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20/03/2012

20 MARS 2012 : UNE FABLE DE LA FONTAINE

 

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Le Vieillard et l'Ane

 

 

Livre VI - Fable 8

 

 

Un vieillard sur son âne aperçut en passant

Un pré plein d'herbe et fleurissant :

Il y lâche sa bête, et le grison se rue

Au travers de l'herbe menue,

Se vautrant, grattant, et frottant,

Gambadant, chantant, et broutant,

Et faisant mainte place nette.

L'ennemi vient sur l'entrefaite.

«Fuyons, dit alors le vieillard.

- Pourquoi? répondit le paillard :

Me fera-t-on porter double bât, double charge?

Non pas, dit le vieillard, qui prit d'abord le large.

- Et que m'importe donc, dit l'âne, à qui je sois?

Sauvez-vous, et me laissez paître.

Notre ennemi, c'est notre maître :

Je vous le dis en bon françois.»

 

NOTES :

 

Le grison: Surnom fréquemment donné à l’âne, en rapport avec la couleur de certains d’entre eux.

Mainte: beaucoup de.

Paillard: péjoratif qui couche dans la paille ou, plus généralement, qui emprunte les manières, le langage de ceux qui couchent dans la paille.

Notre ennemi, c'est notre maître: Et pourtant, La Fontaine a écrit « On ne peut trop louer trois sortes de personnes / Les Dieux, sa maîtresse et son Roi » (« Simonide préservé par les dieux », Livre premier, fable XIV).

En bon françois: Pour l’anecdote, je note que André Siegfried voit dans ces deux derniers vers le modèle du slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » (dans « La Fontaine, Machiavel français Comme le remarquent René Gros et Jacques Schiffrin, l’âne ne dit guère plus que le loup dans « Le Loup et le Chien » (Livre premier, fable V) (La Fontaine - OEuvres complètes, tome I, annoté par René Gros et Jacques Schiffrin - NRF, Bibliothèque de la Pléiade - 1954 - p. 715). »). On a donc plutôt tendance aujourd’hui à ne retenir que la leçon générale de la fable et non son éventuel côté politique ou social.

 

rrrrrrrrrrrrrrrr

 

17:29 Publié dans FABLES | Commentaires (0)

17/02/2012

17/02/2012 : UNE FABLE DE LA FONTAINE

Le songe d'un habitant du Mogol.jpg

 

Le songe d'un habitant du Mogol

La Fontaine - Livre XI - Fable 4

 

 

Jadis certain Mogol vit en songe un vizir

Aux Champs Elysiens possesseur d'un plaisir

Aussi pur qu'infini, tant en prix qu'en durée

Le même songeur vit en une autre contrée

Un ermite entouré de feux,

Qui touchait de pitié même les malheureux.

Le cas parut étrange, et contre l'ordinaire

Minos en ces deux morts semblait s'être mépris.

Le dormeur s'éveilla tant il en fut surpris.

Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,

Il se fit expliquer l'affaire.

L'interprète lui dit «Ne vous étonnez point ;

Votre songe a du sens; et, si j'ai sur ce point

Acquis tant soit peu d'habitude,

C'est un avis des dieux. Pendant l'humain séjour,

Ce vizir quelquefois cherchait la solitude ;

Cet ermite aux vizirs allait faire sa cour.»

 

 

Si j'osais ajouter au mot de l'interprète,

J'inspirerais ici l'amour de la retraite

Elle offre à ses amants des biens sans embarras,

Biens purs, présents du ciel, qui naissent sous les pas.

Solitude où je trouve une douceur secrète,

Lieux que j'aimai toujours ne pourrai-je jamais,

Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais?

Oh! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles ?

Quand pourront les neuf soeurs, loin des cours et des villes,

M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieux

Les divers mouvements inconnus à nos yeux,

Les noms et les vertus de ces clartés errantes

Par qui sont nos destins et nos moeurs différentes !

Que si je ne suis né pour de si grands projets,

Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets !

Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !

La Parque à filets d'or n'ourdira point ma vie,

Je ne dormirai point sous de riches lambris

Mais voit-on que le somme en perde de son prix ?

En est-il moins profond, et moins plein de délices ?

Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices.

Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,

J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.

 

NOTES :

 

Mogol: Ce teme désigne le « royaume fort étendu et fort riche » du « prince mahométan qui est le plus puissant roi des Indes » (Furetière). Ici, le mot est pris au sens d'un habitant du Mogol. Au XVIIe siècle, on utilisait couramment le nom du prince pour désigner son royaume.

 

Champs Elysiens: Dans la mythologie grecque, séjour plein de délices des âmes vertueuses ou héroïques. Voir « Les obsèques de la Lionne » (Livre VIII, fable 14, vers46) : « Aux Champs Elyséens j’ai goûté mille charmes ».

