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21/01/2012

LE P.EGON EST SES ICÔNES

 

Une icône du P.Egon SENDLER.jpg

Le chef-d’oeuvre du P. Egon Sendler

 

Considéré par ses élèves comme « le chef-d’oeuvre » de l’exposition, ce crucifix de toute beauté, oeuvre du P. Egon Sendler, revêt une valeur inestimable : combien d’heures a-t-il fallu au maître iconographe pour en ciseler le bois et obtenir un bas-reliefd’une telle finesse ? Les motifs sur cette croix présentent des symboles trinitaires et des scènes d’Évangile. À en croire l’une des élèves du P. Egon, les heures de travail ne peuvent se mesurer à l’aune humaine du temps : «­Le temps que nous passons à peindre n’est qu’un avant-goût du royaume de Dieu.­»

 

 

 

LE P. EGON SENDLER ET SES ICÔNES

 

L’homme aux cheveux de neige se tient courbé près de la fenêtre. Dehors, l’hiver a noyé Versailles sous une bruine tenace. On devine des silhouettes encapuchonnées qui fendent la grisaille pour courir jusqu’à leur bus. À elles la précipitation, l’urgence des jours ; à lui la patience, la sagesse de l’âge. Dans une dépendance adossée au lycée jésuite Sainte-Geneviève – « Ginette » –, le P. Egon Sendler, 89 ans, lui-même prêtre de la Compagnie de Jésus, se rétablit peu à peu : depuis quelque temps, son coeur lui joue de mauvais tours. Les médecins lui préconisent un repos absolu. « Pardonnez-moi, je ne suis pas dans ma meilleure forme », s’excuse le maître iconographe.

Alors qu’une rétrospective lui est consacrée à Paris (lire pages suivantes), et que le succès de son atelier versaillais ne se dément pas, le peintre paraît s’accommoder de son statut de convalescent. C’est que le P. Sendler a traversé bien des épreuves avant de s’établir en France, où il n’a cessé d’oeuvrer depuis cinquante ans.

Né en Silésie (actuelle Pologne) en 1923, Egon Sendler a survécu aux deux grandes folies du siècle passé : nazisme et communisme. Jeune catholique, il n’a rien oublié des interrogatoires que lui infligèrent les agents de la Gestapo, pour avoir prié publiquement, adolescent. Il raconte tout cela d’une voix feutrée, presque détachée. Mais ses souvenirs sont intacts. Enrôlé comme transmetteur dans les troupes du Reich, la guerre l’entraînera sur le front de l’Est, où il est blessé au ventre. Capturé par les Soviétiques, le voilà parqué dans un stade avec ses compagnons d’infortune. Humiliations, exécutions sommaires : rien ne lui est épargné. C’est vers un camp de travaux forcés que l’emporte un wagon à bestiaux. Dans l’âpreté d’une vie de forçat, au coeur des forêts gelées de Russie, il sent croître en lui-même un appel mystérieux : « Une nuit m’est venue l’évidence que la captivité n’était pas un accident. Je me suis dit que si je m’en sortais, je ferais tout pour aider le peuple russe à retrouver Dieu », se remémore-t-il. À sa libération, il entre chez les jésuites, fidèle à sa promesse de « donner » sa vie, et s’oriente vers « l’apostolat russe ». Son ordination est même célébrée en rite byzantin. Presque par hasard – sa mère était artiste peintre, il s’oriente vers la peinture à la demande de ses supérieurs.

Et s’immerge peu à peu dans l’iconographie, qu’il découvre par lui-même, à force de recherche, et qu’il finit par enseigner au collège jésuite Saint-Georges de Meudon dès les années 1960. Comme si sa vocation sacerdotale avait finalement rejoint son âme d’artiste : peindre, pour lui, c’est prier, parler de Dieu. « Pour l’Occidental, l’image est presque copie de la nature. Mais pour l’Oriental, elle est reflet du Divin dans la matière. Celui qui est représenté sur l’icône apparaît comme le fils du Père, fait homme dans la nature humaine. »

Ce « trésor », il n’a eu de cesse de le faire partager à des amateurs toujours plus nombreux, autant que dans les églises qu’il a décorées, sans jamais se mettre en avant : « Le P. Egon s’est toujours effacé derrière son oeuvre ; peu connaissent son nom, alors que ses icônes et ses fresques sont présentes dans le monde entier », raconte l’une de ses collaboratrices.

