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04/06/2011

HARCÈLEMENT SEXUEL

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HARCÈLEMENT SEXUEL?

LE HARCÈLEMENT SEXUEL

 

 

ENTRETIEN avec GENEVIÈVEE FRAISSE, philosophe

 

 

« Quand, aujourd’hui, une femme dit non à un homme, si celui-ci affirme qu’elle était malgré tout consentante, il se comporte comme si elle n’était pas son égale. »

 

Pour Geneviève Fraisse, auteur de nombreux ouvrages sur la pensée féministe (1), le harcèlement sexuel porte atteinte à la fois aux notions de liberté et d’égalité. Selon elle, tous les lieux de pouvoir sont propices à ce genre de débordement.

 

- Comment définissez-vous le harcèlement sexuel ?

 

Geneviève Fraisse : C’est l’endroit où l’on n’entend pas que l’autre dit non. Or, la notion de consentement a ceci de particulier qu’elle a un double sens. Consentir signifie à la fois adhérer et accepter. Dans le premier cas, il s’agit du choix d’un être libre ; dans l’autre, de l’acceptation d’un rapport de force. Pour bien comprendre les choses, il faut donc croiser les notions de liberté et d’égalité. Seul un individu égal à un autre peut lui dire non en toute liberté. C’est pour cette raison que l’on ne peut pas parler de harcèlement sexuel dans l’Ancien Régime, où les rapports de domination font partie de la norme sociale. On parlait alors de droit de cuissage.

On ne peut parler de harcèlement sexuel qu’en démocratie, à partir du moment où on suppose les individus, hommes et femmes, libres et égaux. Quand, aujourd’hui, une femme dit non à un homme, si celui-ci affirme qu’elle était malgré tout consentante, il se comporte comme si elle n’était pas son égale. C’est ce que voulait signifier dans les années 1970 le slogan féministe : « Quand une femme dit non, c’est non ! »

 

- Pourquoi ce concept est-il apparu si tardivement dans les sociétés occidentales ?

 

G. F. : Pour permettre de reconnaître le harcèlement sexuel, il a fallu franchir une série d’étapes.

Ainsi le droit de cuissage, c’est-à-dire le droit du mâle dominant d’obtenir une faveur sexuelle de la part de quelqu’un qui dépend de lui pour sa survie, n’a été remis en cause que récemment. Il a fallu attendre 1912 pour qu’on rétablisse la recherche en paternité dans le code civil. Jusque-là, un enfant né d’une relation de domination, quand l’homme de la maison engrossait la bonne, par exemple, ne pouvait être reconnu. Et ce n’est qu’à partir de 1981 que le viol a été considéré non plus comme un délit, mais comme un crime. La récente sanction juridique du harcèlement sexuel dans les relations de travail s’inscrit dans cette généalogie.

 

- Les affaires strauss-Kahn et Tron concernent toutes deux le monde politique. La sphère politique est-elle plus exposée que d’autres ?

 

G. F. : J’ai navigué pendant sept ans dans le monde politique, à la fois en tant que déléguée interministérielle aux droits des femmes et députée européenne (2). Et je peux vous dire que si la grossièreté y est parfois importante, le machisme est bien supérieur encore dans le milieu intellectuel. Peut-être est-ce dû au fait que les hommes politiques gardent un pied dans le réel, tandis que les intellectuels sont dans la toute-puissance imaginaire. Tous les lieux de pouvoir sont des lieux propices, où le machisme peut s’exercer avec bonne conscience, notamment en France, où la symbolique masculine du pouvoir est très forte. Ce sont aussi des lieux de jouissance. Le sexe y tient donc une place évidente.

 

RECUEILLI PAR NATHALIE BIRCHEM

(1) Auteur d’À côté du genre : sexe et philosophie de l’égalité, Éd. Le Bord de l’Eau, 2010, 470 p., 24 €.

(2) Respectivement de 1997 à 1998 et de 1999 à 2004.

