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22/03/2012

22 MARS 2012 : LES ÉVÊQUES ET LA FIN DE VIE

Les situations difficiles

Fin de vie.jpg
FIN DE VIE

 

 

Tous ces efforts [NDLR : les « soins palliatifs» décrits dans les paragraphes précédents], déjà largement déployés en France et encore bien insuffisants, représentent une forme légitime et nécessaire d’humanisation de la mort. Ils ne suppriment pas toute souffrance, car ce n’est pas à la portée de l’homme. Sur ce point il importe de renoncer aux illusions trompeuses. Mais bien des malades, ainsi soignés et accompagnés, ont eu le temps de témoigner de l’aide reçue et de leur reconnaissance. Des familles ont porté le même témoignage. Demeurent cependant en fin de vie, et demeureront sans doute toujours, des situations de détresse, de douleurs ou d’autres symptômes mal soulagés,

d’anxiété, d’agitation et d’angoisse. Il s’agit alors de faire preuve de beaucoup d’attention et de créativité, de manière à tenter d’adoucir cette épreuve.

Une question est souvent posée, notamment par des soignants. Ils demandent s’il est légitime, dans de tels cas, et lorsque la mort est proche, de plonger le malade dans un sommeil artificiel.

Voici notre position. Depuis toujours, l’Église catholique a accordé une grande importance aux pensées et aux actes de l’être humain parvenu à proximité de sa mort. L’expérience acquise par ceux qui ont accompagné

de grands malades renforce cette conviction. Les derniers moments peuvent être l’occasion de sentiments, de paroles, ou d’autres formes de communication, de décisions, importants pour le mourant et son entourage. Beaucoup souhaitent la présence de proches, d’amis, de membres de leur communauté religieuse ; certains veulent garder la possibilité de prononcer une dernière prière, de recevoir une dernière fois un sacrement. « Les en frustrer répugne au sentiment chrétien, et même simplement humain » (21). Il ne faut donc pas, sans raisons graves, priver le mourant de sa lucidité et de sa conscience. Comme le disait le Pape Pie XII, « l’anesthésie (c’est-àdire la suppression de la sensibilité générale et de la conscience), employée à l’approche de la mort, dans le seul but d’éviter au malade une fin consciente, serait non plus une acquisition remarquable de la thérapeutique moderne, mais une pratique vraiment regrettable » (22). (•) Il arrive cependant que des malades proches de leur fin soient écrasés par des souffrances physiques ou morales que personne n’arrive à atténuer, qu’ils manifestent un désir de dormir et qu’ils jugent n’avoir plus à accomplir de

tâches qui requerraient leur lucidité; dans ces cas, et eux seuls, si l’on veille à continuer les soins nécessaires et si le maniement des diverses médications manifeste que l’on a pour unique objectif d’arracher ces malades au mal qui les accable et non pas de hâter ou de provoquer leur mort, alors nous jugeons qu’il est acceptable d’induire et de maintenir plus ou moins longtemps un sommeil artificiel (23). De telles décisions sont d’ailleurs exceptionnelles là où les malades sont bien soignés et accompagnés. Leur fréquente répétition dans une institution sanitaire serait sans doute le signe d’un manque grave dans l’accueil et dans l’organisation des soins. La recherche médicale doit être poursuivie, de manière à permettre d’éviter à l’avenir des décisions ressenties comme profondément insatisfaisantes par bien des soignants et des familles. Un soutien adéquat doit aussi être apporté aux équipes soignantes, spécialement à celles qui ont à remplir leur tâche dans des conditions particulièrement difficiles.