Désormais transféré dans le chalet de l’Ermitage, à la lisière du domaine de Versailles, l’atelier du « P. Igor », comme le surnomment ses élèves, ne désemplit pas.

Chaque semaine, des retraités s’y pressent pour assimiler la technique ancestrale de l’icône.

Des stages ponctuels attirent des candidats du Japon, de Chine, d’Angleterre ou de Pologne. « L’icône porte une dimension spirituelle qui ouvre l’esprit, que l’on soit catholique, orthodoxe ou protestant », souligne le P. Sendler. « Avant le Schisme de 1054, l’icône était un trait d’union entre l’Orient et l’Occident ! », fait remarquer en souriant celui qui, dans son atelier, accueille tout un chacun, sans distinction. Au fil du temps, il a réalisé que l’icône était un puissant vecteur oecuménique. Mais l’expérience est exigeante, loin d’être un passe-temps.

Son atelier est situé de l’autre côté de la ville. On y accède de l’extérieur, par un escalier de fer. Trop faible, le P. Sendler y vient ces derniers jours en pointillé. Ses élèves, eux, sont absorbés dans les préparatifs, à quelques jours du vernissage. Dans de vieux journaux, on emballe précautionneusement les icônes qui seront présentées à Paris, ainsi qu’un crucifix de bois façonné par le maître des lieux, chef-d’oeuvre en bas-relief doré à l’or fin (photo ci-dessus). En cette veille de Noël orthodoxe, un poste de radio diffuse le Kanon Hristos Ragedaetsia (canon de la naissance du Christ) d’un choeur bulgare. La lumière du jour inonde la pièce lambrissée par de larges fenêtres à croisillons. Il rôde une odeur de vieux bois, de vernis pas tout à fait sec. Dans ce joyeux désordre, de studieuses retraitées parachèvent leurs icônes. « Tâtez cette finesse ! s’exclame à son pupitre Françoise Collot, 72 ans. Il m’a fallu appliquer 12 couches de blanc de Meudon sur la planche, laisser sécher, poncer… Maintenant, je vais commencer mon dessin. » Depuis six ans, cette catholique fréquente l’atelier : « Ce que j’apprécie, c’est la présence qu’instaure l’icône dans une maison. J’en offre à mes petits-enfants pour les grandes occasions. » « Cet atelier, c’est d’abord un atelier de vie », affirme Helga Kuhn de Chizelle, luthérienne d’origine allemande. La septuagénaire dit avoir été fascinée par « l’esprit de famille » qu’elle y a découvert : « Ici, votre confession n’a aucune importance. Chacun apporte ce qu’il est. Nous sommes habités par nos points communs plus que par nos différences. Avec l’exigence que chacun reste soi-même. » Nathalie Pampouloff, orthodoxe d’ascendance russe, approuve ce jugement : « L’amitié naît spontanément. La première fois que je suis venue, il y a treize ans, je me suis dit : c’est le ciel sur terre ! Pourtant, je n’avais jamais peint, ni dessiné. Bien sûr, on est guidé par les assistantes du P. Igor, mais il y a une autre main, au-dessus de nous, qui guide la nôtre. » L’une des adjointes, Friederika Anglès d’Auriac, a délaissé la peinture profane pour se consacrer pleinement à l’icône : « J’ai enseigné la peinture en lycée. J’ai même eu ma période naturaliste, abstraite, surréaliste… Mais entre l’esthétique et la beauté de la vérité, j’ai choisi la vérité », explique l’artiste

d’origine allemande. À ses yeux, la peinture occidentale a parfois tendance « à accaparer le sujet », quand l’iconographe, lui, « se soumet à l’Esprit dans le silence du

