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14/04/2012

SAMEDI 15 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE FOI" (suite)

 

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HISTOIRE D’UNE FOI (suite) – V.BELEN

(http://www.histoiredunefoi.fr)

 

L’Afrique Je vis à vingt ans une expérience très marquante : je pars pour trois semaines en Afrique avec deux amies. Mon aumônier de JOC m’a donné des adresses de missions catholiques au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, nous y logerons. Une fois sur place, nous improviserons aussi une incursion de plusieurs jours au Mali. Le dépaysement est total. La misère est aussi grande au Burkina Faso que l’est le sourire sur le visage de ses habitants, quand ils nous lancent le traditionnel « Bonjour, ça va ? ». Je vis cet été-là un contraste saisissant : je viens de passer trois semaines en RDA où tout est gris, lourd, où la propagande est partout et la crainte du régime palpable, où l’on suscite l’envie en tant qu’occidental, même si c’est l’un des pays les plus « nantis » du bloc de l’Est. Pourtant toute discussion d’ordre social devient assez vite impossible, même avec les jeunes, hors des normes du communisme. Et ici au Burkina Faso, c’est une lutte quotidienne pour la survie, tomber malade peut être fatal, les enfants quémandent dans la rue mais la joie est présente, la chaleur humaine contagieuse. Mes raisonnements d’européenne sont ébranlés. Mon aumônier nous a recommandées à un de ses amis qui est missionnaire à Bobo Dioulasso. Le père Jean-Marie décide de nous consacrer du temps pendant les quelques jours où nous sommes là. Il nous emmène chez des familles, nous avons la chance de partager leur table, leur fête de l’Assomption, qui est là-bas la fête des femmes. Il nous fait rencontrer des jeunes de la JOC locale avec qui nous pouvons échanger, mesurant le contraste entre nos vies et les leurs, comme quand nous apprenons un jour que l’un des jeunes n’est pas là parce qu’il fait une crise de paludisme. Séjour riche d’authentiques rencontres et de profondes remises en question. Mais surtout, je découvre une merveilleuse personne au service de son prochain. Le père Jean-Marie rayonne, il rayonne de cette lumière que j’avais vue sur le visage des jeunes soeurs des Voirons. Il est entièrement donné à sa tâche et il a l’air heureux. J’ai avec lui des conversations qui me ressourcent, qui remettent en cause mon agnosticisme, je pense toucher du doigt à nouveau cette foi naguère exaltante qui m’a fuie. La flamme de son engagement m’interroge : peut-on avoir donné toute sa vie pour du vent ? Question qui demeure nichée en moi pendant de longues années encore, pendant ces années d’errance spirituelle où il sera resté comme un phare dans ma nuit… Quinze ans plus tard, je vivais désormais sur sa terre natale, non loin de chez lui. Il avait dû revenir de mission. J’étais dans la joie de ma foi retrouvée, j’ai formé le projet d’aller le voir, d’évoquer avec lui tous ces souvenirs qui nous avaient liés après notre rencontre pendant une correspondance de quelques années. Mais Jean-Marie n’était plus, emporté à la cinquantaine par une cruelle maladie… A Dieu, mon ami… - 15 -

Nord –Sud Mon séjour en Afrique m’a beaucoup sensibilisée au problème de la faim dans le monde, aux relations Nord-Sud. Je m’intègre à un groupe de jeunes en train de se former pour réfléchir lors de sessions à cette problématique, dans une ambiance chaleureuse, avec des participants venus de différents pays d’Europe et des intervenants d’origine africaine. Nous remettons en cause nos habitudes de consommation qui affament l’hémisphère Sud. Dans ce groupe, il y a Lucie. C’est une jeune femme qui revient de Calcutta, où elle a passé plusieurs mois aux côtés des Missionnaires de la Charité de Mère Teresa, qu’elle a rencontrée en personne. Lucie témoigne de façon bouleversante, on sent qu’elle a été transformée en profondeur par cette expérience. Pas de misérabilisme dans son témoignage, Lucie raconte avant tout l’amour qu’elle a vécu dans ces lieux de pauvreté extrême, elle évoque l’aura de Mère Teresa, la dignité des pauvres. Et dans les yeux bleu limpide de Lucie, je vois la même lumière que dans ceux du père Jean-Marie et des religieuses des Voirons, cette lumière qui m’interpelle à chaque fois : d’où vient-elle, si ce n’est de la connaissance de Dieu ? Lucie vient présenter son diaporama dans mon école, je tiens à sensibiliser ma toute première classe à la vie dans les pays émergents. Mon directeur est impressionné aussi par ce qu’elle dégage. Il me demande si elle est religieuse. Non, Lucie n’est pas religieuse. J’ai su beaucoup plus tard qu’elle s’était mariée et avait eu des enfants. Au cours d’un week-end dans les Vosges avec le groupe tiers-monde, nous partons en randonnée à travers la forêt le matin de la Pentecôte, jusqu’à une chapelle entretenue par la congrégation des marianistes. Nous assistons à l’office de la Pentecôte. Le lieu est beau, intime, le chant et la prière sont harmonieux, je vois autour de moi des participants pleins de ferveur, dont ceux du groupe. Je vois Lucie qui se recueille, qui se prosterne… Et cependant, au milieu de cette ferveur, je vis un tourment insupportable. Je n’arrive pas à croire à ce que les autres proclament. Pas la moindre trace de foi en moi, je me sens exclue, paria. Les autres semblent dans un état de grâce qui n’est absolument pas le mien. Je n’ai jamais ressenti aussi cruellement le doute et l’absence de ferveur que dans ce lieu où tout semblait pourtant propice au recueillement… - 16 -