(Source : La Croix, 04/06/2011)

 

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22:19 Publié dans ACTUALITÉ | Commentaires (0)

30/05/2011

"VOUS AVEZ UN MESSAGE"

 

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« VOUS AVEZ UN MESSAGE »

 

 

Impossible d’échapper aux messages que nous recevons : télévision, Internet, smartphone, etc. Comment garder notre liberté ? Un moine expliquait récemment qu’il était frappé par les nouvelles générations de jeunes qui s’arrêtaient dans son monastère. Deux choses l’avaient particulièrement interrogé : leur durée d’attention - qui en moyenne n’excédait pas une douzaine de minutes - et le manque de recul dont ils faisaient preuve devant la télévision. Tout ce qu’ils y voyaient était vrai ! Cette anecdote, ajoutée à de nombreuses autres sonnettes d’alarme tirées par des psychologues, professeurs, éducateurs, pose la question de notre liberté face aux messages que nous recevons.

Ils sont de plus en plus nombreux - via Internet, réseaux sociaux, smartphones, chaînes TV, box, presse, etc. : ils envahissent progressivement notre espace professionnel, social, culturel et politique. Et sont sans cesse plus efficaces, séduisants, intrusifs : la publicité permet déjà de nous cibler et de nous proposer des messages « sur mesure » conformes à nos goûts et à nos attentes.

 

CLAPOTIS CONSTANT

 

Dès lors, de nombreuses questions se posent. Avons-nous suffisamment le temps d’analyser tous les signaux que nous recevons quotidiennement pour juger leur véracité ? Ce message m’est-il utile ? Me rapproche-t-il des autres ? Me permet-il de grandir ? Ou sommes-nous plutôt en réaction face à trop de nourritures médiatiques, sans possibilité de distanciation vis–à-vis de ce clapotis permanent ?

Par ailleurs, sommes-nous suffisamment avertis des pièges de notre système médiatique ? Dans ce domaine, la palette est large : du simple miel pour attirer les mouches à l’utilisation du sacré par la publicité, en passant par les redoutables techniques de dialectique bien connues de certains leaders politiques.

Mais ce n’est pas tout : en plaçant à même hauteur de museau le meilleur et le pire, le sordide et le clinquant, notre système médiatique ne nous pousse-t-il pas vers une forme de relativisme ? En nous persuadant qu’il est indispensable que nous soyons informés de tout, ne s’agit-il pas de nous donner l’illusion que nous maîtrisons les événements ? Quand, en réalité, nous sommes juste un peu moins efficaces et plus déconnectés du réel, en raison du nombre d’heures passées devant notre écran au lieu d’aller visiter notre voisine malade ou d’emmener notre fils voir un match de foot ou de participer à la vie d'une association d’entraide de quartier.

L’enjeu majeur consiste sans doute à trouver une distance salutaire pour retrouver notre liberté intérieure, en prenant du temps pour discerner et redéfinir le sens et l’usage du mot communication. Préservons notre silence intérieur afin de réapprendre à nous émerveiller de tant de beautés qui nous entourent.

Émilie Pourbaix

(source « l’1visible »,n° 12)

 

 

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15:02 Publié dans ACTUALITÉ | Commentaires (1)

29/05/2011

29 MAI : FÊTE DES MÈRES

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À PROPOS DE LA FÊTE DES MÈRES

 

La vie est une succession de naissances, explique Catherine Coustaury, mère de quatre enfants.

Chaque enfant qui naît nous fait naître. Et nous demeurons en situation d’engendrement auprès de nos enfants qui font leurs expériences –­prise d’autonomie, décision d’orientation, d’amitié… Cela dure toute la vie, comme le montre Sophie Fontanel dans son livre Grandir (Robert Lafont) où elle raconte comment sa mère, âgée et dépendante, lui permet de grandir bien longtemps après la croissance. »

Convaincue que « mettre au monde est une a­ aire de confiance, et d’espérance », et qu’en ce sens, « la maternité a une dimension spirituelle », Catherine Coustaury s’est investie dans le parcours de préparation à la naissance proposé par la clinique des franciscaines à Versailles.

Ce parcours, initié notamment par Soeur Thérèse et animé par une équipe de prêtres, de religieuses, de sages-femmes, de gynécologues, invite les couples ou les femmes seules à méditer l’arrivée de leur bébé à travers les Évangiles de l’Annonciation et de la Visitation, et se termine lors de la troisième rencontre par une bénédiction des tout-petits dans le sein maternel. Christine Dutheil, maman de quatre enfants dont le dernier n’a pas un an, fait partie avec son mari Cyril de l’équipe de parents accompagnateurs.

