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17/01/2012

UNE FABLE DE LA FONTAINE : "L'ÂNE..."

L' Ane chargé d'éponges et l'Ane chargé de sel

Livre II - Fable 10

 

Capture d’écran 2012-01-17 à 10.11.04.png

 

 

 

Un ânier, son sceptre à la main,

Menait, en empereur romain,

Deux coursiers à longues oreilles.

L'un, d'éponges chargé, marchait comme un courrier;

Et l'autre, se faisant prier,

Portait, comme on dit, les bouteilles

Sa charge était de sel. Nos gaillards pèlerins

Par monts, par vaux et par chemins,

Au gué d'une rivière à la fin arrivèrent,

Et fort empêchés se trouvèrent.

L'ânier, qui tous les jours traversait ce gué là,

Sur l'âne à l'éponge monta,

Chassant devant lui l'autre bête,

Qui, voulant en faire à sa tête,

Dans un trou se précipita,

Revint sur l'eau, puis échappa ;

Car au bout de quelques nagées,

Tout son sel se fondit si bien

Que le baudet ne sentit rien

Sur ses épaules soulagées.

Camarade épongier prit exemple sur lui,

Comme un mouton qui va dessus la foi d'autrui.

Voilà mon âne à l'eau; jusqu'au col il se plonge,

Lui, le conducteur, et l'éponge.

Tous trois burent d'autant l'ânier et le grison

Firent à l'éponge raison.

Celle-ci devint si pesante,

Et de tant d'eau s'emplit d'abord,

Que l'âne succombant ne put gagner le bord.

L'ânier l'embrassait, dans l'attente

D'une prompte et certaine mort.

Quelqu'un vint au secours qui ce fut, il n'importe;

C 'est assez qu'on ait vu par là qu'il ne faut point

Agir chacun de même sorte.

J'en voulais venir à ce point.

 

 

NOTES :

 

Son sceptre à la main: Manière burlesque de comparer

l’ânier à un petit roi.

Marchait comme un courrier: Le plus rapidement possible, à

la manière d’un courrier qui doit porter ses dépêches dans

un laps de temps aussi court que possible.

Portait les bouteilles : marchait avec les précautions de

celui qui porte un objet fragile.

Sur l’eau : à la surface de l’eau.

Echappa : se tira de se mauvais pas.

La nagée est un néologisme inventé par La Fontaine et qui

ne sera plus employé après lui. Ce terme est construit

comme brassée, enjambée,...

Epongier: Encore un néologisme de La Fontaine (comme

besacier, par exemple).

Comme un mouton...: L’allusion à Rabelais et aux fameux

moutons de Panurge est claire (lire, pour le plaisir, « Le

Quart-Livre », chapitre 7 « Continuation du marché entre

Panurge et Dindenault » et chapitre 8 - « Comment Panurge

feist en mer noyer le marchant et les moutons »).

Col: Ancien mot pour « cou ».

D’autant : familier : beaucoup. Oserais-je risquer « jusqu’à

plus soif » ?

Le grison: Mot courant chez La Fontaine pour dire l’âne.

L'embrassait: Le tenait dans ses bras.

 

 

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10:25 Publié dans FABLES | Commentaires (1)

10/01/2012

UNE FABLE DE LA FONTAINE

Gravue - Les animaux malades de la peste.jpg
LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE

 

 

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur (1)

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron, (2)

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n'en voyait point d'occupés

A chercher le soutien d'une mourante vie ; (3)

Nul mets n'excitait leur envie ;

Ni Loups ni Renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient ;

Plus d'amour, partant (4) plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents (5)

On fait de pareils dévouements : (6)

Ne nous flattons (7) donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

J'ai dévoré force moutons ;

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense (8) :

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce.

Est-ce un péché ? Non non. Vous leur fîtes, Seigneur,

En les croquant beaucoup d'honneur;

Et quant au Berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples Mâtins (9),

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'Âne vint à son tour, et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de Moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria haro (10) sur le Baudet.

Un Loup quelque peu clerc (11) prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit Animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de Cour (12) vous rendront blanc ou noir.

 

(1) "Se dit quelquefois de la colère de Dieu" (dict. de l'Académie 1694)

(2) dans la mythologie : Fleuve des Enfers, frontière du royaume des Morts. Allusion à la peste de Thèbes décrite par Sophocle dans Oedipe-Roi

(3) à chercher à se nourrir

(4) par conséquent

(5) ce qui arrive par hasard, ici : malheur imprévu

(6) le dévouement est pris au sens de vouer aux dieux infernaux comme victime, sacrifier.