Lumière et ténèbres Depuis que j’ai perdu la foi en terminale, de temps en temps un rai de lumière m’attire vers les préoccupations spirituelles, mais dans l’ensemble tout se conjugue autour de moi pour me conforter dans mon incroyance. Depuis toujours, j’ai eu de la tendresse pour ma tante qui m’a donné mon prénom. Elle est aimante, simple et généreuse à l’excès. Elle dessine magnifiquement. Jeune fille, elle a pensé avoir une vocation religieuse, elle a séjourné un temps dans un couvent, mais des troubles psychiques et des problèmes relationnels avec les autres religieuses l’ont empêchée de s’engager durablement dans cette voie. Elle retourne chez ses parents. Jeune femme, elle travaille dans un hôpital, puis entre au service d’un prêtre déjà âgé, dans un petit village où elle découvre une déférence d’un autre âge pour le curé de la paroisse. Ce prêtre est un vrai personnage, qui fait partie de notre famille, il vient avec ma tante à toutes les fêtes qui nous rassemblent. Il est très grand, une sorte de Général de Gaulle, la soutane qu’il porte quotidiennement en plus. Avec l’âge, sa tête ploie en avant, elle finira presque en angle droit avec son grand corps ses dernières années. C’est un homme discret, qui parle un français très châtié, avec de grands mouvements de sourcils. Il est issu de la bourgeoisie, mais nous considère sans condescendance. Pour mes soeurs et moi, c’est un peu comme un grand-oncle, avec qui nous gardons cependant une distance respectueuse. Nous passerons même des vacances auprès de notre tante dans son presbytère. Entre lui, notre oncle prêtre et notre vrai grand-oncle prêtre lui aussi, qui était un homme humble et affectueux, il y a trois curés dans la famille. Ma tante reste à son service pendant de très longues années, jusqu’à ce qu’il s’éteigne. Elle partagera avec lui la maison qu’il acquiert pour sa retraite. Leur relation est faite à la fois de respect, de distance et de complicité, chacun finissant par connaître parfaitement l’autre. C’est pendant les années de retraite du vieux curé qu’elle sombre dans les troubles mentaux qui l’avaient déjà assaillie jeune fille. Elle fait des pénitences extravagantes pour expier des fautes dont elle s’accuse, elle nous tient un langage incohérent et nous devons plusieurs fois la faire hospitaliser en psychiatrie. Cela fait mal de la voir ainsi, dans cet environnement complètement inadapté à sa nature altruiste, à sa piété si vive. Elle qui était pour moi un exemple de foi et de constance dans la fidélité à l’Evangile et à l’Eglise, son délire manifeste me plonge dans des affres de doute encore plus grandes. Une vie de croyance confiante et de piété, ce serait donc ça ? Tout ce qui l’animait ne serait donc que construction psychique erronée qui la détruit à présent ? Ma tristesse pour elle est aussi grande que la béance de mon questionnement. J’entends partout parler de « névrose chrétienne ». Et si finalement toute foi n’était que cela, une névrose allant parfois jusqu’aux troubles psychotiques ? - 17 -

Ce qui me rattachait à la foi chrétienne s’éloigne inexorablement de moi… Il me reste cependant un lien ténu pendant toutes ces années avec le divin, c’est mon goût pour la musique sacrée. Etudiante, je suis membre d’une chorale assez prestigieuse, qui se produit avec l’orchestre philharmonique de Lorraine. Nous chantons des oeuvres complètes : le « Requiem » de Brahms, la « Missa Solemnis » de Beethoven, « Roméo et Juliette » de Berlioz ainsi que sa « Damnation de Faust », l’ « Oratorio de Noël » de Bach… J’affectionne particulièrement les oeuvres sacrées, même si la « Missa Solemnis » est terriblement difficile à chanter. Je me sens à l’aise dans les messes en latin, maîtrisant encore le latin ecclésial. Chez moi, j’écoute aussi avec bonheur de la musique sacrée. Palestrina, Monteverdi, Bach, les oeuvres sacrées de Vivaldi, Haendel ou Mozart. Cette musique harmonieuse m’émeut et me ravit. Parfois, je me dis que je reste reliée par un fil à la foi par le biais de cette musique. Tant de beauté peut-elle avoir été inspirée par le néant ? Les compositeurs ont-ils créé ces oeuvres sublimes uniquement par obligation et sur commande, sans inspiration divine ? Je n’ai pas du tout la même émotion quand j’écoute de la musique composée fin XIXe ou au XXe siècle. Les harmonies contemporaines me rebutent. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y manque un souffle… peut-être bien le souffle divin, justement. Pendant de longues années, la musique sacrée reste mon lieu de ressourcement, de respiration spirituelle. Des années plus tard, quand j’ai découvert Hildegarde de Bingen, bénédictine allemande du XIIe siècle qui a laissé une oeuvre immense touchant à tous les domaines, visions spirituelles, littérature, musique - des oeuvres vocales d’une grande pureté - médecine, botanique, j’ai eu le sentiment que mon intuition se vérifiait. L’homme qui crée est parfois le vecteur de quelque chose d’infiniment plus grand que lui…

 

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13/04/2012

13 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE FOI" V.Belen

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Etienne

 

Depuis la sixième, où nous avons fait connaissance, Etienne est mon grand ami. On partage le goût pour la littérature, de franches rigolades, les mêmes origines rurales - on plaisante souvent sur le dialecte local qu’on comprend tous les deux - toute une façon de voir les choses. Etienne est posé et a beaucoup de finesse intellectuelle, et pas grand-chose en commun avec les garçons de son âge, ce qui fait que j’ai la même intimité avec lui qu’avec mes meilleures amies. D’ailleurs on forme un petit groupe fort sympathique, lui, ma meilleure amie, deux copines de collège et moi. Avec Etienne, et ça nous rapproche énormément aussi, on partage beaucoup de choses au niveau de la foi. Il est croyant lui aussi, pratiquant comme moi, il apprend à jouer de l’orgue en plus du piano et je vais parfois l’écouter jouer à l’église où il prend ses cours. J’ai par contre la foi un peu plus « militante » que lui, il me dit qu’il a tendance à être « un chrétien qui met son drapeau en poche ». En seconde, nous entrons dans deux lycées différents de la même ville, mais nous continuons à nous voir tous les jours car nous descendons du train à la même gare. Mon train arrive avant le sien, je l’attends et on fait un bout de chemin ensemble. Avec ma meilleure amie, nous allons aussi parfois le voir à la pause de midi, nous avons le droit de sortir de notre établissement mais pas lui, du coup nous nous parlons à travers les grilles de son lycée. C’est à seize ans que mes sentiments pour lui évoluent. Un jour, chez lui, je l’écoute jouer au piano la « Sonate au clair de lune » de Beethoven et je me prends à rêver. Tant d’harmonie ne peut pas rester sans suite. Je pressens que je ne retrouverai jamais une telle complicité avec un garçon, et que c’est sans doute lui l’homme de ma vie. Je nourris des sentiments amoureux pour lui. Je lui en fais part, pas de vive voix mais dans des lettres, auxquelles ils ne répond jamais de façon claire. Je n’arrive pas à savoir si ces sentiments sont réciproques ou pas. Alors nous continuons à nous voir comme si de rien n’était, je fais preuve de patience, je rêve du jour où il me prendra la main ou bien m’embrassera, dans les petites rues dans lesquelles nous passons après son cours d’orgue… J’attends et rien ne se passe… Depuis le début, je sais qu’il y a une alternative à notre histoire : peut-être bien qu’Etienne a une vocation religieuse. Auquel cas il choisira les ordres et je le perdrai. Je le sais et je l’accepte, je prie même en ce sens : « Seigneur, si tu veux Etienne à ton service, appelle-le, et je m’effacerai. » C’est douloureux, mais ma foi est plus forte que mon intérêt personnel. Une nuit - je suis en début de terminale, dix-huit ans bientôt - je rêve que je suis amoureuse d’un professeur de mathématiques et que j’apprends qu’il est séminariste. Le lendemain, je vais chez ma meilleure amie, Etienne est là aussi. Je raconte mon rêve en riant, mais intérieurement en fait je ne ris pas vraiment. Etienne fait allusion au fait que ce n’est pas un rêve anodin. Je lutte pour ne pas comprendre, mais j’ai déjà compris. Quelques jours après, nous cheminons à nouveau ensemble le matin vers nos lycées respectifs, et Etienne m’annonce qu’il veut entrer dans la vie religieuse après le bac. Ecroulement. Ecroulement de toutes parts.

