. A deux ans, mon petit bonhomme se plante devant moi avec ses grands yeux clairs, et il me dit tout de go : « C’est qui, Dieu ? » Je n’ai plus le choix, il faut que je reprenne ma quête spirituelle, puisqu’au fond, je me pose la même question que mon fils de deux ans. Dans la décennie 1990, qui est celle où je donne trois fois la vie, je suis confrontée aussi de près à la mort. Trois de mes grands-parents s’éteignent les uns après les autres, tous âgés. La première à partir décède quand mon fils a quatre mois, après des années de déchéance dans la maladie d’Alzheimer. Elle a tant souffert, ne reconnaissant plus les siens, que nous vivons son départ surtout comme la fin de son calvaire. C’était une femme d’une grande piété, ne manquant jamais la messe le dimanche, priant avec nous petites filles et nous emmenant aux vêpres quand nous passions des vacances chez elle. Elle avait une foi craintive, modelée par un curé de paroisse parlant davantage de l’enfer que de l’amour de Dieu et qui pratiquait la censure sur les livres que pouvaient ou non lire les jeunes filles du village. Ce réflexe ne l’avait pas quittée : quand chez elle, elle me voyait avec un Zola à la main, elle risquait la question inquiète : « Tu lis un roman ? C’est bien ? » Je l’aimais, ma petite mémé, et même si je savais qu’elle avait été rigide à l’excès dans l’éducation de ses trois enfants – mon père et mes deux tantes - à cause de sa piété et de sa morale exagérées, je la voyais plutôt comme une sainte, n’ayant jamais médit ou attisé des conflits, humble, aimante et discrète, et absolument fidèle dans sa pratique religieuse. Un exemple de constance chrétienne. J’avais beau être agnostique, le Ciel pour ma mémé, j’y ai cru volontiers parce qu’elle-même y croyait, ayant eu si peur toute sa vie de ne pas le mériter. J’ai prié de bon coeur à son enterrement, pour elle, avec elle, attitude intérieure dont je n'avais plus été capable depuis des années. Quand j’ai été enceinte de mon deuxième enfant, mon grand-père, son mari, est parti à son tour. La mort, la vie…

Mes deuils successifs me rendent sensible à ceux des autres. Dans quelques jours, je vais donner naissance à mon deuxième enfant, et j’apprends par la presse locale qu’Etienne, mon amour platonique de jeunesse, vient lui aussi de perdre son grand-père. Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis bientôt dix ans. J’ai vaguement entendu dire qu’il était dans un monastère, mais je n’en suis pas sûre. Alors je lui envoie une lettre à l’adresse de ses parents, pour lui exprimer mes condoléances et renouer le contact avec lui. Je lui annonce aussi que je vais être maman pour la deuxième fois sous peu. Une nouvelle année commence, et j’entre à la maternité après plusieurs « fausses alertes » et déjà bien fatiguée. Autant la naissance de mon fils s’était déroulée sans complications, autant ce deuxième accouchement est une épreuve, dans laquelle la souffrance du bébé se mêle à la mienne. Jusqu’à ce qu’elle pousse enfin son premier cri, nous aurons eu peur de perdre notre adorable petite fille. Quand je la découvre si belle, si délicate, n’ayant pas su pendant la grossesse si elle serait fille ou garçon, je suis émerveillée de ce nouveau cadeau que la vie nous a fait. Nous nourrissions le désir intense d’avoir une petite fille, et la voilà dans nos bras. Ces heures d’épreuve auront porté leur fruit merveilleux. Elle est en vie. Alors que je suis encore à la maternité, mon mari m’apporte une lettre d’Etienne arrivée à la maison. Elle vient d’une abbaye. Elle a été écrite en deux parties, la veille et le jour de la naissance de notre fille. Et j’y apprends qu’Etienne est moine depuis quelques années et sur le point de prononcer ses voeux perpétuels. Je suis bouleversée. Voici que quelqu’un que j’ai aimé intensément, que dans mon esprit Dieu « m’a pris » et qui est devenu moine m’écrivait pendant que je luttais pour donner le jour à ma petite fille… Une brèche dans mon agnosticisme. Je ne suis pas loin de croire aux miracles…