« Pour trois de nos enfants, raconte-telle, nous avons suivi ce parcours qui nous a permis de prendre conscience que ce petit bout qui bouge en moi a déjà une dimension spirituelle, comme le montre Jean qui tressaille dans le ventre d’Élisabeth lorsque Marie enceinte vient la visiter. J’ai aussi reçu la confiance qui m’a permis, dans les douleurs de l’accouchement –sans péridurale pour les deux derniers–, de m’abandonner aux mains du Seigneur, puis de dire une prière d’action de grâces. C’est avec la même confiance que nous élevons nos enfants. »

Hélène Rué, sage-femme, observe quant à elle que ce parcours, comme d’autres proposés par les diocèses, permet aux mères « confrontées à un mystère qui les déborde, les submerge et leur fait peur, de réfléchir sur la dimension spirituelle d’un événement qui bouleverse leur corps, leur fait prendre conscience des limites et de leur vulnérabilité, de manière plus intense encore au moment de l’accouchement, lorsqu’elles mettent toutes leurs forces pour que leur enfant vienne à la vie à une heure qu’elles n’ont pas choisie ».

Avec des mots différents, Rosy Pierre- Antoine, sage-femme à la protection maternelle et infantile de Gaillac (Tarn) parle elle aussi de « traversée » et de « commencement possible ». « La maternité n’est pas que biologique, explique-t-elle. Elle est un chemin vers l’intériorité. Le corps qui change interpelle. Les questions de la filiation, de sens de la vie, surgissent. Un chemin d’écoute de soi-même, et peut-être de Dieu, s’ouvre. Pour la femme qui se réjouit et s’émerveille devant l’enfant nouveau-né qui lui est donné, la vie prend alors un sens nouveau. Dieu est présent dans tous ces commencements. »

Que disent, au fond, ces témoignages ? Que la mise au monde par une femme de son bébé, avec ce qu’elle implique d’amour, de perdition de soi pendant l’accouchement, d’abandon et de confi­ance, a à voir avec l’espérance chrétienne. Engendrer est l’acte d’espérance le plus radical. Pour autant, croire fermement à la vie qui vient… cette expérience spirituelle ne concerne pas que l’enfant nouveau-né. « L’engagement dans l’engendrement va bien au-delà de la maternité biologique, constate la théologienne Claire-Anne Baudin‑(1), mère de quatre enfants, qui, après avoir travaillé en milieu hospitalier, exercé le métier d’institutrice, enseigne la christologie à la Catho de Paris tout en étant engagée dans l’accompagnement spirituel. Il se vit dans le domaine de l’éducation, de l’accompagnement spirituel, et chaque fois que quelqu’un fait acte d’espérance, met sa foi, son attention, use de toutes ses forces pour créer les conditions qui permettent à l’autre de naître, de grandir, de mettre sa vie au service de ce qui la réclame, tout en faisant place au travail du Dieu Créateur et à celui du souffle constant de son Esprit. »

Yael Comet, professeur de français, témoigne de ce qui peut alors advenir. « Chaque naissance a été une expérience qui m’a fait grandir dans la confiance en Celui qui appelle à la vie, confie cette maman de trois enfants. Et comme maman, je peux dire

que tous les jours je porte spirituellement mes enfants, je les conduis à la vie. C’est aussi vrai dans mon travail. Avec mes élèves de 1re, nous avions répété une adaptation de L’Île des esclaves de Marivaux, qu’ils devaient jouer à Toulouse au Festiv’. La langue du XVIIIe­siècle leur était difficile. Ils se sentaient noyés ! Alors, nous avons réinventé ensemble la pièce. Et ils ont joué. Il fallait voir leur joie après ! Ils avaient traversé la tempête. Ils étaient nés à eux-mêmes. » Autre témoignage, celui d’Ingrid Barthe, maman de quatre enfants, fondatrice et responsable du Bercail, lieu d’accueil d’urgence de futures mamans ou de mamans avec enfants, à Chartres‑(2). « Accueillir, écouter, prendre soin, chercher une solution pour permettre à ces mamans de reprendre pied, c’est coopérer à donner la vie », reconnaît-elle, encore peu habituée à cette sorte de « fécondité spirituelle » qui lui revient.