 

 

La philosophie et le doute

 

Je suis en terminale littéraire et nous avons huit heures de philo par semaine. J’adore la philo, mais elle bouleverse toutes mes certitudes. Le programme de philo commence avec Socrate. Socrate me fascine, je suis séduite par les valeurs qu’il défend, qui se rapprochent énormément des miennes, de mes valeurs chrétiennes. Nous devons rédiger un court paragraphe sur Socrate dans nos brouillons, et la prof passe dans les rangs. J’ai écrit : « Socrate me fait penser à Jésus Christ. » La prof s’arrête sur mon cahier, et avec son stylo rouge, elle barre d’une croix le mot « Christ » : « En philo, on dit Jésus. » Je reste interloquée devant mon cahier et ce « Christ » barré d’une grosse croix rouge. Chaque cours de philo apporte son lot de questions – c’est le but, et c’est bien ainsi. Je lis « Les animaux dénaturés » de Vercors et un gouffre béant s’ouvre devant mes pieds : L’homme a-t-il une âme ? Je ne trouve absolument aucune réponse à ma question, qui me taraude jour après jour. L’aumônerie du lycée, que je fréquente assidûment, ne m’est d’aucun secours face à ce doute subit. A la rentrée de seconde, l’aumônier nous avait demandé d’écrire anonymement sur des papiers qui était le Christ pour nous. J’avais répondu par plusieurs phrases pleines de certitudes ferventes. Quelqu’un avait répondu : « Je me le demande », et lorsque les papiers ont été lus, j’ai réagi par l’incompréhension. Qui pouvait bien avoir écrit cela ? Comment pouvait-on douter ainsi ? Ma meilleure amie m’avait dit ensuite que c’était elle, et j’avais été complètement démunie face à son doute, d’autant plus qu’elle était venue à la foi un peu tardivement à mon contact, entre autres. Et là je suis en terminale, et pan par pan, toute ma foi s’écroule. L’homme a-t-il une âme ? Où est Dieu dans l’évolution de l’espèce ? J’en suis là à la Toussaint 1981. Etienne ne m’a pas encore dit qu’il veut entrer dans les ordres. Quelques jours avant la Toussaint, j’assiste, comme avant chaque fête liturgique, à la célébration pénitentielle collective de ma paroisse - l’examen de conscience suivi d’une absolution collective. Et là, je me rends compte que je n’arrive plus à prier. Le « Credo » ne sort plus. Je n’arrive plus à dire : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant… ». Je ne peux plus le dire. Le doute est là. Je ne crois plus. Je pleure à chaudes larmes, au premier rang de la tribune, espérant que personne ne me verra. Quelque chose s’est brisé en moi. Je ne crois plus. Je raconte ça par écrit dans mon journal intime, que je mouille lui aussi de mes larmes. Impossible d’en parler à mes parents, je me dis que ça leur ferait trop de peine, moi qui suis la plus fervente de la fratrie. Je n’arrive pas à imaginer comment je pourrai vivre sans la foi chrétienne dans cette famille-là, où tout est dicté par les règles morales de l’oncle prêtre et rythmé par la pratique religieuse. Je choisis de ne rien dire.

C’est quelques jours après qu’Etienne m’annonce qu’il va suivre sa vocation religieuse. Je n’en suis plus à un écroulement près. Mais ça devient dur pour moi d’avoir Dieu pour « rival », dans la mesure où je ne crois plus en lui. Il me prend Etienne. Et moi, je deviens quoi ? Et quelles valeurs morales aurai-je désormais, vu que l’Evangile était la base de tout mon code du « vivre ensemble » ? Le curé de mon enfance, que j’ai toujours tant aimé, est encore en fonction dans mon village pour quelques mois avant de prendre sa retraite, il a une maladie. Je vais le voir et je lui raconte tout ça, mon doute, ma détresse. Il dédramatise, il me dit : « Véronique, tu as perdu ta foi d’enfant, c’est normal, tu dois trouver ta foi d’adulte. Tu retrouveras le Christ dans les autres. » En fait, je ne suis pas vraiment décidée à trouver ma foi d’adulte tout de suite. Car pour le moment, je me sens libre. Un soir, je m’arrête longuement près d’un guitariste irlandais qui fait la manche dans la rue. Je l’écoute et je me sens différente, tout à coup. Je n’épouserai jamais Etienne. Je n’ai plus la foi. Je suis une jeune fille libre. Après, c’est la réorganisation de ma vie intérieure. Parallèlement, on parle beaucoup de Freud, de la psychanalyse en cours de philo, et je découvre toutes ces nouvelles notions avec passion. Nietzsche aussi, qui me révulse plutôt : «Périssent les faibles et les ratés ! Et il faut même les y aider ! », Marx : « La religion est l’opium du peuple », Sartre, une façon de penser qui ne m’avait jamais effleurée. Je suis avide de découvrir mais mon doute devient abyssal. J’approfondis aussi en cours d’histoire des événements qui me font rougir d’être catholique. L’Inquisition, le procès de Galilée, la Shoah… Enfant, je m’interrogeais sur la différence entre catholiques et protestants. Les massacres de la Saint Barthélémy blessent ma conscience, d’autant plus que j’approuve les principes d’origine du protestantisme. Face aux anticléricaux, je n’ai plus d’argument. Je porte aussi un regard critique sur la soumission de ma famille aux diktats de l’oncle prêtre. Ma mère est toujours dans le souci du « qu’en dira-t-on », bien qu’elle souffre jusqu’au fond de son être de la collusion sans concession de son frère et de sa mère, le plus souvent contre elle. Il faut toujours veiller à rester dans les normes morales du catholicisme. Sortir avec un garçon, c’est mal, aller à la messe le dimanche, ça ne se discute pas, se marier, c’est à l’église. J’étouffe. Je ne veux pas pour autant d’un néant moral. J’ai toutes les peines du monde à mettre quelque chose à la place de ma foi. Je découvre le mot « agnosticisme » et je trouve qu’il me va tout à fait. Plus assez naïve pour me dire croyante, pas assez sûre de moi pour me dire athée. Dieu, je ne sais pas s’il existe. C’est tout à fait l’état d’esprit dans lequel je suis.