(7) ne nous traitons point avec douceur

(8) tort qu'on fait à quelqu'un

(9) chien dressé à la garde d'une cour, d'un troupeau

(10) Exclamation en usage à l'époque pour arrêter les malfaiteurs

(11) habile, qui est savant (Richelet)

(12) cour de justice

 

 

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11:39 Publié dans FABLES | Commentaires (0)

07/12/2011

ANECDOTES DU MOYEN-ÂGE

 

 

M-A.jpg
ANECDOTES DU MOYEN-ÂGE

 

De quoi riait-on au Moyen Âge?

 

L’humour, le rire ou la parodie ont indéniablement accompagné le Moyen Âge. Pourtant, l’église, condamne le rire qu’elle considère comme dégradant, illustrant une action « basse ». Ainsi, chez une femme, le rire est assimilé à de la vulgarité. Seul le sourire est acceptable car il est considéré comme le « rire des sages ». Bien évidement la population va constamment passer outre. De nombreux sujets sont sources de rire et personne n’est à l’abri… L’on va riser les puissants: le roi et ses proches, le clergé, la noblesse, mais aussi les autres catégories sociales comme les serfs.

 

Tous les arts sont mis à contribution. La littérature sera particulièrement féconde durant tout le Moyen Âge, en particulier avec les fabliaux apparus au XIe siècle. La sculpture ne sera pas en reste et ce, même dans les édifices religieux, où des exemples sont visibles de tous, comme ces stalles de miséricordes qui ridiculisent moines et prêtres. Parfois de simples jeux de mots sont utilisés par les clercs et moines en associant, par exemple, "militia" (la chevalerie) et "malitia" (l’oeuvre du Malin)…

 

Enfin, le sexe tient également une part importante dans ces railleries. Souvent paillarde, son évocation, confine parfois à l’obscénité.

 

 

Quelques formes d’humour...

 

Les drôleries :

 

Entre 1250 et 1350 apparaissent dans les marges des manuscrits du Nord de la France, de la Flandre et du Sud de l’Angleterre de petites scènes illustrées que l’on appelle drôleries. Prolongeant les antennes des lettres ornées comme sur une scène de théâtre, elles mettent en scène des animaux ou plus énigmatiques des êtres hybrides mi homme- mi animal. Elles sont une manière de dire l’ordre ou le désordre de la société. On les trouve plus particulièrement dans les marges de manuscrits religieux, comme les pontificaux ou les livres d’heures. Elles mettent en scène les histoires les plus connues du bestiaire médiéval, comme la chasse à la licorne, ou des fables, comme celle du renard et de la cigogne ; elles sont alors une manière d'enseigner la foi chrétienne et les grands préceptes moraux. Souvent aussi, elles parodient les travers humains ; on voit alors dans les marges de nombreux petits singes, à l'école, chez le médecin, ou au monastère ou encore des scènes de combats ou de chasse plus ou moins burlesques.

 

Les fables ou fabliaux :

 

Les fables en latin qui circulent au Moyen Âge dérivent de textes d’inspiration romaine (ex. Phèdre au Ier siècle après J.-C. ou Avianus à la fin du IVe siècle après J.-C.).

Vers 1180, c’est une poétesse, Marie de France, qui écrit le premier recueil de 103 fables en français. Elle est la première à concevoir la fable en tant que genre littéraire à part entière, où la création est rendue possible. Elle y met davantage en avant la morale que le récit lui-même. Par la suite, plusieurs recueils de fables en français sont rédigés et diffusés sous le nom d’Isopets.

À côté de beaucoup d’autres, le loup, le renard, le rat et le lion tiennent la vedette dans les recueils en latin et en français. Beaucoup seront repris dans les célèbres fables de La Fontaine : "Le loup et le chien", "Le renard et la cigogne",… et bien sûr "Le corbeau et le renard", qui est également diffusée dans le Roman de Renart.

 

 

Brunain, la vache du prêtre

de Jean Bodel

 

Je veux conter l’histoire d’un paysan et de sa femme qui, un jour que l’on fêtait Notre-Dame, allèrent prier à l’église. Le prêtre, avant de célébrer l’office, s’avança pour prêcher : il dit qu’il faisait bon donner pour l’amour de Dieu, si l’on suivait la raison, car Dieu rendait le double à celui qui donnait de bon coeur.