Dans l’accompagnement spirituel, où des personnes ont con­fiance dans le fait de se con­fier, quelque chose d’analogue se joue, même si comme l’explique Sœur Sylvie Robert, religieuse auxiliatrice, il y aurait un risque à parler en termes de maternité spirituelle. « On ne laisse pas se former en son corps le corps de l’autre, rappelle-t-elle. Et la maternité spirituelle peut être comprise de manière trop fusionnelle, oubliant qu’être mère, c’est mettre au monde. » « Dans l’accompagnement spirituel, précise-t-elle, je suis impliquée dans la relation, mais ce n’est pas moi qui forme l’autre, ni la relation de l’autre à Dieu. J’ai surtout à être témoin, instrument très modeste d’une découverte d’une relation très personnelle à Dieu. » Ainsi, si une médiation humaine est nécessaire à l’engendrement par Dieu, le plus important n’est pas de son ressort. « L’accompagnement spirituel peut s’apparenter à une mise au monde, comme l’exprimait bien cette personne que j’ai accompagnée et qui m’a dit un jour : “Je suis devenue vivante !”, confirme Soeur Lydia Vauthier, qui fut sage-femme avant de devenir religieuse du Cénacle. Mais cette mise au monde n’est pas de l’ordre de la maternité. Mon rôle, c’est d’aider l’autre à naître à lui-même et au Christ, inséparablement. »

MARTINE DE SAUTO

(1) Claire-Anne Baudin a publié en 2008 Le Soin du monde (Bayard)

(2) Le Bercail, initiative soutenue par le diocèse de Chartes, ne vit que de dons. Tél. : 06.30.82.90.16.

(Source : La Croix.28/05/2011)

 

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21/05/2011

SAINT YVES

La fête officielle de Saint Yves tombe le 19 Mai de chaque année... On ne le sait peut-être pas assez, St YVES fut un Saint Français (Originaire de TRÉGUIER, Bretagne). Il fit des études de droit à ORLÉANS qui possédait alors une université de droit de réputation européenne. De ce séjour à Orléans, la ville possède comme unique souvenir  une minuscule salle de l'époque, appelée "SALLE DES THÈSES" (à mi-chemin entre la Cathédrale et la Préfecture, rue Pothier). On peut la visiter en certaines occasions, comme la Journée du patrimoine. Après ses études de droit, Yves devient prêtre dans le diocèse de TRÉGUIER, et fut membre du tribunal ecclésiastique de ce diocèse. Sa réputation de Juge intègre, protecteur des plus pauvres et des plus faibles l'a conduit à l'honneur des autels. Il est de nos jours célébré comme Saint Patron des AVOCATS et Magistrats.

 

Ci-dessous, une notice sur la vie de St YVES, provenant de Wikipedia

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St Yves rendant la justice (Musée de Bretagne, Rennes)

 

 

 

SAINT YVES

Saint Yves Hélory de Kermartin, Yves de Tréguier ou simplement saint Yves dans la tradition catholique, est né vers 1250 et mort en 1303. En breton, il est appelé sant Erwan dans le Trégor, Iwan, Youenn ou Eozen dans d'autres régions. Prêtre et official1 du diocèse de Tréguier, il a consacré sa vie à la justice et aux pauvres. L'Église catholique l'a reconnu saint et le fête le 19 mai. Il est le saint patron de toutes les professions de justice et de droit, notamment celle d’avocat. Il est également saint patron de la Bretagne. Sa fête tend de plus en plus à être considéré comme la fête de la Bretagne.

 

Nous n’avons aucune Vie de saint Yves écrite par ses contemporains, mais seulement la procédure faite en 1330 pour parvenir à sa canonisation. Après sa canonisation, plusieurs récits de sa vie ont été écrits en français, en latin, en breton, en italien.