 

Je reste sensible aux valeurs de l’Evangile. Je suis toujours foncièrement de gauche, dans ces premières années où elle est enfin au pouvoir. Alors un jour, je me dis : « Jésus, je ne sais pas qui tu es. Je ne sais pas si tu es ou non le Fils de Dieu. Je ne sais pas s’il y a un Dieu. Mais je te garde comme mon philosophe préféré. » Et c’est ma position pendant de longues années. Je reste, je pense, une personne bienveillante et sensible à autrui. Mais je n’ai plus la foi de l’Eglise. Et à vrai dire, à dix-huit ans, ça m’arrange bien, parce que j’ai envie de commencer à goûter aux plaisirs de la vie… Après le bac, j’entre dans une vie nouvelle : je suis admise à l’Ecole Normale d’Instituteurs et j’ai la chance de ce fait de poursuivre mes études en étant rémunérée. Je vis tout ce dont j’ai été privée jusque là du fait de la condition modeste de mes parents : premiers voyages, sorties avec des amis, première voiture… Un grand vent de liberté. Je me découvre aventurière alors que j’avais connu jusque là une vie étroite et sage. J’apprends aussi les contraintes d’un métier exigeant, les études ne sont pas excessivement difficiles mais les périodes de pratique en classe très denses en travail. Ces trois années sont à la fois enthousiasmantes, car pleines de découvertes, et douloureuses, car je n’arrive pas à atteindre un équilibre intérieur. J’aime à nouveau, longtemps, de façon non réciproque, et j’en souffre beaucoup. Attendre sans savoir si mes sentiments aboutiront sur une relation amoureuse me mine. Ou alors je me lance dans des petites histoires d’amour pas vraiment convaincantes qui ne durent pas et me laissent un goût amer. Je n’ai plus de « port d’attache » au niveau de mes valeurs, comme j’avais pu en avoir un jusqu’à dix-huit ans avec ma foi. Parfois, une étincelle m’éclaire à nouveau : des moments forts à la JOC, dans laquelle je suis encore engagée à ce moment-là ; un spectacle à Paris qui me ravit : « Un homme nommé Jésus » de Robert Hossein, qui m’émeut tellement que j’attends l’acteur tenant le rôle du Christ à la sortie des artistes pour le remercier. Je relis l’Evangile. La foi m’attire. Mais toujours, je fais un pas en avant vers la croyance pour reculer à nouveau. Le personnage de Jésus m’interpelle toujours au plus haut point, mais le mot « Dieu » n’a plus de signification pour moi. Je continue néanmoins à chercher des réponses à mes questions existentielles là où je peux. La philosophie et la psychologie, qui sont également au programme de ma formation d’enseignante, m’intéressent toujours autant qu’en terminale. Comme si mes doutes religieux ne suffisaient pas, le petit copain de ma meilleure amie et colocataire, qui est très souvent chez nous, ébranle aussi mes convictions politiques. Il a sa carte au RPR et me taquine beaucoup sur mes valeurs de gauche. Athée, il se gausse de la « civilisation judéo-chrétienne », un mot qui revient sans cesse à sa bouche. Face à ce rhétoricien brillant, je suis souvent à court d’argument pour défendre mes pauvres idées… ou ce qu’il en reste.

 

Laïcité

 

En intégrant l’Ecole Normale d’Instituteurs, je suis aussi entrée de plain-pied dans l’Education Nationale, et dans la grande famille des enseignants laïcs. Le statut en Alsace - Moselle est hybride du fait du concordat. Une heure de religion est dispensée pendant les horaires scolaires, les élèves y assistent en principe, sauf dispense écrite des parents. Dans certaines salles de classe rurales, on trouve encore un crucifix. Quelques postes de l’école publique sont jusqu’aux années quatre-vingts occupés par des religieuses, parfois nous prenons leur succession et des parents ne comprennent pas que la journée ne commence plus par une prière. Ce statut particulier rend peut-être encore plus farouche l’anticléricalisme du corps enseignant. C’est un fait que je découvre en intégrant « la maison » : ici on est anticlérical et athée, ou on n’est pas. Jeune normalienne, j’évoque mes engagements à la JOC. Cela me vaut surtout des moqueries. Je n’ai qu’une amie proche dans cette promotion avec laquelle j’échange parfois au sujet de la foi, qu’elle a alors bien plus vive que la mienne. Dans ce milieu que nous faisons nôtre, la religion est un sujet de plaisanterie courant, la rancoeur contre l’Eglise et tout ce qui la touche de près ou de loin est de bon ton. Comme nous sommes soumis au statut concordataire, nous avons aussi une unité de formation religieuse à l’Ecole Normale, car nous sommes censés enseigner nous-même l’heure de catéchisme. Evidemment tout le monde s’y refuse, du moins en Moselle, ce sont des catéchistes qui interviennent dans les écoles, mais la formation demeure. On peut en être dispensé. Pour moi, j’assiste aux cours. Ils sont donnés par un aumônier, qui a fort à faire avec les convictions laïques de ces étudiants agités. Il prend le parti de nous informer sur toutes les religions, ce qui m’intéresse et me donne matière à réfléchir. Tout ce contexte largement anticlérical ne m’aide pas à progresser dans mon questionnement spirituel. Le fossé se creuse entre ma pratique et ma croyance d’autrefois et la manière de penser propre à l’Education Nationale. Je me laisse aller moi aussi à la raillerie, je suis complice de mes amis qui « bouffent du curé », je m’indigne comme tout le monde des prises de position de l’Eglise catholique et je deviens tant bien que mal adulte dans cet esprit de rébellion. C’est inconfortable au niveau des valeurs que je voudrais un tant soit peu préserver, mais la vie devient plus facile, avec moins d’exigences morales. Mes parents sont parfois perplexes devant mon revirement. Je ne vais désormais à l’église que quand les événements familiaux m’y obligent. Et par souci d’authenticité, quand même, je n’y communie plus.

