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30/08/2012

JEUDI 30 AOÛT 2012 : DEUX FABLES DE LA FONTAINE

CES DEUX FABLES SONT COUPLÉES PAR L'AUTEUR LUI-MÊME (VOIR LA NOTE CI-DESSOUS)

 

 

 

LE HÉRON


 

LE HÉRON(image publicitaire).jpg


 

Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où

Le Héron au long bec emmanché d’un long cou.

Il côtoyait une rivière.

L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;

Ma commère la Carpe y faisait mille tours

Avec le Brochet son compère.

Le Héron en eût fait aisément son profit :

Tous approchaient du bord, l’Oiseau n’avait qu’à prendre ;

Mais il crut mieux faire d’attendre

Qu’il eût un peu plus d’appétit.

Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.

Après quelques moments l’appétit vint ; l’Oiseau

S’approchant du bord vit sur l’eau

Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.

Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux,

Et montrait un goût dédaigneux

Comme le Rat du bon Horace. (1)

Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse

Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?

La Tanche rebutée (2), il trouva du Goujon.

Du Goujon ! c’est bien là le dîné d’un Héron !

J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !

Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon

Qu’il ne vit plus aucun Poisson.

La faim le prit ; il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un Limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :

Les plus accommodants, ce sont les plus habiles :

On hasarde de perdre en voulant trop gagner.

Gardez-vous de rien dédaigner ;

Surtout quand vous avez à peu près votre compte.

Bien des gens y sont pris ; ce n’est pas aux Hérons

Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte ;

Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons.

 

 

 

LA FILLE


 

LA FILLE (la Fontaine).jpg


 

Certaine Fille, un peu trop fière

Prétendait trouver un mari

Jeune, bien fait, et beau, d'agréable manière (3),

Point froid et point jaloux ; notez ces deux points-ci.

Cette Fille voulait aussi

Qu'il eût du bien, de la naissance,

De l'esprit, enfin tout ; mais qui peut tout avoir ?

Le destin se montra soigneux de la pourvoir (4) :

Il vint des partis d'importance.

La Belle les trouva trop chétifs (5) de moitié :

Quoi moi ? quoi ces gens-là ? l'on radote, je pense.

A moi les proposer ! hélas ils font pitié .

Voyez un peu la belle espèce !

L'un n'avait en l'esprit nulle délicatesse ;

L'autre avait le nez fait de cette façon-là ;

C'était ceci, c'était cela,

C'était tout ; car les précieuses

Font dessus tout les dédaigneuses.

Après les bons partis les médiocres (6) gens

Vinrent se mettre sur les rangs.

Elle de se moquer.  Ah vraiment,  je suis bonne

De leur ouvrir la porte : ils pensent que je suis

Fort en peine de ma personne.

Grâce à Dieu je passe les nuits

Sans chagrin, quoique en solitude.

La Belle se sut gré de tous ces sentiments.

L'âge la fit déchoir ; adieu tous les amants (7).

Un an se passe et deux avec inquiétude.

Le chagrin (8) vient ensuite : elle sent chaque jour

Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour ;

Puis ses traits choquer et déplaire ;

Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire

Qu'elle échappât au Temps, cet insigne larron :

Les ruines d'une maison

Se peuvent réparer : que n'est cet avantage

Pour les ruines du visage !

Sa préciosité changea lors de langage.

Son miroir lui disait : Prenez vite un mari.

Je ne sais quel désir le lui disait aussi ;

Le désir peut loger chez une précieuse.

Celle-ci fit un choix qu'on n'aurait jamais cru,

Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse

De rencontrer un malotru (9).

 

 

 

Ces deux fables, couplées par La Fontaine lui-même, nous présentent deux versions d'un même thème. Le sujet de la fable Le Héron était traité chez Abstémius ("l'oiseleur et le pinson", Nevelet p. 550), imité par Haudent ("d'un oiseleur et d'une bérée", II, 98). L'idée du héron revient à La Fontaine.

Pour La Fille, La Fontaine a certainement eu recours à Martial, V, 17. ; il connaissait sans doute aussi le texte de Conrart.