 

 

 

Biographie

 

Yves Hélory (ou Héloury) est né au milieu du XIIIe siècle dans une famille noble au manoir de Kermartin sur la paroisse de Minihy-Tréguier. À l'âge d'environ 14 ans, il part étudier à Paris, accompagné de son précepteur Jean de Kergoz (Kerc'hoz). Il y fait ses humanités, suivant des cours de théologie probablement à la Sorbonne. Ces premières études achevées, il étudie le droit à l'université d'Orléans dont la faculté est réputée à travers toute l'Europe à cette époque. Déjà, il se fait remarquer par sa vie de privation en faveur des pauvres. Ses études achevées, il revient travailler en Bretagne à Rennes dans un premier temps, où il devient conseiller juridique du diocèse. L'évêque de Tréguier remarque ses talents et le presse de revenir à Tréguier. En 1284, l'évêque de Tréguier le nomme official, l'ordonne prêtre et lui confie successivement les paroisses de Trédrez et de Louannec, proches des terres de son enfance.

 

Yves étonne ses paroissiens en prêchant en breton, alors que ses prédécesseurs le faisaient en latin, rendant ainsi accessible au peuple la compréhension de l'Évangile et de son message. Il se déplace beaucoup à pieds dans la région de Tréguier, est vu plusieurs fois dans la même journée à des lieux différents et de bonne distance. Les gens l'apprécient pour sa façon de rendre la justice, il est réputé pour son sens de l'équité qui lui interdit de privilégier le riche sur le pauvre. L'enquête de canonisation nous fournit un certain nombre de témoignages sur ce que fut sa vie et la manière dont les gens le percevaient. Ceux qui l'ont connu témoignent, ceux qu'il a guéris racontent2. Un certain nombre de faits sont ainsi rapportés sur la manière dont Yves Hélory rendait justice. Ainsi à Rennes, doit-il traiter une affaire opposant un aubergiste à un mendiant. Ce dernier est accusé par le premier d'avoir été pris à rôder autour des cuisines; comme l'aubergiste ne peut l'accuser d'avoir volé de la nourriture, il l'accuse de se nourrir des odeurs de sa cuisine… Le jugement a dû en étonner plus d'un ! Yves Hélory prend quelques pièces dans sa bourse et les jette sur la table devant lui ; l'aubergiste tend la main pour les prendre mais saint Yves retient sa main. L'aubergiste s'exclame : « c'est à moi » Yves lui répond « ah non ! le son paye l'odeur, à cet homme l'odeur de ta cuisine, à toi le son de ces pièces ! ». En arrière-fond de ce petit épisode plutôt amusant, saint Yves sera reconnu par les démunis comme l'avocat qui fait justice aux pauvres et ne tient pas compte de la condition sociale. C'est ainsi qu'autrefois dans un vieux cantique populaire, on le fêtait en chantant « Sanctus Yvo erat brito; advocatus sed non latro, res mirabilis populo », « Saint Yves était breton, avocat mais pas voleur, chose admirable pour le peuple ! ».

 

Son attachement aux pauvres et au soulagement de leur misère est de notoriété publique. Il a dû bien scandaliser sur le moment ces deux femmes qui bavardaient près de l'Hôtel-Dieu à Tréguier. Elles rapporteront le fait au procès de canonisation : entré environ une heure plus tôt dans l'hospice, Yves en sort à moitié nu et passe devant elles en courant vers Minihy où se trouve son manoir. Les femmes se demandent ce qui a bien pu se passer, elles entrent dans l'Hôtel-Dieu et remarquent qu'un malade porte telle pièce des vêtements d'Yves, un autre telle autre, etc.

 

On lui prête également des miracles, comme celui d'avoir sauvé des gens de la noyade. Après une vie d'ascèse, de prière et de partage, mangeant très peu et vivant très pauvrement en distribuant ce qu'il a (il ne mangeait que deux œufs le jour de Pâques et tenait table ouverte pour les pauvres en son manoir), Yves Hélory s'éteint le 19 mai 1303. Ses obsèques à la Cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier où est érigé son mausolée, sont l'objet d'un faste et d'une ferveur populaire extraordinaire ; pour tous, il devient le « mirouër3 des ecclésiastiques, avocat et père des pauvres, veuves et orphelins ».