Dans les mois qui suivent, je suis submergée par mes tâches de jeune maman, mes enfants ont deux ans d’écart et je suis en congé parental pour me consacrer à eux. Cependant, en moi, quelque chose s’est ouvert. Mon fils, en grandissant, montre de la curiosité pour le religieux, et j’en suis attendrie. Je lui lis des histoires bibliques que je connais depuis bien longtemps, en y mettant le bémol de ne pas savoir si ce sont des histoires vraies. Je le lui dis simplement. Je reprends une correspondance avec Etienne, en laissant une distance suffisante car au fond de moi, je ne sais toujours pas si un jour il m’a aimée davantage que comme son amie la plus proche. Je ne veux pas jouer les femmes qui rôdent autour d’un homme consacré. Il a prononcé ses voeux perpétuels et je respecte son choix, d’autant plus que je porte en haute estime le style de vie qu’il mène. J’attends surtout de lui qu’il réponde à mes mille et une questions, qu’il m’éclaire sur tous mes obstacles à la croyance. Il est toujours aussi brillant et fin intellectuellement, son érudition m’impressionne, il est capable de mettre de la lumière dans mes raisonnements brumeux par des références bibliques et historiques qui me font indéniablement progresser dans ma recherche de vérité. Pas à pas, je redécouvre, grâce à lui, la pertinence de la foi judéo-chrétienne. A l’occasion d’un séjour non loin de son abbaye, nous lui rendons visite en famille. Il nous reçoit avec chaleur, il se libère quelques heures pour nous accompagner dans une promenade, il joue dans les chemins forestiers et au bord de l’eau avec nos enfants qui sont ravis de l’humour et de la gaîté de ce grand monsieur dans son habit fort inhabituel pour eux. Il a l’air heureux, je suis rassurée car je sais que ses choix de vie ont toujours été teintés d’hésitation. Nous passons à la boutique de l’abbaye et j’y achète des livres pour les enfants et une cassette de liturgie enregistrée là-bas. Dans les mois qui vont suivre, nous prendrons une décision importante . Au cours d’un séjour en Alsace chez des amis de mon mari, nous avions été enchantés par leur beau cadre de vie. En outre, notre fils souffrant de bronchites asthmatiformes à répétition, nous percevons la nécessité de lui offrir un air plus pur que celui du sillon lorrain. Et c’est ainsi que nous entreprenons de trouver tous les deux du travail en Alsace, ce qui se fera sans peine. Nous aurons aussi un coup de coeur pour un terrain dans un charmant village en bordure de forêt vosgienne, et le projet d’y construire une maison se concrétisera avec une simplicité déconcertante. J’ai toujours eu le sentiment très fort que j’étais attendue dans ce lieu précis, qui me ravit aujourd’hui encore. Quand nos enfants ont quatre et deux ans, nous nous installons dans notre nouvelle maison, avec bonheur. C’est un nouveau départ pour toute notre petite famille. Je reprends le travail sur un poste exigeant qui va largement occuper mon temps en plus du quotidien de mère de famille.