Imagerie pieuse ? Loin de là, si l’on en croit la légende du roi d’Hédesse. Selon cette très ancienne tradition, Jésus aurait, de son vivant, transmis à un souverain lépreux un linge portant la marque de son visage. « Ce visage a fixé le canon du visage du Christ tel qu’on le connaît, raconte Friederika. Comme une empreinte qui se diffuse dans le temps. Cela ne fait pas de nous des copistes, car chacun exprime sa propre fibre spirituelle : il y a dans l’icône quelque chose de mystique qui nous saisit. »

FRANÇOIS-XAVIER MAIGRE

 

(Source : « La Croix » du 21/01/2012)

 

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11:07 Publié dans ART | Commentaires (1)

20/01/2012

20 Janvier : 3ème jour de la SEMAINE DE L'UNITÉ

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Troisième jour Thème :

 

Transformés par le Serviteur Souffrant

 

 

Texte : Le Christ a souffert pour nous (cf. 1 P 2,21)

 

Lectures

Is 53,3-11 L’homme de douleurs, familier de la souffrance

Ps 22,12-24 Il n’a pas rejeté ni réprouvé un malheureux dans la misère

1 P 2,21-25 Le Christ a souffert pour nous

Lc 24,25-27 Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela ?

 

Commentaire

 

Le paradoxe divin, c’est que Dieu peut convertir la tragédie et le désastre en victoire. Il transforme toutes nos souffrances et infortunes, et l’incroyable souffrance de l’histoire, en une résurrection qui enveloppe le monde entier. Alors même qu’il semble vaincu, il est la véritable victoire dont rien ni personne ne peut triompher.

L’émouvante prophétie d’Isaïe sur le Serviteur souffrant du Seigneur s’est totalement accomplie dans le Christ. Après avoir souffert une terrible agonie, l’Homme de Douleurs verra sa descendance. Nous sommes, nous-mêmes, cette descendance née de la souffrance du Sauveur. Et ainsi, nous ne formons avec lui

qu’une seule famille.

On peut dire que le Psaume 22 ne parle pas simplement de Jésus, mais aussi pour Jésus. Le Sauveur lui-même a prié avec ce psaume sur la croix, en reprenant les mots de désolation par lesquels il s’ouvre: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Dans la seconde partie du psaume cependant, la lamentation, la supplication emplie de douleur, se transforme en louange de Dieu pour ses oeuvres.

 

L’apôtre Pierre est un témoin des souffrances du Christ (1 P 5,1) qu’il nous donne en exemple : c’est à cette forme de souffrance par amour que nous sommes appelés. Jésus ne maudissait pas Dieu mais s’en remettait au juste Juge. Ses meurtrissures nous ont guéris et nous ont ramenés à l’unique berger.

Ce n’est qu’à la lumière de la présence du Seigneur et de sa Parole que le dessein de Dieu à travers les souffrances du Messie peut se révéler. Tout comme il en fut pour les disciples sur le chemin d’Emmaüs, Jésus nous accompagne constamment sur le chemin rocailleux de l’existence, rendant nos coeurs brûlants et yeux au plan mystérieux du salut.

Les chrétiens expérimentent que la souffrance résulte de la fragilité de la condition humaine ; nous reconnaissons cette souffrance dans l’injustice sociale et les situations de persécution. La puissance de la croix nous oriente vers l’unité. C’est là que la souffrance du Christ nous apparaît comme source de miséricorde et de solidarité envers l’ensemble de la famille humaine. Comme le dit un théologien contemporain : plus nous nous approchons de la croix du Christ, plus nous nous rapprochons les uns des autres. Le témoignage que donnent ensemble les chrétiens dans les situations de souffrance acquiert une très grande crédibilité. En étant solidaires de tous ceux qui souffrent, nous apprenons du Serviteur souffrant et crucifié à nous vider de nous-mêmes, à nous abandonner et à nous offrir en sacrifice. Ce sont les dons qu’il nous faut recevoir de son Esprit en cheminant vers l’unité en lui.