 

 

Moins de 50 ans après sa mort, en 1347, le pape Clément VI lui accorde la sainteté. Son culte, resté très vivace en Bretagne, s'est répandu dans toute l'Europe, jusqu'à Rome où deux églises lui sont dédiées. En effet, dès la première moitié du XVe siècle, Mgr Alain de Coetivy obtint du pape Nicolas V la concession d'une église bâtie probablement au XIIe siècle et placée alors sous le patronage de saint André. Par bulle du 16 septembre 1455, Calixte III, successeur de Nicolas V, ratifiait cette décision. Cette vieille église (probablement dans le style de Santa Maria in Cosmedine à Rome) fut détruite en 1875 pour cause de vétusté et reconstruite dans le même temps plus petite dans un style néo-renaissance florentine. Un tympan en terre cuite vernissée surmonte la porte d'entrée principale et représente au centre une Vierge à l'Enfant, à sa droite saint Yves et à sa gauche saint Bernard. L'ancienne église conservait de nombreuses pierres tombales de bretons décédés à Rome et enterrés dans l'église. Elles ornent aujourd'hui le cloître de Saint-Louis-des-Français à Rome 4. La façade a été restaurée pour l'année 2003, année du septième centenaire de la mort du saint. Cette petite église dite « Saint-Yves-des-Bretons » (Sant'Ivo dei Bretoni), située au n° 8 Vicolo della Campana se visite sur demande auprès du recteur de Saint-Louis-des-Français. Le 19 mai, chaque année, une messe en français y est célébrée en l'honneur de saint Yves. La seconde église dédiée au saint s'appelle Sant'Ivo alla Sapienza. Église originale en particulier par la tour qui la surmonte représentant la tour de Babel. Elle fut construite entre 1642 et 1660 par Borromini dans l'enceinte du Palazzo della Sapienza abritant alors le Studio Romano qui devint ensuite l'université de Rome (jusqu'en 1935). À l'intérieur de l'église, se trouve un retable représentant saint Yves commencé par Pierre de Cortone (1596-1669) et achevé par un ou plusieurs de ses élèves. D'autres églises furent consacrées à saint Yves à travers l'Europe : en Espagne, en Allemagne, et aux Pays-Bas.

 

Il est le saint patron de toutes les professions de justice et de droit, notamment celle des avocats. Chaque 19 mai, à Tréguier (Côtes d'Armor), une délégation de ces professions accompagne le pardon à saint Yves qui est une des grandes fêtes religieuses bretonnes, au même titre que le pardon de Sainte-Anne-d'Auray.

 

On le représente généralement avec une bourse dans une main, pour signifier tout l'argent qu'il a donné aux pauvres dans sa vie, et un parchemin dans l'autre, qui rappelle sa charge de juge ecclésiastique. Il est également souvent figuré entre un homme riche et un homme pauvre.

 

Bibliographie

 

Jean-Christophe Cassard, Saint Yves de Tréguier, P., Beauchesne, 1992

Jean-Christophe Cassard, Jacques Dervilly et Daniel Giraudon, Les Chemins de saint Yves, Morlaix, éd. Skol Vreizh, 1994,

Sous la direction de J.-C. Cassard et Georges Provost, Saint Yves et les Bretons. Culte, images, mémoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, 368 pp (actes du colloque organisé à Tréguier du 18 au 20 septembre 2003).

René Couffon, La Confrérie de Saint-Yves à Paris et sa chapelle, Saint-Brieuc, Presses bretonnes, 1933

abbé François Falc'hun, Les noms bretons de saint Yves ; Rennes, Imprim. Oberthur (tiré à part des Annales de Bretagne), 1943, 18pp (Yves voudrait donc dire "fils d'Esus", "de la race d'Esus", et nous aurions là un nom gaulois réintroduit en France par les Bretons émigrés de Grande-Bretagne. C'est la mythologie celtique qui aurait fourni son nom au saint le plus populaire de la Bretagne armoricaine).

abbé France, Saint Yves, étude sur sa vie & son temps, Saint-Brieuc, Prud’homme, 1893

Pierre de La Haye, Saint Yves de Tréguier, Éditions d’art Jos Le Doaré, 1973

Jean-Paul Le Guillou, Saint Yves, ceux qui l’ont connu témoignent, ceux qu’il a guéris racontent. Enquête de canonisation, Imprimerie Henry, 1989

M. Th. Le Moign-Klipffel, Saint Yves, St-Brieuc, Presses bretonnes, 1939

Alexandre Masseron, Saint Yves, P., éd. Henri Laurens

abbé Louis Mahé, Saint Yves, son pardon à Tréguier, St-Brieuc, éd. L. Aubert, 1941

abbé Louis Mahé, Monsieur Saint Yves. Sa vie, ses miracles, ses triomphes ; Saint-Brieuc, Prud'homme, 1949.