Source : http://www.histoiredunefoi.fr

 

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12/04/2012

12 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE VIE" V.BELEN (suite)

 

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GUIMARAES (Portugal) - Le Château

 

HISTOIRE D’UNE FOI (suite)

 

Par Véronique BELEN

(www.histoiredunefoi.fr)

 

 

 

 

...Et ils m’ont appelée comme ça. Et j’aime cette histoire, j’aime mon prénom, j’aime cette sainte dont on n’a aucune preuve qu’elle ait vraiment existé. Elle est pourtant là, dans toutes les églises, à la sixième station du chemin de croix. Je vis dans un doux compagnonnage avec elle. Ce n’est pas rien d’avoir été prénommée Véronique à sa naissance parce qu’une femme a, il y a 2000 ans, montré une compassion extrême pour un Christ harassé de souffrance au terme de son calvaire. Elle lui a tendu un linge pour qu’il puisse essuyer son visage, et son image y est restée imprimée. « Vera icona », ma compagne au quotidien. Si je n’ai jamais su beaucoup prier la Vierge Marie, par contre j’aurais toujours aimé vivre au temps du Christ, pour le rencontrer, l’écouter, le voir de mes yeux. J’aurais peut-être été cette femme au Golgotha, j’aurais essuyé son visage et je lui aurais offert quelques secondes de douceur dans son martyre. L’amour pour la personne de Jésus, je l’ai toujours eu, total. Ma prière, c’est lui parler, être avec lui, l’aimer. Je n’ai pas eu de frère. Il a pris toute cette place, et bien plus encore. Je ne me suis vraiment réconciliée avec Marie qu’à quarante-six ans, en voyant ma maman sur son lit de mort. Elle avait un visage serein, un beau sourire. La fin de toutes ses misères, qui ont été nombreuses, de toutes ses angoisses qui la rendaient parfois incapable de déceler les manques affectifs de ses proches. Elle avait si peu d’estime de soi qu’elle pensait en toute bonne foi qu’on ne pouvait qu’aller mieux qu’elle. J’ai été saisie en la contemplant. Si elle était si belle et si détendue, là, passée de l’autre côté, c’est que la Sainte Vierge qu’elle avait tant priée toute sa vie était venue elle-même la chercher, qu’elle avait vu son sourire maternel avant de s’en aller, et qu’elle s’était jetée avec amour dans les bras de cette maman aimante après laquelle elle avait langui toute sa vie.… J’aime à les associer toutes deux dans mon coeur désormais, et je sais qu’elles veillent…

Roi des Juifs Chez nous, on a un crucifix dans toutes les pièces, au-dessus de l’encadrement des portes. L’inscription des crucifix m’intrigue : « INRI ». Je demande à notre curé ce que ça veut dire. Il me répond que ce sont les initiales de « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs ». Voilà qui m’intrigue encore davantage. Roi des Juifs ! Mon père travaille dur pour un salaire de misère. Menuisier de métier, il est livreur dans l’ameublement pour un patron qui l’exploite. Et comme beaucoup de commerçants de cette ville de Moselle, son patron est juif. Alors on entend des poncifs pas très sympas sur les Juifs à la maison. Pas facile de faire la part des choses entre cette rancoeur contre le patron qui exploite et ce qui est à la base une autre religion. Là aussi, je demande ce que c’est vraiment, d’être juif. On me répond que ce sont les Juifs qui ont tué Jésus. Et du coup, c’est difficile d’avoir a priori un sentiment de sympathie pour ceux qui ont tué le Christ que j’aime tant. Je reste avec mes questions pendant des années. Heureusement que les cours d’histoire m’en apprendront davantage par la suite. Heureusement que j’ai lu et relu « Le journal d’Anne Frank », un de mes livres préférés. Des années plus tard, je me suis plongée longtemps, avec délectation, dans la culture juive, et j’ai enfin vraiment compris l’inscription « INRI ». Pour moi, la religion juive et le christianisme peuvent coexister sans problème. Ce que les Juifs ont par élection du sang, les chrétiens l’ont par adhésion à l’Evangile. Le christianisme est le prolongement tout naturel du judaïsme. Je me sens des affinités particulières avec les Juifs messianiques, qui reconnaissent Jésus comme Messie d’Israël. Mais la foi des autres Juifs ne me semble pas non plus en contradiction avec la mienne : ils attendent le Messie issu du peuple juif. Un article de foi chrétienne, que la plupart des catholiques oublient alors qu’ils le disent plusieurs fois à chaque messe, « Nous attendons sa venue dans la Gloire », me parle en profondeur. Oui, je crois qu’un jour, le Christ reviendra non plus comme le Serviteur souffrant d’Isaïe, qu’il a déjà été du temps de sa vie parmi les hommes, mais dans toute sa plénitude de Roi de Gloire. Issu du peuple juif à jamais. Je crois profondément que les Juifs et les chrétiens qui n’ont pas oublié cet article de foi attendent le même Messie, même s’ils n’en ont pas conscience. C’est triste qu’on ne puisse plus de nos jours évoquer cet article de foi sans se faire aussitôt traiter de délirant ou de sympathisant de secte. Les librairies sont truffées de livres ésotériques tous plus délirants les uns que les autres, auxquels la société accorde du crédit. La psychose collective autour de décembre 2012 a de beaux jours devant elle. Mais une croyance fondamentale de deux grandes religions monothéistes plusieurs fois millénaires est taxée de ridicule…

 

 

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Chapitre 2

La jeunesse

 