 

Le grand âge

 

Les débats actuellement les plus vifs, en France et en Europe, portent sur les décisions à prendre envers les personnes atteintes d’une maladie irrémédiablement mortelle à brève échéance. C’est pourquoi nous avons consacré à ce sujet de larges développements. Nous n’oublions cependant pas une autre source de graves préoccupations : le sort réservé aux personnes parvenues au « grand âge ». (••) Celui-ci est marqué, chez un nombre important de personnes, par la perte de l’autonomie physique, et également par des détériorations mentales graves. Une telle dépendance, dans notre culture actuelle, est source de souffrances importantes. Encore trop de maisons spécialisées dans l’accueil et le soin de ces vieillards sont des lieux de marginalisation et de solitude. Cela contribue à renforcer des déficits déjà très importants. Or nous pensons que l’attitude d’une société envers ses membres les plus âgés est un signe de son degré de civilisation. Nous ne pouvons que rappeler un des grands commandements de la Bible : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le Seigneur, ton Dieu » (Ex. 20, 12). Si cet appel pressant avait été davantage entendu, l’homme moderne, dans les sociétés occidentales, craindrait moins le vieillissement. Tout progrès en ce domaine diminuera la crainte que chacun éprouve pour lui-même.

La tâche est considérable.

La mort provoquée ne représenterait-elle pas cependant dans certains cas un acte de pitié? Nous avons été témoins de l’épreuve et des interrogations angoissées de familles et de soignants, et nous savons qu’elles peuvent susciter l’idée et le désir d’abréger à tout prix la souffrance d’un mourant. De telles situations sont largement exploitées pour alimenter des campagnes d’opinion. La pitié est un sentiment humain très profond qui témoigne de l’attention et de la sensibilité à la souffrance d’autrui; mais elle peut prendre différentes formes. La pitié, telle qu’elle est aujourd’hui comprise par certains, se laisse envahir par le mal d’autrui, au point de ne plus voir que lui. La vraie pitié, celle qui mérite le nom de compassion, est espoir de communion avec la personne éprouvée,

Nous tenons à rendre hommage aux familles, aux professionnels de la santé, aux administrateurs et aux membres de diverses associations qui ont eu à coeur d’améliorer les conditions de vie des personnes très âgées. Cet effort doit être poursuivi. Il s’agit d’inventer de nouvelles manières d’accueillir et de soigner ceux que l’âge met dans l’impossibilité de subvenir eux-mêmes à leurs besoins, et d’apporter un soutien adéquat aux familles qui hébergent et soignent elles-mêmes des proches parents âgés.

 

La mort provoquée

 

Nous avons tracé les grandes lignes de ce qui nous apparaît comme la voie du respect de la personne humaine parvenue au terme de sa vie, et des exigences qu’elle comporte.

Nous constatons qu’une autre voie est aujourd’hui proposée, avec une insistance grandissante : donner la mort à ceux qui estiment trop souffrir de douleur physique ou de souffrance morale due à une détérioration corporelle ou mentale. Cette proposition est faite au moment où, inversement, dans les sociétés occidentales, se renforce la conscience de la gravité de toute mise à mort. Cette dernière intuition, de plus en plus répandue, est pour nous une conviction, appuyée sur toute la tradition chrétienne : l’homme n’a pas à provoquer délibérément la mort de son semblable; cela dépasse son pouvoir (24). « Tu ne tueras pas » (Ex 20, 13) demeure une exigence morale inéluctable, et, pour le croyant,

un commandement de Dieu. L’acceptation, plus même, la légitimation de l’euthanasie ne seraient pas un progrès, mais une grave régression pour notre société.

Il n’y a guère à ajouter à cela. Nous ferons cependant quelques remarques.

« Admettre qu’on puisse donner la mort directement, même si le patient le demandait, détruirait la confiance indispensable aux relations humaines, celles du malade avec sa famille, celles du malade et de sa famille avec l’équipe soignante ». Déléguer ce rôle au corps médical lui donnerait, dans la société, un pouvoir exorbitant du droit commun. La « mort douce » octroyée à quelques-uns pourrait devenir source d’une angoisse irrésistible pour beaucoup de malades au risque de la souffrance due à une telle proximité.