Dans le cadre de mon travail en classe bilingue, je participe au printemps suivant à un voyage d’étude académique au Val d’Aoste. Dans le car qui nous y emmène, je m’assois à côté d’un monsieur que je ne connais pas. Nous faisons connaissance et j’apprends qu’il est le principal du collège dans lequel j’enverrai mes élèves deux ans plus tard. Nous sympathisons. Les organisateurs du voyage nous distribuent des pochettes de documents qui sont marquées à nos noms. En voyant le sien, je suis fort surprise, c’est le même que celui du curé de mon enfance, un nom très rare que je n’ai jamais entendu nulle part ailleurs. Je lui demande s’il a de la famille en Moselle, il me répond que oui, et par quelques détours, je l’interroge sur un possible lien de parenté avec le prêtre que je nomme. Et voilà qu’il m’apprend qu’il est son neveu ! J’habite désormais à trois cents kilomètres de mon village natal, où il me dit être déjà allé pour visiter son oncle quand il y vivait encore. C’est une rencontre des plus improbables qui se joue là ! Nous évoquons avec chaleur le souvenir de mon cher curé, qui est décédé depuis, et à bavarder avec ce monsieur, je me rends compte qu’il a le même sourire que ce prêtre qui a illuminé toute ma jeunesse… Quand je raconte par courrier cette incroyable rencontre à Etienne, il me répond que je peux considérer cela comme un « clin d’oeil du Bon Dieu ». Et à vrai dire, oui, j’en suis fort troublée… Il y a toujours à faire lorsqu’on s’installe dans une maison neuve. Nous mettons en place une rocaille alpine que je fleuris avec passion. Souvent, quand je suis ainsi occupée à jardiner, des refrains me viennent en tête, et parfois ce sont des cantiques que nous chantions dans la paroisse de mon enfance. L’un d’eux me revient avec insistance : « L’esprit de Dieu repose sur moi

L’esprit de Dieu m’a consacré

L’esprit de Dieu m’a envoyé proclamer la paix, la joie L'Esprit de Dieu m'a choisi Pour étendre le Règne du Christ parmi les nations, Pour proclamer la Bonne Nouvelle à ses pauvres. J'exulte de joie en Dieu, mon Sauveur ! … » Je garde une grande attirance pour la liturgie catholique, qui est celle de mes racines. Ces refrains sont en moi pendant toutes ces années de doute, tandis que je cherche aussi dans les autres religions des réponses à mes questions multiples. Lente maturation d’une quête spirituelle qui se dresse en filigrane de ma vie bien remplie d’obligations concrètes…

L’un de mes beaux-frères est aussi en quête permanente de sens, il s’engage dans la voie du bouddhisme pendant quelques années et je découvre cette philosophie par son intermédiaire. Elle ne me laisse pas indifférente. Puis il suit d’autres méandres, il fait à un moment un grand pas vers la foi chrétienne, et nous en parle avec la chaleur d’un converti. Les échanges avec lui m’interpellent profondément. J’ai toujours été sensible à tout témoignage d’attirance pour le Christ, étant moi-même encore profondément attachée à sa personne. Mon questionnement intérieur devient très insistant, au point qu’à un moment j’ai un mouvement de recul, revenir vers la foi chrétienne me fait peur car je ne me sens plus depuis longtemps en phase avec l’Eglise catholique. Accepter de croire supposerait un retournement de ma vie que je repousse avec mes dernières forces. Un jour, lasse de cette lutte intérieure, je me penche sur un livret en allemand que m’a envoyé une amie pour les voeux de la nouvelle année 1997. Je la sais versée dans la sophrologie, l’analyse transactionnelle, le Reiki… Je me dis que ce livret de pensées qu’elle a choisi pour moi doit être issu d’une de ces mouvances, et pour apaiser mon esprit mis à l’épreuve et penser à autre chose qu’à la religion, je me mets à le lire. Il s’intitule : « Wenn du genau hinschaust » (Si tu y regardes vraiment bien) de Andreas Pohl . Chaque page est illustrée d’une belle photo. C’est une méditation sur le regard que l’on porte autour de soi et en soi, sur le sens de nos racines, de notre perception du temps qui passe et de la façon dont nous nous y inscrivons… Chaque texte, écrit à la deuxième personne, porte en lui une question qui appelle à relire sa vie dans des petites choses qui peuvent paraître insignifiantes. Je suis séduite, je le lis jusqu’au bout. Tout cela me paraît beau et bon. A la dernière page, la photo d’une bougie de faible lueur dans la pénombre. Et le livret se termine sur cette pensée (je traduis de l’allemand) : « Souvent, tu te dis que ce que tu fais, les autres ne le font plus depuis longtemps, ce pour quoi tu te bats, les autres l’ont abandonné depuis longtemps. (…) Mais si tu y regardes vraiment bien, ta présence est indispensable et importante. Ton enthousiasme, ton élan, ton énergie sont comme la lumière dans l’obscurité… (…) Ce feu en toi n’est pas le fruit de ton propre effort. Un « Autre » l’a déposé en toi et t’a appelée à briller et à répandre de la chaleur. Entretiens-le fidèlement en toi, comme ton plus grand trésor. Bien sûr, tu ne vas pas embraser le monde entier avec ça, mais tu seras un signe visible que tu existes, - et pour Celui qui a allumé cette flamme en toi . » Je tombe à genoux et je pleure à chaudes larmes. Une seule parole me vient : « Tu me veux, c’est ça, Tu me veux ? » Je me sens vaincue…