 

 

La moralité commune à ces deux versions, l'une animale, l'autre humaine, termine la première fable et sert de prologue à la seconde.

 

"...à l'instar de ces airs en écho qu'affectionnaient les musiciens du roi, les deux récits sont construits l'un par rapport à l'autre et le souvenir du premier se superpose à chacune des séquences du second." (P. Dandrey, la fabrique des Fables, éd. Klincksieck, p. 169)

 

 

(1) Il s'agit du rat de ville, de Horace ( Satires, livre II, 6, 87), invité par le rat des champs, épisode que La Fontaine n'a pas repris dans sa fable

 

(2) refusée, mise au rebut

 

(3) aspect, façon de se comporter, il était agréable

 

(4) de l'établir par un mariage...

 

(5) vils, méprisables

 

(6) qui sont de condition sociale moyenne

 

(7) ceux qui ont déclaré leurs sentiments amoureux, à la différence du sens actuel

 

(8) humeur maussade

 

(9) terme populaire qui se dit des gens en mauvaise santé, mal bâtis.

 

*********************************************

 

 

 

 

 

 

11:44 Publié dans FABLES | Commentaires (0)

23/05/2012

23 MAI 2012 : "LE LOUP, LA CHÈVRE ET LE CHEVREAU" (La Fontaine)

 

Le Loup, la Chèvre et le Chevreau

Livre IV - Fable 15


 

Le loup la chèvre et le chevreau.jpg

LE LOUP, LA CHÈVRE ET LE CHEVREAU (Aractingy)


 

La fable d’aujourd’hui ainsi que la suivante parlent du loup. Dans les deux textes, l’animal va sa faire piéger. Pourtant, il ne s’agit pas d’une fable double mais bien de deux histoires totalement différentes sur le même thème. Nous parlerons plutôt de fables jumelles. « Le Loup, la Chèvre et les Chevreaux » est inspirée par « Le Loup et les Chevreaux » d’Esope mais aussi par un auteur anonyme.

La Fontaine a pu lire les deux versions chez Névelet. Cette fable donnera naissance au conte populaire de « La Chèvre et les sept Biquets » (ou « Le Loup et les sept Biquets »).

La bique allant remplir sa traînante mamelle,

Et paître l'herbe nouvelle,

Ferma sa porte au loquet,

Non sans dire à son biquet:

«Gardez-vous, sur votre vie,

D'ouvrir que l'on ne vous die,)

Pour enseigne et mot du guet:

«Foin du loup et de sa race!"»

C omme elle disait ces mots,

Le loup de fortune passe;

Il les recueille à propos,

Et les garde en sa mémoire.

La bique, comme on peut croire,

N'avait pas vu le glouton.

Dès qu'il la voit partie, il contrefait son ton,

Et d'une voix papelarde

Il demande qu'on ouvre en disant: « Foin du loup!»

Et croyant entrer tout d'un coup.

Le biquet soupçonneux par la fente regarde:

«Montrez-moi patte blanche, ou je n'ouvrirai point,»

S'écria-t-il d'abord. (Patte blanche est un point

C hez les loups, comme on sait, rarement en usage.)

C elui-ci, fort surpris d'entendre ce langage,

C omme il était venu s'en retourna chez soi.

Où serait le biquet s'il eût ajouté foi

Au mot du guet que de fortune

Notre loup avait entendu?

Deux sûretés valent mieux qu'une,

Et le trop en cela ne fut jamais perdu

 

La bique: Se dit, spécialement en Champagne, d’une chèvre

qui a mis bas.

Die: Dise.

Enseigne: Marque de reconnaissance.

Mot du guet: Mot de passe.

Foin: Interjection de rejet méprisant. Rimbaud emploiera cette expression dans son poème « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » que je cite de mémoire « Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, [...] ».

De fortune: Par hasard.

D'une voix papelarde: D’une voix hypocrite comme celle d’un faux dévot.

Patte blanche: Le détail, qui fera fortune, est de La Fontaine.

Sûretés: Précautions.