Certains se laissent ébranler par les changements survenus chez autrui, qui portent atteinte à son image et le défigurent. L’homme compatissant cherche, quelles que soient les apparences, la grandeur de celui ou celle qui a été et qui reste un frère ou une soeur en humanité, un fils ou une fille de Dieu. Certains, mus par une forme de pitié, en viennent à dire que

l’existence d’autrui n’est plus humaine, comparable à la nôtre. L’homme compatissant parvient à reconnaître l’humanité même sous des formes qu’il ne souhaite pas pour lui-même. La pitié, si elle désespère de la valeur d’autrui et de sa vie, se renie elle-même et peut devenir homicide. La pitié qui est vraiment compassion cherche humblement à aimer. Des professionnels de la santé, des proches parents même, en viennent parfois aujourd’hui à mettre un terme à la vie de telle personne qu’ils soignaient jusqu’alors. Pour la plupart ils disent avoir agi « en conscience ». Ce n’est pas nous placer au-dessus d’eux que de faire les remarques suivantes : Se réclamer de sa propre conscience implique de reconnaître sa responsabilité, d’être prêt à répondre de ses intentions et de ses actes : devant soi-même, devant les hommes, selon les lois de son pays, en dernier ressort devant Dieu. D’autre part, spécialement dans des décisions aussi graves, chacun est tenu de s’interroger avec honnêteté et lucidité : Peut-il affirmer que sa conscience n’est pas émoussée? A-t-il suffisamment réfléchi, pris conseil et essayé de se libérer de ce qui pourrait fausser son jugement ? L’homme est bien responsable devant sa conscience ; il est aussi responsable de sa conscience.

Nous sommes fermement persuadés que la loi ne doit pas accepter, encore moins légitimer l’euthanasie. D’autres autorités morales portent le même jugement. Nous renvoyons à leurs déclarations. À ceux qui ont une responsabilité dans l’élaboration de la législation, nous ferons remarquer que s’ils désiraient faire place à quelques situations exceptionnelles vis-à-vis desquelles ils jugeraient que la loi doit faire silence, ils n’éviteraient pas des dérives allant beaucoup plus loin que ce qu’ils prévoyaient .

Plus fondamentalement nous pensons que personne ne peut s’adjuger le

droit de disposer de la vie d’un autre homme, ni d’octroyer ce droit sous peine de ruiner le fondement de l’ordre juridique. Le respect de l’homme proche de sa mort, même et surtout s’il désespère de lui-même et ne reconnaît plus de valeur à sa vie, passe par d’autres voies. [1]

 

 

Voici les réponses données par des Français à deux questions clés posées dans le cadre d’un sondage sur l’euthanasie, effectué en septembre 1998, pour « La Marche du siècle » et Le Figaro. (•)

Il faut noter l’ambiguïté de certaines expressions – « aide à mourir », « aider à mourir » – auxquelles on peut donner un sens réellement chrétien et le manque de toute référence aux soins palliatifs qui visent précisément à épargner au malade toute « souffrance extrême » :

 

Question : Si vous étiez atteint d’une maladie incurable, et en proie à des souffrances extrêmes, demanderiez-vous que l’on vous aide à mourir ?

 

Réponse : Ensemble Catholiques Catholiques

pratiquants non-pratiquants

 

Oui 79% 64% 83%

Non 12% 26% 9%

Nspp (••) 9% 10% 8%

 

Question : Si l’un de vos proches était atteint d’une maladie incurable, et en proie à des souffrances extrêmes, décideriez-vous de l’aider à mourir ?

 

Réponse : Ensemble Catholiques Catholiques

pratiquants non-pratiquants

 

Oui 61% 49% 62%

Non 28% 26% 26%

Nspp (••) 11% 8% 12%

 

(Dans un sondage effectué par Ipsos, en 1988, 57% des Français interrogés ont répandu oui à la première question et 49 % oui à la seconde.)

(•) Sondage réalisé les 4 et 5 septembre 1998 auprès de 965 personnes,

âgées de 18 ans et plus (interviews réalisées par téléphone suivant la méthode des quotas de sexe, âge, profession du chef de famille, région et catégorie d’agglomération). Voir Le Figaro du 23 septembre 1998.

(••) Ne se prononce pas.

 

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10:24 Publié dans ÉTHIQUE | Commentaires (4)

23/02/2012

23/02/2012 : S'interroger sur l'autorité

 

Capture d’écran 2012-02-23 à 10.37.38.png
AUTORITÉ???

 

RÉFLEXION SUR L’AUTORITÉ

 

1 - Pour vous, qu’est-ce qu’une personne autoritaire ? En avez-vous rencontré ? Cela vous a-t-il marqué ?