 

Un ermite entouré de feu: L’ermite, ce saint homme, est entouré des flammes de l’enfer, alors que le vizir qui a si peu de chances d’arriver aux lieux de délices y est bel et bien, lui. Antithèse.

 

Minos: Dans la mythologie grecque, ancien roi légendaire de Crète. Sa justice et sa sagesse lui valurent de devenir le premier des trois juges des enfers.

 

L'humain séjour: La vie.

 

La retraite: La solitude, la vie retirée.

 

Goûter l'ombre et le frais: Voir les « Bucoliques », I, 23 de Virgile : « Heureux vieillard, ici au milieu des cours d’eau familiers et des sources sacrées, tu cherches l’ombre et le frais ».

 

Les neuf soeurs: Les neuf Muses ; elles président aux neuf arts libéraux.

 

Les clarté errantes: Les planètes.

 

La Parque qui file la vie. Elle « n’ourdira point ma vie » c'est-à-dire « je ne serai jamais riche ».

 

De nouveaux sacrifices: Les sommes (mot de la famille de « sommeil », bien sûr) sont de petits sacrifices offerts à Morphée, dieu du Sommeil.

 

Sans soins: Sans soucis. « Et quand l’heure est venue et que la mort l’appelle, / Sans vouloir reculer et sans se plaindre d’elle, / Dans la nuit éternelle, il entre sans regret. » (Maucrois, « Stances »).

10:43 Publié dans FABLES | Commentaires (1)

01/02/2012

LE MEUNIER, SON FILS ET L'ÂNE (La Fontaine)

Le meunier....jpg
L'invention des arts étant un droit d'aînesse,

Nous devons l'apologue à l'ancienne Grèce:

Mais ce champ ne se peut tellement moissonner

Que les derniers venus n'y trouvent à glaner.

La feinte est un pays plein de terres désertes;

Tous les jours nos auteurs y font des découvertes.

Je t'en veux dire un trait assez bien inventé:

Autrefois à Racan Malherbe l'a conté.

Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa lyre,

Disciples d'Apollon, nos maîtres, pour mieux dire,

Se rencontrant un jour tout seuls et sans témoins

(Comme ils se confiaient leurs pensers et leurs soins,

Racan commence ainsi:« Dites-moi, je vous prie,

Vous qui devez savoir les choses de la vie,

Qui par tous ces degrés avez déjà passé,

Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé,

A quoi me résoudrai-je? Il est temps que j'y pense.

Vous connaissez mon bien, mon talent, ma naissance:

Dois-je dans la province établir mon séjour,

Prendre emploi dans l'armée, ou bien charge à la Cour?

Tout au monde est mêlé d'amertume et de charmes:

La guerre a ses douceurs, l'hymen a ses alarmes.

Si je suivais mon goût, je saurais où buter,

Mais j'ai les miens, la Cour, le peuple à contenter."

Malherbe là - dessus: «Contenter tout le monde!

Ecoutez ce récit avant que je réponde.»

J'ai lu dans quelque endroit qu'un meunier et son fils

L'un vieillard, l'autre enfant, non pas des plus petits,

Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire,

Allaient vendre leur âne un certain jour de foire.

Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit,

On lui lia les pieds, on vous le suspendit;

Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.

Pauvres gens! idiots! couple ignorant et rustre!

Le premier qui les vit de rire s'éclata:

«Quelle farce dit-il, vont jouer ces gens-là?

Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense.»

Le meunier, à ces mots, connaît son ignorance;

Il met sur pied sa bête, et la fait détaler.

L'âne, qui goûtait fort l'autre façon d'aller,

Se plaint en son patois. Le meunier n'en a cure;

Il fait monter son fils, il suit: et, d'aventure,

Passent trois bons marchands. Cet objet leur déplut.

Le plus vieux au garçon s'écria tant qu'il put:

"Oh là! oh! descendez, que l'on ne vous le dise,

Jeune homme, qui menez laquais à barbe grise!

C 'était à vous de suivre, au vieillard de monter.

- Messieurs, dit le meunier, il vous faut contenter.»

L'enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte;

Quand trois filles passant, l'une dit:« C 'est grand' honte

Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,

Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis,

Fait le veau sur son âne et pense être bien sage.

- Il n'est, dit le meunier, plus de veaux à mon âge:

Passez votre chemin, la fille, et m'en croyez.»

Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,

L'homme crut avoir tort et mit son fils en croupe.

Au bout de trente pas, une troisième troupe

Trouve encore à gloser. L'un dit:« Ces gens sont fous!

Le baudet n'en peut plus, il mourra sous leurs coups.

Eh quoi! charger ainsi cette pauvre bourrique!

N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique?

Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau.

- Parbleu! dit le meunier, est bien fou du cerveau

Qui prétend contenter tout le monde et son père.

Essayons toutefois si par quelque manière

Nous en viendrons à bout.» Ils descendent tous deux.

L'âne se prélassant marche seul devant eux.