 

Prière

 

Dieu de consolation, tu as transformé la honte de la croix en un signe de victoire.

Fais que nous puissions nous rassembler autour de la croix de ton Fils et le célébrer pour la miséricorde qui nous est offerte par ses souffrances. Que l’Esprit Saint ouvre nos yeux et nos coeurs, afin que nous aidions ceux qui souffrent à expérimenter ta proximité ; toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles. Amen.

 

Pistes de réflexion

 

1. En quoi notre foi peut-elle nous aider à fournir une réponse à la souffrance de longue durée ?

2. Quels sont les domaines de la souffrance humaine que l’on néglige ou minimise actuellement ?

3. Comment les chrétiens peuvent-ils témoigner ensemble du pouvoir de la croix ?

(Source : Le Livret officiel de la Semaine)

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10:28 Publié dans RELIGION | Commentaires (0)

18/01/2012

18/25 JANVIER : SEMAINE DE PRIÈRE POUR L'UNITÉ

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18-25 JANVIER : SEMAINE DE PRIÈRE POUR L’UNITÉ

 

INTRODUCTION AU THÈME DE L’ANNÉE 2012

Tous, nous serons transformés par la Victoire de notre Seigneur Jésus Christ.

(cf. 1 Co 15,51-58)

 

Les propositions pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens de 2012 ont été préparées par un groupe de travail composé de représentants de l’Église catholique romaine, de l’Église orthodoxe et des Églises vieilles-catholiques et protestantes, présentes en Pologne.

 

Après de longs échanges, auxquels ont pris part les représentants de divers groupes oecuméniques de Pologne, il a été décidé de se concentrer sur un thème qui touche à la puissance transformatrice de la foi au Christ, thème très en rapport avec notre prière pour l’unité visible de l’Église, Corps du Christ. Ceci se fondait sur l’enseignement de saint Paul à l’Église de Corinthe, qui parle du caractère temporaire de notre vie actuelle (avec toute sa dimension apparente de « victoire » et de « défaite »), en comparaison du don qui nous est fait par la victoire du Christ dans le mystère pascal.

 

Pourquoi un thème de ce genre ?

 

L’histoire de la Pologne a été marquée par une série de défaites et de victoires. On peut citer le nombre d’invasions qu’elle a subies, ses partitions, l’oppression qu’elle a connue de la part de puissances étrangères et de systèmes hostiles. Le combat permanent pour vaincre tout asservissement et le désir de liberté sont des caractéristiques de l’histoire polonaise qui ont conduit à des transformations significatives dans la vie de la nation. Et cependant, toute victoire suppose des perdants qui ne partagent ni la joie ni le triomphe des vainqueurs.

Cette histoire propre à la nation polonaise a conduit le groupe œcuménique rédacteur des propositions de cette année à réfléchir plus profondément sur ce que signifient « gagner » et « perdre », en tenant compte notamment du fait que le langage de la « victoire » est souvent perçu en termes triomphalistes. Le Christ nous le présente pourtant tout autrement !

 

En 2012, le championnat d’Europe de football se déroulera en Pologne et en Ukraine – ce qui n’aurait jamais été possible par le passé. Pour beaucoup de gens, c’est le signe d’une nouvelle « victoire nationale », puisque des centaines de millions de supporters attendent impatiemment de connaître les équipes gagnantes qui s’affronteront dans cette partie de l’Europe. Cet exemple peut nous amener à réfléchir à la difficulté de ceux qui ne connaissent pas la victoire – et cela pas seulement dans le domaine du sport mais dans leur vie personnelle et communautaire : qui se souviendra des perdants, de ceux qui subissent constamment des défaites parce que la victoire leur est refusée, en fonction de conditions et circonstances diverses? La rivalité n’est pas qu’une caractéristique permanente du sport mais aussi de la politique, des affaires, du monde culturel et même ecclésial.