Premiers engagements Pendant toute mon enfance et mon adolescence, je sors très peu de chez moi hors du temps scolaire. On ne part jamais en vacances - pas les moyens, des animaux… Les seules sorties en famille sont les visites aux grands-parents le dimanche. Je ne suis inscrite à aucune activité. Il n’y a que la chorale paroissiale qui rythme la semaine et l’année. J’y suis avec mon père et mes trois soeurs. Une autre famille de cinq filles est là aussi au complet, et d’autres adolescentes, qui sont mes amies. C’est sympathique et bon enfant. Pendant des années, c’est le curé de la paroisse lui-même, très musicien, qui nous apprend des chants à quatre voix et nous dirige. On se donne du mal pour bien chanter aux grandes fêtes liturgiques. On sait aussi s’amuser lors des soirées annuelles où les aînés apprennent à danser aux plus jeunes. Parfois, il arrive qu’à la messe du samedi soir, on se retrouve seul à la tribune des choristes. C’est intimidant, mais il faut chanter quand même ! Je commence à jouer de la guitare, et de temps en temps, je joue à la messe. Parfois aussi de la flûte à bec avec mon amie. Un peu de stress dans notre vie toute simple… Un jour, notre curé me propose d’aller à la fête annuelle de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) de mon secteur. C’est le début d’une longue histoire dans ce mouvement. J’intègre une équipe, je me fais de nombreux amis, j’apprends à militer pour défendre nos droits au lycée, au travail pour les apprentis… Les équipes se réunissent de façon régulière en « Révision de vie », on apprend à réfléchir à notre quotidien sur la trame du « Voir – Juger - Agir », encadrés par un aumônier. Echanges riches et fructueux, aumôniers à l’écoute et jamais moralisateurs. Je me sens de plus en plus en phase avec cette Eglise-là, celle du peuple des petits, mais qui ne se soumettent pas. Après quelques années, j’encadre moi-même une équipe d’adolescentes, non sans difficultés. Je prends quelques responsabilités dans le mouvement. Les sessions en grand groupe le temps d’un week-end sont des moments forts, riches de rencontres. J’ai cependant quelques hésitations à me lancer complètement dans le militantisme. Un jour, je distribue des tracts à l’entrée du lycée contre l’excès de frais scolaires et je me retrouve dans le bureau du proviseur, étonné qu’une élève modèle fasse de la subversion. Il tique sur le C de JOC. Je n’ai pas bien compris s’il a cru que c’était « communiste » et pas « chrétienne », en tout cas je le lui explique. Toutefois, j’ai un regret à la JOC dans ces années-là, c’est que le côté « foi chrétienne » en soit presque totalement absent. Certes, c’est un mouvement d’Eglise, encadré par des prêtres, mais à force de ne pas vouloir éloigner les jeunes qui n’ont pas forcément la foi, on ne parle jamais de Dieu. Et mon malaise s’installe les dernières années, j’ai davantage l’impression d’être dans un pré-parti politique ou un syndicat que dans un mouvement chrétien. Je mets un terme à tous mes engagements à la JOC quand j’entre dans le métier d’institutrice. Manque de temps, et perte de motivation…

Une foi contemplative Depuis l’enfance, j’ai une foi mystique, contemplative. Toujours cet immense amour pour le Christ. L’année de mes seize ans, mon oncle prêtre m’emmène en vacances avec lui en Haute-Savoie, dans une pension de village tenue par des religieuses. C’est la première fois de ma vie que je vois les Alpes. Les soeurs – il y en a cinq ou six, deux résidentes et des pensionnaires en vacances – sont gaies, drôles, pleines de gentillesse. Je suis la seule jeune fille dans cette maison, mais je passe un séjour très agréable. Un jour, lors d’une promenade, j’ai une discussion avec une soeur qui me parle de la vocation de religieuse. Je m’interroge un peu pour moi-même, mais très peu en fait, je me sens appelée à une autre vie, les garçons m’attirent et j’ai une très grande envie d’avoir des enfants. Il y a deux autres temps forts dans ce séjour : mon oncle m’emmène visiter le couvent des Voirons, perché dans la montagne, avec une vue magnifique sur le Mont-Blanc, que je découvre. Les religieuses de ce couvent sont très jeunes, elles vendent de la poterie artisanale, et je suis frappée par leur visage lumineux, leur beauté très pure. Cette lumière de la sérénité que j’ai vue souvent sur le visage des contemplatifs. Plus forte encore est mon émotion lorsque nous visitons l’abbaye de Tamié, en Savoie, où vit une communauté de moines trappistes. Nous assistons à l’office. Je suis saisie par la beauté des chants, la justesse des voix des moines, l’atmosphère fervente de ce lieu, dans cet écrin de verdure où tout me semble en harmonie. Je ne sais pas encore que cette visite aura un impact très fort dans ma vie de foi. Mais j’en emporte des souvenirs : une image de Notre Dame de Tamié, une statuette aux lignes pures que l’on peut voir dans une niche des murs extérieurs, et une image d’une statue de Saint Benoît qui tend l’oreille pour écouter la Parole de Dieu : « Ecoute, mon fils ». Je la contemple tous les soirs sur la mur de ma chambre, aujourd’hui encore. Je l’ai mise à côté d’un crucifix, là, au creux du bras du Christ.

 

 

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11/04/2012

11 AVRIL 2012 : HISTOIRE D'UNE FOI (suite)

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METZ - CATHÉDRALE (photo D.Merlen)

 

 

(Avec l'aimable autorisation de l'auteure, voici la suite de son récit : source :"www.histoiredunefoi.fr")

 