Un quidam les rencontre, et dit:« Est-ce la mode

Que baudet aille à l'aise; et meunier s'incommode?

Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser?

Je conseille à ces gens de le faire enchâsser

Ils usent leurs souliers et conservent leur âne!

Nicolas, au rebours: car quand il va voir Jeanne,

Il monte sur sa bête; et la chanson le dit.

Beau trio de baudets!» Le meunier repartit:

«Je suis âne, il est vrai, j'en conviens, je l'avoue;

Mais que dorénavant on me blâme, on me loue,

Qu'on dise quelque chose ou qu'on ne dise rien,

J'en veux faire à ma tête». Il le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, ou l'Amour, ou le Prince;

Allez, venez, courez; demeurez en province;

Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement:

Les gens en parleront, n'en doutez nullement.

 

J. de la Fontaine

 

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10:32 Publié dans FABLES | Commentaires (0)

27/01/2012

LE PETIT POISSON ET LE PÊCHEUR (La Fontaine)

 

 

LE PETIT POISSON ET LE PÊCHEUR.jpg

Le petit Poisson et le Pêcheur

 

 

Petit poisson deviendra grand

Pourvu que Dieu lui prête vie;

Mais le lâcher en attendant,

Je tiens pour moi que c'est folie:

Car de le rattraper il n'est pas trop certain

 

Un carpeau, qui n'était encore que fretin,

Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.

«Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin;

Voilà commencement de chère et de festin :

Mettons-le en notre gibecière.»

Le pauvre carpillon lui dit en sa manière :

«Que ferez-vous de moi ? Je ne saurais fournir

Au plus qu'une demi-bouchée.

Laissez-moi carpe devenir :

Je serai par vous repêchée;

Quelque gros partisan m'achètera bien cher :

Au lieu qu'il vous en faut chercher

Peut-être encor cent de ma taille

Pour faire un plat. Quel plat ? croyez-moi, rien qui vaille.

- Rien qui vaille ? Eh bien ! soit, repartit le pêcheur :

Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur,

Vous irez dans la poêle; et vous avez beau dire,

Dès ce soir on vous fera frire .»

Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras;

L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.

 

NOTES :

 

Je tiens pour moi: Je considère.

 

C'est folie: Rappelons que La Fontaine était Maître des Eaux et Forêts et qu’une Ordonnance d’août 1669 faisait obligation aux pêcheurs de rejeter, sous peine d’amendes, les poissons trop petits. Le trait est donc particulièrement succulent dans la bouche de celui qui, par sa fonction, devait défendre cette ordonnance.

 

Il n’est pas trop certain: on n’est pas trop certain.

 

Fretin: Tout petit poisson (vient de l’ancien français ‘fraindre’ et du latin ‘frangere’ qui signifie ‘briser’ et qui donneront naissance à ‘fret’, débris).

 

Partisan: Financier chargé de recueillir les impôts et, par extension, symbole de tout riche parvenu.

 

Tiens: S’écrivait couramment ‘tien’, bien que n’ayant rien avoir avec le possessif.

 

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10:26 Publié dans FABLES | Commentaires (1)

23/01/2012

UN PASTICHE DE LA FONTAINE, par Edmond PROCHAIN

Gravure - pêcheur.jpg

Le maître de la moisson et le pécheur

 

(Pastiche de La Fontaine , par Edmond PROCHAIN)

 

Petit pécheur deviendra saint

 

Pourvu que Dieu le tienne en grâce ;

 

Mais pour secouer le gredin

 

Il faut y aller à la masse :

 

Car un homme a tôt fait de se montrer radin.

 

.

 

Un garçon, qui n’était encore que clampin,

 

Fut appelé par Dieu à quelque ministère.

 

« Tout concourt, se dit-Il, à mon projet divin ;

 

Voilà commencement pour ma vigne de mains :

 

Faisons-en l’un de nos vicaires. »

 

Le pauvre mollasson lui dit en sa manière :

 

« Que ferez-vous de moi ? Je ne saurais vous être

 

Utile en aucune façon.

 

Laissez-moi donc traîner mes guêtres :

 

Et revenir pour la moisson !

 

Car mieux formé alors je saurai mieux y faire.

 

Et je pourrais citer cent noms

 

Plus compétents pour ce travail ;

 

Pour ma part, croyez-moi ! je ne suis rien qui vaille.

 

- Rien qui vaille ? Eh bien ! soit, répartit le Seigneur :

 

Désormais c’est d’humains que tu seras pêcheur,

 

Il n’y a pour cela aucun talent requis

 

Sinon celui de dire oui. »

 

Un pauvre pécheur vaut bien mieux que deux aptes autres ;

 

De ce bois Dieu fait ses apôtres.

 

 

 

N.B. Oui, cette petite fantaisie sur l’évangile de ce dimanche est un pompage éhonté de La Fontaine. Et alors ?!

 

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10:34 Publié dans FABLES | Commentaires (1)

 
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