 

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15:47 Publié dans FABLES | Commentaires (0)

17/05/2012

17 MAI 2012 : UNE FABLE

La Chauve-souris le Buisson et le Canard
Livre XII - Fable 7

 

La Chauve-souris (La Fontaine).jpg

Haut du formulaire

Bas du formulaire

 

Le buisson, le canard et la chauve-souris,
Voyant tous trois qu'en leur pays
Ils faisaient petite fortune,
Vont trafiquer au loin, et font bourse commune.
Ils avaient
des comptoirs, des facteurs, des agents
Non moins soigneux qu'intelligents,
Des registres exacts
de mise et de recette.
Tout allait bien; quand leur emplette,
En passant par certains endroits,
Remplis d'écueils, et fort étroits,
Et de trajet très difficile,
Alla tout emballée au fond des magasins
Qui du
Tartare sont voisins.
Notre trio poussa maint regret inutile;
Ou plutôt il n'en poussa point;
Le plus petit marchand est savant sur ce point
Pour sauver son crédit, il faut cacher sa perte.
Celle que, par malheur, nos gens avaient soufferte
Ne put se réparer le cas fut découvert.
Les voilà sans crédit, sans argent, sans ressource,
Prêts à porter
le bonnet vert.
Aucun ne leur ouvrit sa bourse.
Et
le sort principal, et les gros intérêts,
Et
les sergents et les procès,
Et le créancier à la porte
Dès devant la pointe du jour,
N'occupaient le trio à chercher maint détour
Pour contenter cette cohorte.
Le buisson accrochait les passants à tous coups.
« Messieurs, leur disait-il, de grâce, apprenez-nous
En quel lieu sont les marchandises
Que certains gouffres nous ont prises.»
Le plongeon sous les eaux s'en allait les chercher.
L'oiseau chauve-souris n'osait plus approcher
Pendant le jour nulle demeure
Suivi de sergents à toute heure,
En des trous il s'allait cacher.

Je connais maint detteur qui n'est ni souris-chauve,
Ni buisson, ni canard, ni dans tel cas tombé,
Mais simple grand seigneur, qui tous les jours se sauve
Par un escalier dérobé.

 

Des comptoirs...Colbert créera différentes compagnies maritimes : en 1664, la Compagnie des Indes, en 1670, la Compagnie du Levant. Les termes de « comptoirs, facteurs, agents » font référence à ces Compagnies. Le facteur est un commis. La Fontaine en parle déjà dans L’ingratitude des Hommes envers la Fortune ( vers 8 et 31) : « Facteurs, associés, chacun lui fut fidèle. » et « Enfin, ses facteurs le trompant,[...]».
Les agents sont des courtiers qui servent d’interface entre les négociants et les banquiers.

Mise : la mise de fonds.

le Tartare est cette région des Enfers qui, dans la mythologie grecque et romaine, est le lieu de supplices infernaux des grands coupables.

Bonnet vert: Un débiteur insolvable pouvait sortir de prison en faisant cession de ses biens à ses créanciers. Il acceptait qu’on lui mette un bonnet vert sur la tête pour sortir dans la rue.
Pour l’anecdote : Les agréables flâneries dans mes lectures quotidiennes m’ont promené ce matin vers cette phrase de Nicolas Boileau : « Sans attendre qu’ici la Justice ennemie / L’enferme en un cachot le reste de sa vie, / Ou que d’un bonnet vert le salutaire affront / Flétrisse les lauriers qui lui couvre le front .» (« Boileau - Oeuvres complètes », NRF, Bibliothèque de la Pléiade, « Satire I », vers 13-16, p. 13 ». Et p. 873, nous trouvons la note de l’édition de 1713 : « Du temps que cette ‘Satire’ fut faite, un Débiteur insolvable pouvait sortir de prison en faisant cession, c'est-à-dire souffrant qu’on lui mist en pleine rue un bonnet vert sur la teste » (id., note d, p. 873).

Le sort principal : terme technique signifiant « le fonds, le capital ».

Les sergents : les huissiers.

Le plongeon: Chez les devanciers de L.F. , le plongeon tenait la place du canard. "Le plongeon est un oiseau qui approche du canard", dit Furetière. Il s’agit en fait d’un  « oiseau colymbiforme [...] de la taille d’un canard, palmipède, nichant près de la mer [...] » (« Dictionnaire alphabétique et analogique de la Langue française » - Paul Robert.