Cette grâce inattendue m’apporte une bouffée de bonheur. Je cherche depuis si longtemps à tâtons, et voilà que j’ai un début de réponse de la manière à laquelle je m’attendais le moins, au moment où je ne le souhaitais même pas… Mystère de Dieu, qui nous rejoint là où nous sommes, dans ce que nous sommes, qui se révèle de la façon la plus audible par notre pauvre être de chair et de sang, prenant en compte toute notre histoire… Après la grâce, il faut durer. Elle n’est qu’un commencement. J’ai encore des réticences à me dire que je vais devoir faire un pas vers l’Eglise… Mais en même temps, j’y suis attirée. Mon fils suit ses premiers cours de religion à l’école - toujours le statut concordataire d’Alsace - Moselle. A son entrée au CP, nous avons fait le choix de ne pas le dispenser de cet enseignement, surtout parce que la catéchiste est une personne que nous connaissons bien et apprécions beaucoup, elle rayonne d’une lumière communicative. Je lis avec grand intérêt le cahier de religion de mon petit garçon. Jusqu’alors - nous habitons ce village depuis presque deux ans - je n’avais fait aucun pas vers la paroisse. Un mercredi matin, j’emmène mon fils et ma fille à la messe des enfants et j’y reste avec eux. Je veux voir quel genre de langage tient le curé de la paroisse. C’est un homme âgé qui a l’air bon a priori. Il commente la parabole de l’arbre qui porte de bons fruits et de l’arbre qui porte de mauvais fruits. Il leur dit : « Celui qui dit que Dieu n’existe pas, ça c’est très mauvais. » Je suis heurtée par cette parole. J’ai beaucoup d’amis athées, mais qui respectent les croyances des autres et s’engagent dans de multiples causes humanitaires et sociales. Je ne peux pas avoir d’opinion aussi tranchée sur ce qui est bon et ce qui est mauvais. Je me rends compte que mon retour vers l’Eglise ne sera pas aisé. Mais je persévère néanmoins. Je sais qu’il va falloir que je me positionne, car nos enfants vont arriver à l’âge où on leur proposera la préparation à la Première Communion, et ils ne sont même pas baptisés. Je partage beaucoup cette recherche spirituelle avec mon mari. Comme moi, il s’interroge, il lit, il débat volontiers du sujet. Il me fait découvrir Théodore Monod et nous sommes touchés par sa pensée, qui réconcilie science et foi. Je lis son livre « Terre et Ciel » et j’y trouve, après mes doutes de terminale, des réponses convaincantes sur la conciliation possible entre Dieu et la théorie de l’évolution de l’espèce. J’ai souvent regretté aussi qu’adolescente, personne ne m’ait proposé de lire Teilhard de Chardin. J’y aurais trouvé des pistes de réflexion dans ce domaine. A ce stade de ma quête spirituelle, je ne sais pas encore vers quelle église je vais me tourner. Le catholicisme constitue mes racines profondes, mais le protestantisme m’attire sur bien des points. Je nourris le désir de faire baptiser nos enfants mais je me sens encore incapable de faire, pour eux, un choix aussi déterminant. Au fil du temps, l’Eglise catholique paraîtra cependant notre lieu de culte le plus évident, d’autant plus qu’elle est la seule présente dans notre vallée.