Avant les grandes fêtes catholiques, on va se confesser, encore dans le confessionnal dans ces années-là. C’est un moment que je redoute : faire un retour sur moi-même et débusquer en moi tous mes manquements, mes égoïsmes, mes vanités, mes colères, mes paresses… J’essaie toujours d’être sincère quand je dis ce que j’ai sur la conscience dans cet endroit bizarre qu’est le confessionnal. Mais il s’en suit à chaque fois un dialogue chaleureux avec notre curé. Et ce moment extraordinaire de l’absolution, du pardon de Jésus. J’aime ce moment entre tous. Je retourne prier sur les bancs de l’église, je me sens lavée, toute neuve, c’est comme une page vierge et je peux repartir sereine pour les mois suivants… en faisant attention de ne pas accumuler trop de manquements pour ne pas avoir à en raconter trop la prochaine fois… Dans les années suivantes, on célèbre dans ma paroisse des liturgies pénitentielles avec absolution collective. Plus de confessionnal. Ça semble plus confortable pour tout le monde. Ce n’est que bien plus tard, après trente-cinq ans, que j’ai redécouvert la confession individuelle et que je l’ai à nouveau appréciée comme une chance.
Catholiques et protestants Je suis une petite fille qui se pose beaucoup de questions. Mes parents n’ont pas vraiment de bases culturelles pour y répondre. Alors j’ai parfois des réponses hâtives qui suscitent encore plus de questions qu’elles n’en résolvent. Le mari de ma tante est protestant. Ça a été le drame de la vie de ma grand-mère paternelle, pieuse à l’excès, que sa fille catholique ait épousé un protestant. J’ai une idée un peu tronquée sur les protestants, parce que mon oncle est en fait surtout anticlérical et athée. Quand il y a un repas de famille, c’est un vrai casse-tête, il faut éloigner à tout prix l’un de l’autre l’oncle - côté maternel - qui est prêtre catholique et l’oncle - côté paternel - qui est anticlérical et moqueur. Ils s’écharpent à chaque fois qu’ils se rencontrent, ayant en plus chacun un ego surdimensionné. Il faut gérer l’affrontement pour que ça ne gâche pas la fête de famille. Je demande à mes parents quelle est la différence entre les catholiques et les protestants, parce que quelque part, je me doute bien que mon oncle anticlérical et athée n’est pas représentatif du protestantisme. Ma mère me répond que les protestants ne croient pas à la Sainte Vierge. Elle-même, c’est tout ce qu’elle sait, je suppose. Ça n’apaise pas vraiment mon questionnement, d’autant plus que moi-même, j’ai un peu un problème avec la Sainte Vierge. D’ailleurs un jour j’ai demandé à ma mère ce que ça voulait dire « Vierge », et elle ne m’a pas répondu. La Sainte Vierge, chez nous, elle est partout. On a une statue de plâtre que mes parents ont rapportée de Lourdes. On a aussi une boîte à musique qui représente la grotte de Lourdes, et qui joue « Les saints et les anges », on l’écoute le soir quand on va au lit. On connaît toutes par coeur notre « Je vous salue Marie », bien sûr. Le 15 août on fait la procession à la grotte avec les cierges, quand il pleut ça tombe à l’eau, c’est le cas de le dire. On a même des gourdes pour nos sorties avec l’école qui ont été achetées à Lourdes, aussi avec la grotte dessus. Quand on va en vacances chez nos grands-parents paternels, le soir, notre grand-mère nous fait tremper les doigts dans le bénitier et on prie avec elle. Et on a toutes les quatre « Marie » dans nos prénoms. Nos parents disent que c’est comme ça dans une famille catholique. Mais moi, si j’ai un problème avec la Sainte Vierge, c’est parce qu’on parle toujours de sa tendresse de maman, j'entends dire qu’elle nous aime tous comme elle a aimé son enfant, comme nous aime notre maman. Or moi, ma maman, je cherche désespérément sa tendresse et je ne la rencontre pas. Elle est là, toujours là, elle nous soigne, nous nourrit, nous habille, on ne manque jamais de l’essentiel, mais pas de tendresse, pas de bisous, pas de gestes, pas de mots doux. Jamais. J’ai un grand vide dans le coeur. J’essaie de lui plaire mais j’ai le sentiment de ne pas y arriver. Je sais que je suis l’enfant de trop, celui qui est venu au bout du bout de sa fatigue, quatre enfants en six ans. Elle le dit souvent. En plus encore une fille, pour la quatrième fois. A ma naissance, ils ne savaient même pas comment m’appeler. Plus de prénom de fille en réserve. Alors ma tante, la soeur aînée de mon père, qui est très pieuse, lui a dit : « Appelle-la Véronique, comme sainte Véronique qui a essuyé le visage du Christ sur son chemin de croix. »
Et ils m’ont appelée comme ça. Et j’aime cette histoire, j’aime mon prénom, j’aime cette sainte dont on n’a aucune preuve qu’elle ait vraiment existé. Elle est pourtant là, dans toutes les églises, à la sixième station du chemin de croix. Je vis dans un doux compagnonnage avec elle. Ce n’est pas rien d’avoir été prénommée Véronique à sa naissance parce qu’une femme a, il y a 2000 ans, montré une compassion extrême pour un Christ harassé de souffrance au terme de son calvaire. Elle lui a tendu un linge pour qu’il puisse essuyer son visage, et son image y est restée imprimée. « Vera icona », ma compagne au quotidien.

 

 

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10/04/2012

10 AVRIL 2012 : HISTOIRE D'UNE FOI

(Voici le début d'un récit passionnant découvert au hasard d'un "surf" sur l'Internet... Avec la permission de l'auteur, la suite viendra plus tard)

NEIGE DE PÂQUES 2012.jpg

 

HISTOIRE D’UNE FOI

Par Véronique BELEN

Une foi en germe Je suis toute petite, assise entre mon père et mon grand-père maternel, au dernier rang de la tribune des choristes, celui qui est contre le mur. Autour de moi, tous ces messieurs qui chantent, pas de distraction en vue sinon les petits livres de messe qu’on me glisse dans mon sac à main du dimanche. Mais j’aime bien être là, entre les deux hommes que j’aime le plus au monde. A la quête, mon grand-père me donne une pièce de vingt centimes, c’est la plus grande des pièces jaunes et je suis fière de la mettre dans la corbeille garnie d’étoffe pourpre. Je regarde autour de moi, c’est magique la tribune parce qu’on y voit la moitié supérieure des vitraux. J’aime bien les couleurs et la lumière des vitraux. J’écoute, les chants et les prières s’imprègnent dans ma mémoire, je dis et je chante ce que je sais. J’entends comme des histoires, et ce qui revient toutes les semaines, je me le répète dans ma tête, contente quand ma mémoire va aussi vite que les mots du curé. Je suis la plus jeune de la famille, mes soeurs savent déjà lire et écrire, et comme je les envie, elles m’écrivent des petits textes au crayon et je repasse dessus au stylo. Comme ça j’apprends les lettres. Et de fil en aiguille, je commence à lire… Il y a un grand vitrail au centre du choeur, avec le Christ drapé d’un linge blanc, l’air serein. Et une inscription en bas du vitrail. C’est long la messe, alors j’ai le temps de m’attarder sur l’inscription. Et un jour, je m’émerveille intérieurement : cette fois c’est sûr, je suis arrivée à lire ce qui est écrit ! « Je suis la Résurrection etlavie » Les mots sont segmentés ainsi à cause des jointures du vitrail, je ne comprends pas ce que ça peut vouloir dire « etlavie » (je prononce le « t »), mais pas grave, je suis arrivée à lire ! Maintenant je suis plus grande, et comme je vis en Moselle, le curé du village vient nous faire toutes les semaines une heure de catéchisme à l’école. D’ailleurs il ne dit jamais « catéchisme ». Il nous dit « religion », qu’il prononce « relugion », et il nous explique que ça vient de « religare », relier. Relier les gens entre eux. En religion, on parle de l’amitié, du partage, de la vie avec les camarades de classe, de ce qu’on peut faire de « sympa » et de « pas sympa ». Comme on ne comprend pas tous le mot « sympa », il nous l’explique. On apprend à réfléchir sur nos actes, à se remettre en question, parfois on raconte par des textes comment on a agi et comment on aurait pu agir mieux. On illustre tout ça. J’aime bien mon cahier de religion, je continue mes dessins à la maison. Mais je ne veux pas qu’on le regarde, chez moi, ce cahier-là. C’est comme un cahier secret. On parle aussi du monde, des riches et des pauvres, de ce qu’on pourrait faire pour aider. On parle certainement de Jésus mais ce n’est pas ça que je me rappelle. Je me souviens surtout d’un personnage, ce curé que j’adore, son large sourire, sa voix chaleureuse, cet éclair de lumière dans ses yeux, sa façon de voir le positif partout.