Detteurs : débiteurs. Ce mot provient du « debteur » de Rabelais (« Le Tiers Livre » : « Comment Panurge loue les debteurs et emprunteurs », chapitre III ; « Continuation du discours de Panurge à la louange des presteurs et debteurs », id. chapitre IV ; « Comment Pantagruel déteste les debteurs et emprunteurs », ibid. chapitre V). Marot a lui aussi utilisé le terme de « debteur ».

Souris-chauve : s’utilise parfois pour « chauve-souris » dans certains patois.

 

22:27 Publié dans FABLES | Commentaires (1)

25/04/2012

25 AVRIL 2012 : "LE LOUP, LE RENARD ET LE CHEVAL" (La Fontaine

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FABLE DE LA FONTAINE

 

Le Renard, le Loup et le Cheval

Livre XII - Fable 17

 

Encore une fable parlant de la ruse. Contrairement à la poésie précédente, la matoiserie du cheval n'est pas machiavélique. Elle ressemble plutôt à celle du coq dans « Le Coq et le Renard » (Livre II, fable 15). Mais dans cette autre pièce, c'était celui qui se croyait le plus fin qui était pris, tandis qu'ici, notre renard, sans doute échaudé part les fables précédentes, envoie le loup au danger.

 

La Fontaine s'inspire ici de Mathurin Régnier (Chartres, 1573 - Rouen, 1613). Le poète rival de Malherbe a en effet écrit un apologue semblable, mais avec d'autres personnages, dans « Satire » (III). Le même sujet a aussi été commenté par Gilles Ménage (Angers, 1613 - Paris, 1692) dans « Modi di dire italiani » (1685). Cet érudit tenait le texte de Guazzo et d'Ammirato.

Une anecdote nous éclaire sur la naissance publique de cette fable : à la fin de la séance de réception de Boileau à l'Académie française (1er juillet 1684), le Directeur, l'abbé de La Chambre, demanda si quelqu'un avait une oeuvre nouvelle à présenter à l'assemblée. Plusieurs auteurs se succédèrent. La Fontaine termina en présentant une de ses nouvelles fables, « Le Renard, le Loup et le Cheval ». Les auditeurs, contents, applaudirent longuement et réclamèrent une seconde lecture.

Chamfort rapproche cette fable du « Cheval et le Loup » (Livre XI, fable 3)

 

Un renard, jeune encor, quoique des plus madrés,

Vit le premier cheval qu'il eût vu de sa vie.

Il dit à certain loup, franc novice : « Accourez,

Un animal paît dans nos prés,

Beau, grand ; j'en ai ma vue encore toute ravie.

- Est-il plus fort que nous ? dit le loup en riant.

Fais-moi son portrait, je te prie.

- Si j'étais quelque peintre ou quelque étudiant,

Repartit le renard, j'avancerais la joie

Que vous aurez en le voyant.

Mais venez. Que sait-on ? peut-être est-ce une proie

Que la fortune nous envoie.»

Ils vont ; et le cheval, qu'à l'herbe on avait mis,

Assez peu curieux de semblables amis,

Fut presque sur le point d'enfiler la venelle.

«Seigneur, dit le renard, vos humbles serviteurs

Apprendraient volontiers comment on vous appelle.»

Le cheval, qui n'était dépourvu de cervelle,

Leur dit : «Lisez mon nom, vous le pouvez, Messieurs ;

Mon cordonnier l'a mis autour de ma semelle.»

Le renard s'excusa sur son peu de savoir.

«Mes parents, reprit-il, ne m'ont point fait instruire ;

Ils sont pauvres et n'ont qu'un trou pour tout avoir ;

Ceux du loup, gros Messieurs, l'ont fait apprendre à lire.»

Le loup, par ce discours flatté,

S'approcha. Mais sa vanité

Lui coûta quatre dents : le cheval lui desserre

Un coup ; et haut le pied. Voilà mon loup par terre,

Mal en point, sanglant et gâté.

« Frère, dit le renard, ceci nous justifie

Ce que m'ont dit des gens d'esprit :

Cet animal vous a sur la mâchoire écrit

Que de tout inconnu le sage se méfie."