Henri Queffélec, Saint Yves, P., Ramsay, 1987 (réédition Éditions de la Seine, 1991).

Marie-Paule Salonne, Saint Yves, patron des avocats, avocat des opprimés, Éditions franciscaines, Paris, 1945

François Semur, Yves de Kermartin, magistrat et avocat du XIIIe siècle, Éditions Jos Le Doaré, 1983

Dans les pas de Saint-Yves, collection Le Trégor, Éditions Impram, 1989

Conseil général des Côtes-d’Armor, D’Yves Hélory à saint Yves, Éditions Lieux communs, 2003

Michel Carrouges, Saint Yves, avocat des pauvres, Mai 2010, - 34 pages, Éditions Le Cerf .- Collection « Albums Fêtes & Saisons»

 

Liens externes

 

(fr)Diocèse Saint Brieuc & Treguier

(fr)Pour découvrir l'église Saint-Yves-des-Bretons de Rome

 

Notes et références

 

Official = juge ecclésiastique du diocèse,

Enquête de canonisation, traduit par Jean-Paul Le Guillou, édité à l'Imprimerie Henry, Pédernec (22) en 1989, réédité en 2003

modèle

François de LEPINAY, Architecture religieuse à Rome à la fin du XIXe siècle : la reconstruction de Saint-Yves-des-Bretons.

 

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19/04/2011

"PEACE CHRIST" - suite (et fin?)

Ci-dessous, l'Editorial de "La Croix" de ce jour, signé Dominique GREINER... On ne peut mieux dire!

A la suite, un commentaire, dans le même journal

 


LA CROIX DU CHRIST À N.D. DES NEIGES

 

Peace Christ

Immersion, Piss Christ, l’oeuvre controversée de l’Américain Andres Serrano,

exposée à Avignon, a été vandalisée

L’oeuvre d’Andres Serrano intitulée Piss Christ a été vandalisée, avanthier, au Musée d’art contemporain d’Avignon. Cette photographie de grande taille, représentant un crucifix plongé dans de l’urine, y était exposée depuis plusieurs mois, sans remous particuliers. Pourtant, depuis quelques semaines, les critiques et les pressions se sont multipliées pour demander son décrochage, les plus extrêmes allant même jusqu’à réclamer son interdiction en France.

Et, dimanche, deux individus ont tenté de la détruire à coups de marteaux et de tournevis.

L’oeuvre peut être discutée pour ses partis pris. On peut légitimement ne pas l’apprécier. Et on doit aussi admettre que le traitement infligé par l’artiste à un crucifix, symbole religieux fort, peut blesser et offusquer des fidèles, et que ceux-ci peuvent légitimement exprimer leur indignation.

Mais de là à user de la violence, il y a un pas de trop.

Y recourir est souvent la marque d’une défaite de l’intelligence et de la raison, d’une

incapacité à entrer en dialogue avec ses contemporains. Or, le travail de Serrano, qui se présente comme chrétien, dit aussi quelque chose de notre époque, sur la manière dont les « humeurs », ce qui sort du corps mais aussi du coeur de l’homme, peuvent submerger le religieux. Les coups de force ne rendent pas plus crédible le message du Christ. Bien au contraire. La foi chrétienne n’a pas d’abord besoin de défenseurs, d’une sorte de police religieuse chargée de la faire respecter.

Elle a bien plus besoin de témoins soucieux de découvrir sous le visage de ceux qui sont affamés, assoiffés, étrangers, nus, malades ou prisonniers, ces « petits » auxquels Jésus s’identifie.

Le message de l’Évangile ne demande pas aux chrétiens de s’attaquer aux oeuvres clouées sur les murs des musées, mais au véritable scandale que sont des hommes et des femmes vivant aujourd’hui, parfois à notre porte, dans des conditions indécentes, pour extirper les clous de la pauvreté, de l’humiliation…

L’indignation devant le Piss Christ n’a de sens que si elle s’accompagne d’un engagement en faveur de la justice et de la paix. En témoins du « Peace Christ », du « Christ paix ».