 

Source http://www.histoiredunefoi.fr

 

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16/04/2012

16 AVRIL : "HISTOIRE D'UNE FOI" (SUITE)

 

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HISTOIRE D’UNE FOI (suite) – V.BELEN

 

 

Au quotidien, je suis cependant plongée dans des préoccupations bien plus prosaïques. Mes premières années d’enseignement sont denses en travail, je débute dans un métier, je passe des heures à préparer ma classe, je change de poste à chaque rentrée et je déménage en conséquence là où je suis nommée. Je n’ai plus de temps ni pour la chorale, ni pour la JOC. Je mets un terme à mes engagements. -

Européenne J’avance dans la vingtaine, et je vis toujours seule. Mes soeurs se sont mariées, elles ont leurs premiers enfants. Je suis tante et marraine avec bonheur, mais j’ai souvent le coeur lourd d’être l’éternelle célibataire. Aucune relation suffisamment durable pour que les présentations à ma famille se fassent. Je subis un revers sentimental très cuisant, ayant servi à rendre jalouse une petite amie plus officielle que moi – ce que bien sûr j’ignorais sur le moment. Je m’en remets avec bien du mal. Ces peines de coeur me rendent peu accessible à des questions plus spirituelles, elles me minent le moral. Je décide de tirer parti de ma liberté. Après ma première année d’enseignement, je postule pour un échange franco-allemand d'enseignants, et je suis retenue. J’ai peu de vacances d’été cette année-là car je dois me rendre à deux stages préparatoires – linguistique et pédagogique- en Allemagne. Mais j’ai quand même l’occasion de répondre à l’invitation d’une amie espagnole, une assistante de langue que j’ai rencontrée dans le groupe de partage sur le tiers-monde. Je vais passer une semaine chez elle près de Madrid. Je m’y rends en train, un voyage de vingt-quatre heures. De la couchette, au petit matin, j’ouvre le rideau et je vois les remparts d’Avila. Depuis, cette image m’est souvent revenue, maintenant que je vénère ardemment sainte Thérèse d’Avila comme ma sainte préférée. Cette semaine en Espagne marquera définitivement ma vie, car parmi les amis de Pilar, il y a Manuel, et je vis avec lui ce qui ne m’était jamais arrivé : un coup de foudre vraiment réciproque. Premiers pas idylliques dans une relation passionnée qui durera deux ans. Je vais vivre désormais à l’heure européenne : en Allemagne pour y résider et y travailler, en Espagne à toutes les vacances, chez la famille de Manuel. Et un grand écart linguistique, puisqu’avec lui je dois parler en espagnol, et qu’en Allemagne, je travaille dans un jardin d’enfants où j’initie des petits Allemands au français. Je trouve mon équilibre dans cette situation que je n’avais pas prévue, mais qui satisfait mes instincts de « pigeon voyageur », d’autant plus qu’outre-Rhin, je visite les différents Länder avec mes amis rencontrés en Allemagne, et qu’avec Manuel, je sillonne l’Espagne. Le jardin d’enfants dans lequel je travaille est protestant. Je suis parfois interloquée quand la religion entre dans l’enseignement à ces petits : louange pour les récoltes, fête de la Saint Martin avec défilé aux lanternes, chants pour l’Avent à consonance religieuse… Dans l’école laïque en France, je suis loin de tout ça. Dans mon esprit du moment également. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir pris un appartement dans une résidence de diaconesses, avec l’aide de la directrice de mon jardin d’enfants. Quotidiennement, je vais croiser ces religieuses protestantes, faire mien ce contexte. Je me lie d’amitié avec une autre enseignante française, protestante elle aussi. L’oecuménisme s’installe durablement dans mon rapport à la religion.