 

Encor : Variante : « encore » (1694). Il s'agit évidemment d'une erreur d'impression.

 

Madrés : Intelligent et retors.

 

Venelle : ruelle. - Enfiler la venelle : s'enfuir discrètement comme si on empruntait une petite rue dérobée.

Nous trouvons la même expression dans « Belphégor » : « Il fut contraint d'enfiler la venelle ».

 

Un trou : pas grand chose, juste un terrier.

 

Desserrer : décocher, mais dit d'une manière noble et poétique.

 

Haut le pied : Expression courante à l'époque pour dire s'enfuir. « Buvez un coup et haut le pied » (Furetière.)

 

Gâté : Mal en point, blessé.

 

 

 

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10:07 Publié dans FABLES | Commentaires (0)

04/04/2012

4 AVRIL 2012 : LE CHIEN ET LE LOUP (La Fontaine)

LE CHIEN ET LE LOUP

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Un loup n'avait que les os et la peau,

Tant les chiens faisaient bonne garde.

Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,

Gras, poli , qui s'était fourvoyé par mégarde.

L'attaquer, le mettre en quartiers ,

Sire loup l'eût fait volontiers;

Mais il fallait livrer bataille,

Et le mâtin était de taille

A se défendre hardiment.

Le loup donc, l'aborde humblement,

Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint, qu'il admire.

«Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,

D'être aussi gras que moi, lui répartit le chien.

Quittez les bois, vous ferez bien:

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, hères, et pauvres diables,

Dont la condition est de mourir de faim.

Car quoi? rien d'assuré; point de franche lippée ;

Tout à la pointe de l'épée.

Suivez moi, vous aurez un bien meilleur destin.»

Le loup reprit: «Que me faudra-t-il faire?

-Presque rien, dit le chien: donner la chasse aux gens

Portants bâtons et mendiants;

Flatter ceux du logis, à son maître complaire:

Moyennant quoi votre salaire

Sera force reliefs de toutes les façons:

Os de poulets, os de pigeons,

Sans parler de mainte caresse.»

Le loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse

Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.

"Qu'est-ce là? lui dit-il. - Rien. - Quoi? rien? -Peu de

chose.

Mais encor? - Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause.

- Attaché? dit le loup: vous ne courez donc pas

Où vous voulez? - Pas toujours; mais qu'importe? -

Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor."

Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.

 

 

NOTES :

 

Poli: Le poil luisant, signe de bonne santé et de bien

manger. Voir Horace, Epîtres » I, IV, V, 15 « Tu me verras

gras, la peau soignée et bien brillante, et tu pourras te

moquer de moi, vrai pourceau du troupeau d’ Epicure » («

Horace - OEuvres », traduction, introduction et notes par

François Richard, GF Flammarion, n° 159,1967, p. 217-

218).

Le mettre en quartiers: Le massacrer, le mettre en pièces.

Humblement: Attitude habituelle du loup depuis l’Ysengrin

du « Roman de Renart ».

« Cancre se dit proverbialement d'un homme pauvre qui

n'est capable de faire ni bien ni mal » (Furetière). « Cancre

misérable, coquin, maraud » (Richelet, qui cite cet

exemple).

Hère: pauvre hère.

Lippée: Mot formé sur « lippe » (lèvre inférieure

proéminente) ; ne s’emploie que dans l’expression

burlesque « franche lippée » qui signifie sans contrainte.

Mendiants: La rime obligeant de maintenir l’accord du

second participe, il convient de maintenir celui du premier.

L’invariabilité ne fut décidée par l’Académie qu’en 1679).

J’ai donc, comme dans le texte original de La Fontaine et

comme le voulait l’habitude de l’époque, ajouté le « s »

manquant au participe présent ‘portant’. Une telle

orthographe heurte bien sûr notre sensibilité de lecteurs de

l’an 2000. Elle était pourtant courante à l’époque et passait

inaperçue car normale.

Félicité: S’imagine un grand bonheur, une béatitude.

 

Jvjvjvjvjvjvjvjvjvjvjvjvjvvjv

 

 

 

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