Dominique GREINER (Editorial de « La Croix » 19/04/2011)

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Les auteurs de la dégradation de deux oeuvres du photographe Andres Serrano n’ont pas été identifiés

L’institut traditionaliste "Civitas", qui a conduit samedi à avignon la manifestation protestant contre une photographie d’Andres Serrano jugée blasphématoire, ne « cautionne ni ne condamne » la destruction, dimanche, de l’oeuvre controversée.

L’Eglise catholique dénonce un geste excessif. Que s’est-il passé ? Dimanche, aux environs de midi, deux hommes d’une vingtaine d’années ont endommagé à coups de masse et de marteaux l’Immersion Piss Christ, une oeuvre photographique très controversée de l’artiste new-yorkais Andres Serrano, exposée dans les locaux de la collection d’art contemporain Yvon
Lambert à Avignon (Vaucluse). Le cliché mettant en scène un crucifix plongé dans un verre d’urine , avait provoqué ces dernières semaines la colère et l’indignation de nombreux catholiques.
Les deux jeunes s’en sont pris également à un autre cliché de Serrano, Soeur Jeanne Myriam, jugé lui aussi blasphématoire. Trois gardiens ont tenté de s’interposer mais les agresseurs ont réussi à s’enfuir. Le musée a déposé plainte et indiqué qu’il rouvrira ses portes aujourd’hui avec les « oeuvres détruites montrées telles quelles ».
Les jeunes, qui ont agi à visage découvert après avoir payé leur billet d’entrée comme de simples visiteurs, n’ont pas encore été
identifiés. Comment en est-on arrivé là ?
Alerté par des catholiques avignonnais, il y a une dizaine de jours, du contenu de l’exposition ouverte en décembre, l’institut Civitas, qui se présente sur son site Internet comme « une oeuvre de reconquête politique et sociale visant à rechristianiser
la France », et est lié à la fraternité Saint-Pie X, a lancé une pétition en ligne. Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon,
a, lui aussi, demandé le retrait de l’oeuvre, dénonçant un cliché « odieux » qui « bafoue l’image du Christ sur la croix, coeur de notre foi chrétienne ». De son côté, le directeur de la collection, Éric Mézil, a fait état de centaines d’appels téléphoniques et de courriels « injurieux». Samedi, 800 personnes environ, en majorité des catholiques lefebvristes, conduits par Civitas, la Fraternité Saint-Pie-X, le Mouvement catholique des familles et l’association Catholiques en campagne, mais aussi quelques
élus du Vaucluse dont Marie-Claude Bompard, maire MPF de Bollène, et le sénateur UMP Alain Dufaut, avaient protesté devant le musée qui a dû fermer.
Indiquant à La Croix que la destruction des clichés « n’est pas le fait de Civitas qui a toujours appelé à agir dans la légalité », André Escada, l’organisateur de la manifestation, affirme que « cet acte témoigne d’une exaspération bien compréhensible » : « C’est aussi le résultat d’une inertie des autorités publiques. Il n’est pas raisonnable de s’obstiner à exposer une photographie
avec les finances publiques, qui choque les catholiques sur ce qu’il y a de plus sacré pour eux. Ça aurait concerné l’islam, la mairie n’aurait pas laissé une photo qui risquait de troubler l’ordre public. »
Quelles sont les réactions à cette dégradation ?
L’affaire a suscité de nombreux commentaires sur les blogs, catholiques mais aussi orthodoxes. Si les internautes se montrent indignés par la photographie et d’autant plus que l’affaire survient à l’approche de la Semaine sainte (la pétition de Civitas a d’ailleurs reçu à ce jour plus de 80 000 soutiens), la plupart réprouvent l’agression de dimanche. Artiste lui-même,
Mgr André Dupleix, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France, désaprouve une réaction « excessive » : « C’est de leur part un signe de faiblesse. Le Christ a toujours respecté la liberté des hommes, même la liberté de ceux qui se sont opposés à lui et l’ont conduit à la mort. Si nous devons exprimer avec la plus grande fermeté notre opposition à l’exploitation d’une telle oeuvre, nous avons beaucoup d’autres moyens de la répercuter que ce type de violence. Une action en justice par exemple. »
CÉLINE HOYEAU

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18:31 Publié dans ACTUALITÉ | Commentaires (1)

 
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