Cette année-là, le pape Jean-Paul II fait un voyage en Allemagne. Il passe dans notre ville de Spire en mai 1987, juste après avoir prononcé le discours de béatification d’Edith Stein, qui a été enseignante ici, là où je vis et enseigne aussi. Fait qui me laisse dans la plus grande indifférence. Par simple curiosité, je me mêle à la foule avec mon amie, nous apercevons le Pape au loin, et je ne me sens pas concernée. Ce n’est que dix-sept ans plus tard, revenue sur ces lieux, ayant entre temps découvert Edith Stein et me sentant profondément interpellée par sa vie, son témoignage et son oeuvre, que je comprendrai que je suis passée cette année-là à côté d’un événement important pour l’Eglise… et pour moi-même. Mais à vingt-trois ans, ce n’est pas la foi qui me préoccupe, mais ma vie amoureuse. Manuel et moi, nous n’envisageons plus la vie l’un sans l’autre. A Aranjuez, il m’emmène au Palais Royal dont nous comptons les fenêtres en nous disant que nous aurons autant d’enfants. Lui voudrait un garçon en premier, nous l’appellerons Rafael et quand nous aurons une fille, je lui suggère Belen, qui signifie « Bethléem », mon prénom espagnol préféré. Deux années de bonheur avec lui, de souffrance quand l’heure de la fin des vacances sonne et que je dois repartir, d’attente quand je compte les semaines avant de le revoir. Dans ces années-là, il n’y a pas encore de portable et d’internet, le téléphone est cher, on le réserve pour le dimanche ; il nous reste le courrier, que je guette chaque jour, écrivant beaucoup plus souvent que lui. Une lettre est une fête. Après un an en Allemagne, je suis nommée sur un nouveau poste dans un petit village, à l’autre bout de la Moselle. Je déménage une fois de plus. Je prends la succession d’une religieuse catholique et les parents d’élèves me scrutent d’un air dubitatif. Je suis bien jeune et je ne vais pas à la messe. Cela ne plaît pas à tout le monde. Heureusement, je suis accueillie avec chaleur par le directeur d’école et sa famille, et je me ferai progressivement accepter, passant là-bas une année agréable. Parallèlement, je fais toutes les démarches nécessaires pour obtenir un poste au lycée français de Madrid ou dans un autre établissement de cette ville pour l’année suivante. Mais je suis trop jeune, je n’ai pas assez de barème, je n’arrive pas à obtenir ma mutation. Que Manuel vienne en France est exclu, il ne parle pas le français et est trop attaché à son pays. Moi aussi je le suis, mais je suis prête à tout par amour pour lui… sauf à me retrouver en Espagne sans travail. Face à toutes ces difficultés, notre relation s’essouffle. Je ne peux plus imaginer une troisième année à vivre écartelés de la sorte. C’est presque d’un accord tacite que nous rompons, par téléphone, un jour de juin. Ma dernière image de lui restera nos adieux sur le quai de la gare de Madrid aux vacances de Pâques précédentes.

Pour surmonter mon chagrin, je m’offre l’été suivant, seule, un voyage de groupe en Turquie. Je passe sur des sites archéologiques où l’apôtre Paul a prêché, Ephèse, Milet... Je n’écoute presque pas le guide, je n’ai jamais beaucoup aimé les visites guidées. Mais je m’imprègne des lieux, beaux et chargés d’histoire. Je souris en découvrant le supposé tombeau de l’évêque Saint Nicolas, moi qui suis lorraine. Mais l’histoire des débuts de l’Eglise m’indiffère à ce moment-là de ma vie. Là aussi, ce n’est que bien plus tard, en me penchant sur les « Actes de Apôtres », que j’ai regretté de ne pas avoir goûté ce voyage pour le sens spirituel que j’aurais pu y trouver. Pour l’heure, je débute un deuil impossible à faire. Toute ma vie, j’ai vécu avec le souvenir tenace de Manuel. Et je n’avais pas rompu non plus au fond de moi avec ce qui avait été ma belle-famille pendant deux ans. Nous nous sommes revus à Madrid, en toute amitié, avec mes enfants, vingt-deux ans après… Quelle joie de renouer avec sa famille, de véritables amis ! Manuel ne s’est jamais marié et il a un adorable petit garçon… qui ne s’appelle pas Rafael.

Source : http://www.histoiredunefoi.fr

 

 

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