Dans ma classe arrive au cours moyen un maghrébin. Il est un peu perdu à l’école, alors pour l’aider à comprendre la langue, les consignes, le travail, le maître l’assoit à côté de moi. On devient bons copains, en plus il habite près de chez moi et on fait le chemin de l’école ensemble. Toutes les semaines, il voit arriver le curé en fin d’après-midi à l’école, et il a envie de rester à l’heure de religion. Le curé est un peu embêté, il lui dit qu’il n’a pas la même religion que nous, qu’il n’a aucune obligation à rester. Mais Farid veut rester. Alors il reste, et on continue les cours de religion pareil qu’avant, l’amitié, les copains, « religare »… Au CE2 - c’est l’année d’avant - j’ai neuf ans et je vais faire ma première communion. Comme j’attends ça ! Mes parents ont fait un choix un peu bizarre à mon baptême : ils m’ont choisi une marraine et un parrain, leurs cousins, que tout oppose. Ma marraine est femme de ménage et a un langage de charretier, mais elle se montre toujours très aimante avec moi ; mon parrain est DRH et vit dans le luxe avec une femme bourgeoise pleine de manières, je les vois peu. Ma mère, qui est toute simple, a de gros complexes vis-à-vis de cette femme. C’est la grande discussion avant ma communion : ça ne sera pas assez bien pour eux si le repas est à la maison. Alors ils se mettent en frais, ils décident de réserver au café-restaurant d’à côté. Tout est prévu. Quelques jours avant ma communion, mon parrain fait savoir qu’ils ne viendront pas, sa belle-mère a son anniversaire. Ça reste un sujet de vexation pendant pas mal d’années pour mes parents… On fait quand même le repas au restaurant. Moi je suis triste parce que mon parrain ne viendra pas. Pour se faire pardonner, il m’offre une superbe médaille de la Sainte Vierge, tellement lourde et travaillée que ma mère aura peur que je la perde et par la suite, je n’aurai le droit de la porter que le dimanche, et encore… Tout cela ne me gâche pas complètement le bonheur de ma communion. Parce que moi, au fond du coeur, j’ai un vrai ami, et que ce jour-là, je vais vraiment le rencontrer : c’est notre curé que j’aime qui nous l’a dit. Ce jour-là, je vais recevoir Jésus. D’ailleurs c’est ce que mon oncle prêtre me dit d’écrire sur mes images de communion : « J’ai reçu Jésus Pain de Vie le 24 juin 1973 ». Et j’écris ça à la main sur toutes mes images, un gros paquet d’images modernes pas belles qu’il m’a données, j’aurais préféré les images que je regarde tous les dimanches dans mon sac à main pendant la messe et que mes camarades vont avoir aussi, avec des Jésus en berger dans de beaux paysages. Mais ça, ça ne me gâche pas non plus le bonheur de ma communion.

Je suis pleine de ferveur ce jour-là quand on s’avance dans l’allée, toutes les filles en blanc et les garçons en costume, et qu’on chante : «Nous marchons vers l'unité, Nous marchons vers l'unité, L'unité de tous les hommes. Dans le fond de mon coeur, Je sais que Dieu, le Seigneur, Avec lui nous rassemblera. Jamais nous n'aurons plus peur ! Jamais nous n'aurons plus peur, Car l'amour est notre force. » J’y crois de tout mon coeur ! C’est le plus beau jour de ma vie d’enfant. Gamine, je vais à la messe tous les dimanches avec mes soeurs et mon père. Ma mère y va en général plus tôt le matin ou le samedi soir, pour pouvoir préparer le repas du dimanche. A cette époque, il y a encore beaucoup d’enfants à la messe, c’est aussi le rendez-vous avec les copines. Parfois je me fais gronder parce que je bavarde trop, dans les rangs du devant, côté filles - on ne se mélange pas avec les garçons dans ces années-là. Tout ce que j’entends à l’église m’est familier. L’Evangile, les paraboles de Jésus, je les écoute semaine après semaine et ils s’imprègnent en moi. Notre curé fait le plus souvent des homélies à caractère social. Il est toujours du côté du plus pauvre, du plus opprimé, du plus méprisé, du plus exploité dans la société. Les gens du village disent de lui qu’il est socialiste, et plus tard, de son successeur, que celui-là est encore pire, qu’il est communiste. Pour ma famille et moi, on pense tous qu’il est dans le juste, que l’Evangile c’est ça, mes parents ont des idées de gauche et c’est parfaitement en harmonie avec notre foi. Pas pareil avec mon oncle, qui est prêtre dans un autre village. De sa bouche on n’a pas le même son de cloche. Pour lui ce qui compte, c’est la pratique religieuse, la morale, le respect des traditions, la liturgie. Il critique souvent nos prêtres, il ironise sur leurs engagements à l’ACO (action catholique ouvrière). Pour moi ce qui importe, c’est ce que je perçois dans les agissements d’une personne. J’observe que notre curé met complètement en pratique ce qu’il prêche, que c’est un homme d’une gentillesse et d’une disponibilité extraordinaires, et de l’autre côté que mon oncle est toujours dans la critique, les interdits, les conflits familiaux, les leçons de morale, le jugement négatif sur autrui. Alors mon choix est vite fait. J’ai la foi en l’Evangile tel que je le perçois dans ma paroisse, et pas dans un catalogue de règles ecclésiales à respecter. Tout ce que j’apprends en cours de religion à l’école et plus tard au collège va dans le même sens : l’amour d’autrui. C’est pour moi le fondement de ma foi.

(à suivre)

 

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