 

2 - Dans quels domaines avez-vous été amené à exercer une autorité ? Avez-vous rencontré des difficultés et, si oui, lesquelles

 

3 - Existe-t-il, pour vous, une autorité naturelle ? Quelles en sont les caractéristiques ?

 

4 - L’obéissance va-t-elle toujours de pair avec l’autorité ? Obéir veut-il dire se soumettre ?

 

5 - On parle beaucoup d’une crise de l’autorité aujourd’hui. Qu’en pensez-vous ? L’avez-vous expérimentée ?

 

6 - Le débat fonde-t-il ou fragilise-t-il l’autorité ?

 

7 - On dit que Jésus agissait avec autorité. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

 

(Source : « Cahiers croire.com » n° 277)

 

 

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10:32 Publié dans ÉTHIQUE | Commentaires (0)

26/01/2012

CAS DE CONSCIENCE

 

Cygnes (Merlen).jpg
CYGNES (sur le Lac du Bourget?) -photo aimablement communiquée par un ami blogueur

 

Comment réagir à un ordre immoral ?

 

Vie professionnelle. Pression économique oblige, certaines entreprises sont prêtes à tout pour rester compétitives. Au détriment parfois du respect des personnes. Certains salariés sont pris en tenaille entre leur mission et leurs convictions.

La réunion de notre équipe MCC portait ce soir-là sur les rapports entre stratégie personnelle et stratégie d’entreprise. Le fait que rapporta l’un des membres de l’équipe occupa vite tout le champ de l’échange: «Mon Directeur Général a décidé de virer la jeune cadre commerciale de l’entreprise et me charge de constituer un dossier contre elle, de trouver des raisons pour la coincer. Or il n’y a aucun élément objectif à l’appui, c’est un dossier vide…». Ce type de cas n’est évidemment pas isolé.

La trentaine, marié et père de deux enfants, Cyril est cadre juridique dans la filiale informatique d’un groupe américain. Cette société s’est vite développée, jusqu’à compter aujourd’hui soixante-dix salariés. Ceux-ci sont bien rémunérés, mais l’entreprise est exigeante en termes de résultats, et nul n’est assuré d’y garder longtemps sa place. Comme c’est souvent le cas aujourd’hui, dès qu’une action, un comportement, fait courir un risque aux finances, à l’efficacité ou à la réputation de l’entreprise, celle-ci préfère se séparer de la personne mise en cause.

 

Une décision injustifiable

 

Ce n’est pas le premier dossier que Cyril doit constituer pour faire partir quelqu’un; mais auparavant, il y avait toujours une matière défendable, plaidable. La grande différence dans le cas présent tient à ce qu’il n’y a ni fait ni raison professionnelle imputables à cette jeune commerciale. La raison invoquée, aussi simple qu’imprécise, exprime clairement l’intention qui la sous-tend: les résultats de l’année ont été moins élevés qu’espéré. La maternité de la jeune femme ne lui a pas permis d’être aussi active que les autres. En se séparant d’elle, les autres commerciaux comprendront qu’ils doivent travailler davantage.

Mais les clients contactés vantent la qualité de service et de relation de la jeune femme, tandis que les avocats de l’entreprise soulignent l’aspect juridiquement indémontrable de la raison invoquée, à savoir le manque à gagner entraîné par la situation familiale de la commerciale. Le seul argument qui pourrait peser pour une séparation à venir consisterait à faire valoir une moindre disponibilité (due à la maternité) qui ne correspondrait plus exactement au profil sur lequel elle avait été embauchée. Mais Cyril refuse cet argument, étant lui-même père de famille.

Lors de notre réunion MCC, deux questions surtout inquiètent Cyril. Tout d’abord: quelle attitude adopter envers la commerciale? Doit-il ou non la rencontrer? Il a besoin d’elle pour monter le dossier. Mais, comme ce dossier est vide, sur quoi peut bien porter l’entretien? Ce n’est pas à lui de lui révéler les intentions de son patron. L’autre question concerne sa relation avec le directeur général: comment répondre à sa demande alors qu’il y a clairement à ses yeux une injustice? En même temps, il ne peut actuellement courir le risque de perdre sa place dans l’entreprise.