« Ecoute, la chère soeur, dit le paysan, ce que promet notre prêtre : quand, pour l’amour de Dieu, on donne de grand coeur, Dieu le rend en le multipliant. Nous ne pouvons pas mieux employer notre vache, s’il te semble bon, qu’en la donnant au prêtre ; d’ailleurs, elle produit peu de lait.

Sire, dans ces conditions, répondit la dame, je veux bien qu’il l’ait. »

Ils s’en revinrent alors chez eux, sans faire de plus long discours. Le paysan entra dans l’étable, prit sa vache par la corde et alla l’offrir au doyen qui était un prêtre avisé et habile.

« Cher seigneur, fit le paysan les mains jointes, pour l’amour de Dieu, je vous donne Blérain. »

Il lui mit la corde dans le poing en jurant qu’il n’avait rien d’autre.

« Mon ami, tu as agi avec sagesse, fit le prêtre dom Constant dont le seul souci était de prendre. Va-t’en, tu as bien accompli ta mission. Plût au ciel que mes paroissiens fussent tous aussi sages que toi ! J’aurais quantité de bêtes. »

Le paysan quitta le prêtre qui commanda aussitôt d’attacher Blérain pour l’apprivoiser avec Brunain, la grande vache qui lui appartenait. Le sacristain l’emmena dans leur jardin où il trouva leur vache, me semble-t-il. Il les attacha ensemble, puis s’en retourna et les laissa.

La vache du prêtre baissait la tête, car elle voulait paître, mais Blérain, s’y refusant, tira si fort sur la corde qu’elle entraîna hors du jardin et qu’elle la mena tant à travers les fermes, les chenevières et les prés qu’elle revint chez elle avec la vache du prêtre qu’elle traînait à grande peine.

Le paysan regarda et la vit : il en éprouva une vive joie en son coeur.

« Ah ! fit-il, ma chère soeur, oui, c’est vrai que Dieu double la mise, car Blérain revient avec une autre : elle amène une grande vache brune. Maintenant nous en avons deux au lieu d’une. Notre étable sera trop petite.

Ce fabliau nous montre par cet exemple qu’on est fou de ne pas avoir confiance. La richesse échoit à qui Dieu la donne, et non pas à celui qui la cache et l’enfouit. Personne ne peut faire fructifier son avoir sans beaucoup de chance, à tout le moins. C’est par une grande chance que le paysan eut deux vaches et le prêtre aucune. Tel croit avancer qui recule.

 

 

Le prêtre et le loup

Un prêtre vivait au pays de Chartres et aimait la femme d’un vilain. Or ce dernier en eut vent, et il creusa une fosse sur le chemin par lequel celui-là avait l’habitude de venir.

Un loup survint de nuit et tomba dedans, car il faisait très sombre. Le prêtre, par malchance, vint à son tour comme à l’accoutumée : avant de s’en rendre compte, le voici tombé dedans. La dame, qui s’inquiétait du retard du prêtre, dit à sa servante :

« Va donc voir si notre bon père doit venir. »

La servante alla de ce côté-là : dans la fosse elle tomba elle aussi.

Le vilain se leva de bon matin et se rendit tout droit où il trouva ce qu’il attendait : il jura que chacun aurait son salaire. Il tua le loup, rançonna le prêtre et chassa la fille. Ces trois-là eurent bien de la malchance et le vilain beaucoup de chance. Le prêtre le déshonorait et le loup étranglait ses bêtes : chacun d’eux

paya fort cher, l’un ses plaisirs amoureux, l’autre, sa nourriture.

 

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10:04 Publié dans FABLES | Commentaires (0)

16/09/2011

UNE FABLE DE LA FONTAINE : "LE RENARD ET LA CICOGNE"

LE RENARD ET LA CICOGNE.jpg

 

LE RENARD ET LA CICOGNE

Livre I - Fable 18

 

C’est l’écrivain grec Plutarque (50 - 125) qui nous a transmis au travers de ses « Propos de table » (I, 1) le texte d’Esope qui a inspiré cette fable. Phèdre reprendra également ce thème (I, 26).

 

Compère le Renard se mit un jour en frais,

Et retint à dîner commère la Cicogne.

Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts:

Le galand, pour toute besogne,

Avait un brouet clair (il vivait chichement).

Ce brouet fut par lui servi sur une assiette:

La cigogne au long bec n'en put attraper miette,

Et le drôle eut lapé le tout en un moment.

Pour se venger de cette tromperie,

A quelque temps de là, la cigogne le prie.

"Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis,

Je ne fais point cérémonie. "

A l'heure dite, il courut au logis

De la cigogne son hôtesse,

Loua très fort sa politesse ,

Trouva le dîner cuit à point.

Bon appétit surtout, renards n'en manquent point.

Il se réjouissait à l'odeur de la viande

Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.

On servit, pour l'embarrasser,

En un vase à long col et d'étroite embouchure .

Le bec de la cigogne y pouvait bien passer,

Mais le museau du sire était d'autre mesure.

Il lui fallut à jeun retourner au logis,

Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris,

Serrant la queue, et portant bas l'oreille.

 

Trompeurs, c'est pour vous que j'écris :

Attendez-vous à la pareille.

 

 

NOTES :

Compère et commère se disait au départ pour désigner le parrain et la marraine d’un enfant ; le terme devint ensuite synonyme d’ami. Pour finir, il prit une signification péjorative, un compère devenant un ami avec lequel on fait de mauvais coups, un complice, alors que la commère désigne plutôt une femme bavarde..

 

Cicogne: Si Richelet et Furetière écrivent « cigogne », La Fontaine, tout comme l ’Académie, retient plutôt l’orthographe « cicogne » (du latin « cicogna »).

 

Galand: Je rappelle que le terme s’écrit indifféremment, au XVIIe siècle, galand » ou « galant ». Voir la note 5 de « L’Homme et son image » (Livre I, fable11) et aussi « Simonide préservé par les dieux » (I, 14, vers 24). Le terme désigne un homme malin, adroit et rusé en affaires. Il sera repris sous son synonyme « drôle », au vers 8.

 

Brouet: Un potage fort clair et sans recherche ni goût.

 

Le drôle: Le malin, le rusé, le coquin. Le terme persiste dans le Sud-Ouest de la France et désigne un garçonnet.

 

Cérémonie: De grandes manières.

 

Une variante « sa politesse » (1678).

 

Friande: Appétissante. Signifie aussi bien rissolée.

 

Col: Terme ancien pour dire cou.

 

Embouchure: Selon Furetière, ce terme est employé « entre chaudronniers et potiers et signifie entrée de pot ou de fourreau ».

 

Honteux: Dans « Le Corbeau et le Renard » (Livre I, fable 2, vers 17, 18), c’est le corbeau qui est « honteux et confus ». Tel est pris...

 

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10:31 Publié dans FABLES | Commentaires (0)

18/07/2011

UNE FABLE DE LA FONTAINE

LE LIÈVRE ET LA TORTUE

(Fable de La Fontaine)

 

Le Lièvre et la Tortue.png

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.

Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.

Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point

Si tôt que moi ce but. Si tôt ? Êtes-vous sage ?(1)

Repartit l'Animal léger.(2)

Ma Commère, il vous faut purger

Avec quatre grains (3) d'ellébore.

Sage ou non, je parie encore.

Ainsi fut fait : et de tous deux

On mit près du but les enjeux.

Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire ;

Ni de quel juge l'on convint. (4)

Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;

J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint

Il s'éloigne des Chiens, les renvoie aux calendes, (5)

Et leur fait arpenter les landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,

Pour dormir, et pour écouter

D'où vient le vent, il laisse la Tortue

Aller son train de Sénateur. (6)

Elle part, elle s'évertue ;

Elle se hâte avec lenteur.

Lui cependant méprise une telle victoire ;

Tient la gageure (7) à peu de gloire ;

Croit qu'il y va de son honneur

De partir tard. Il broute, il se repose,

Il s'amuse à toute autre chose

Qu'à la gageure. À la fin, quand il vit

Que l'autre touchait presque au bout de la carrière, (8)

Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit

Furent vains : la Tortue arriva la première.

Eh bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? (9)

De quoi vous sert votre vitesse ?

Moi l'emporter ! et que serait-ce

Si vous portiez une maison ?

 

 

(*) Sources : Esope : La tortue et le lièvre

 

(1) êtes-vous sensée

(2) léger...de cervelle

(3) le grain est une mesure de poids valant 1/24 de denier, soit 0,053g. L'expression purger avec l'ellébore était proverbiale par allusion aux Anciens qui soignaient la folie par ce moyen.

(4) ces 2 vers font certainement référence au texte ésopique, dont La Fontaine supprime les détails inutiles.

(5) aux calendes grecques....

(6) les sénateurs romains, dont la majesté est proverbiale

(7) le pari

(8) au bout de la course

(9) n'avais-je pas

 

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10:24 Publié dans FABLES | Commentaires (0)

 
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