 

Reconnaître que je suis responsable

 

Notre réunion a été l’occasion pour Cyril d’une forte prise de conscience, qui l’a aidé à progresser non seulement dans l’appréhension de cette situation, mais plus généralement dans l’approche de sa fonction et de son rôle dans l’entreprise: «Ma première réaction avait été de me dire que je devais me sentir extérieur à tout cela, pour me protéger. Donc, je m’implique dans la limite de mes compétences professionnelles. Mais je ne suis pas l’auteur ni le responsable de la décision». Cyril a compris que cette attitude était fausse, qu’il n’était pas extérieur, mais un maillon de la chaîne.

L’image biblique du «piège», telle qu’on la trouve dans les Psaumes, ou tout simplement dans la Passion, a été longuement regardée ce soir-là. L’image est très parlante par les différents éléments qui constituent le piège où le «juste» va tomber: on «intrigue, épie, calcule, dissimule… ils se forgent une parole maligne…». Mais le piège est aussi celui dont les auteurs, comme les victimes, sont parties prenantes, et il peut se retourner contre ceux qui l’ont monté; c’est d’ailleurs l’espoir secret du psalmiste.

Cette image du piège, qu’il contribue à construire en étant lui-même piégé, sans liberté, a permis à Cyril de prendre de la distance et de considérer de manière différente les relations professionnelles dans lesquelles il est impliqué. Peut-être convient-il de parler ici de relations plus vraies, plus incarnées. Certes, dans le cas précis de cette collègue, il convenait de garder une grande discrétion avec elle, dans la mesure où le dossier était vide. Mais avec d’autres personnes et dans d’autres situations, Cyril s’est aperçu qu’une trop grande extériorité, une absence de réactions ou de paroles de sa part pouvaient, étant donné sa fonction, être mal interprétées. En clair, il aurait pu avertir telle ou telle personne dont le comportement ne convenait pas dans l’entreprise, et prévenir ainsi le danger.

 

Guetter le moment favorable

 

Cela a modifié aussi son rapport au directeur général, le faisant sortir d’une vision trop étroitement hiérarchique pour entrer davantage dans une relation de compétence et de conseil: il appartient à Cyril par sa fonction d’indiquer à son directeur, non seulement les impasses juridiques, mais aussi les inconvénients de décisions qui pourraient à terme porter préjudice à l’entreprise, à son efficacité, et à sa notoriété. C’est d’ailleurs ce qui vient de se produire: sur un autre dossier, l’entreprise a été condamnée aux prud’hommes, ce qui a eu pour effet d’arrêter tous les autres dossiers en cours. Entre-temps, Cyril avait averti son directeur que le dossier constitué n’était pas bon et peu soutenable, de manière à laisser passer du temps et à reprendre avec lui la question.

Dans ces situations où l’on est contraint d’obéir à un ordre immoral, deux éléments sont indispensables:

 

Ne pas rester seul, mais prendre conseil de personnes en qui on a toute confiance. Le but n’est pas ici uniquement d’être éclairé par d’autres avis. C’est aussi un lieu de partage et d’appui. Cela a été décisif dans le changement et la détermination de Cyril. Prendre du temps et du recul, alors même que la violence ou l’incompréhension de la décision, voire la surprise, peut nous jeter immédiatement du côté de la victime ou parfois du décideur. Précisément, dans ces situations où sont engagées une vision de l’homme et des valeurs morales, il est fondamental de construire une position réfléchie, qui permette au décideur de revoir sa stratégie, d’élargir son argumentaire et sa vision, et, peut-être, de revenir sur sa décision.

 

Pour un chrétien, le temps de l’action est toujours celui du «moment favorable» de l’Évangile, celui où l’Esprit peut, à la faveur d’une parole, d’un conseil ou d’une attitude, habiter un cœur ou une pensée. Le temps de l’action n’est pas seulement celui du raisonnement et du faire, mais aussi celui de la parole qui donne sens et qui fait vivre.

Remi de Maindreville, sj.

 

(Source : « Cahiers croire.com »)

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11:40 Publié dans ÉTHIQUE, RELIGION | Commentaires (2)

 
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