 

Le fait que les disciples de Jésus se soient querellés pour savoir « qui était le plus grand » (Mc 9,34), a bien montré la force de cette impulsion. Mais la réaction de Jésus a été très simple : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9,35). La victoire dont il est question ici se réalise dans le service mutuel, l’entraide, le soutien pour que s’estiment personnellement ceux qui sont « les derniers », les oubliés, les exclus. Pour tous les chrétiens, l’expression la plus parfaite de cet humble service, c’est Jésus Christ, dans sa victoire sur la mort et sa résurrection. C’est dans sa vie, son action, son enseignement, sa souffrance, sa mort et sa résurrection que nous cherchons comment mener, aujourd’hui, une vie de foi victorieuse qui se traduise dans un engagement social vécu en esprit d’humilité, de service et de fidélité à l’Évangile.

Et, alors qu’il allait connaître la souffrance et la mort désormais proches, Jésus priait pour que ses disciples soient un afin que le monde croie. Cette « victoire » n’est possible que par une transformation spirituelle, une conversion. Il nous semble par conséquent que nos méditations devraient porter sur ces mots de l’Apôtre des Nations. Le but est de parvenir à une victoire dont tous les chrétiens soient rendus participants à travers le service de Dieu et du prochain.

C’est dans la prière et l’effort pour la pleine unité visible de l’Église que nous-mêmes – et les traditions auxquelles nous appartenons – seront changés, transformés et rendus semblables au Christ. L’unité pour laquelle nous prions requiert peut-être le renouveau de certaines formes de vie ecclésiale dont nous sommes familiers. C’est enthousiasmant mais cela peut aussi nous faire terriblement peur ! Nous ne prions pas pour une unité qui ne serait qu’affaire d’amitié et de collaboration « confortables ». C’est une unité qui requiert la volonté de renoncer à toute concurrence entre nous. Il nous faut nous ouvrir les uns aux autres, nous faire des dons et accepter d’en recevoir en échange, afin de pouvoir entrer véritablement dans la vie nouvelle proposée dans le Christ, qui est la seule vraie victoire.

Il y a place pour chacun dans le plan divin du salut. Par sa mort et sa résurrection, le Christ embrasse tout, sans qu’il soit question de gains ou de pertes, « afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle » (Jn 3,15). Nous aussi pouvons avoir part à sa victoire ! Croyons simplement en lui, et il nous sera plus facile de vaincre le mal par le bien.

 

(Source: LIVRET OFFICIEL DE LA SEMAINE)

 

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22:38 Publié dans RELIGION | Commentaires (2)

17/01/2012

UNE FABLE DE LA FONTAINE : "L'ÂNE..."

L' Ane chargé d'éponges et l'Ane chargé de sel

Livre II - Fable 10

 

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Un ânier, son sceptre à la main,

Menait, en empereur romain,

Deux coursiers à longues oreilles.

L'un, d'éponges chargé, marchait comme un courrier;

Et l'autre, se faisant prier,

Portait, comme on dit, les bouteilles

Sa charge était de sel. Nos gaillards pèlerins

Par monts, par vaux et par chemins,

Au gué d'une rivière à la fin arrivèrent,

Et fort empêchés se trouvèrent.

L'ânier, qui tous les jours traversait ce gué là,

Sur l'âne à l'éponge monta,

Chassant devant lui l'autre bête,

Qui, voulant en faire à sa tête,

Dans un trou se précipita,

Revint sur l'eau, puis échappa ;

Car au bout de quelques nagées,

Tout son sel se fondit si bien

Que le baudet ne sentit rien

Sur ses épaules soulagées.

Camarade épongier prit exemple sur lui,

Comme un mouton qui va dessus la foi d'autrui.

Voilà mon âne à l'eau; jusqu'au col il se plonge,

Lui, le conducteur, et l'éponge.

Tous trois burent d'autant l'ânier et le grison

Firent à l'éponge raison.

Celle-ci devint si pesante,

Et de tant d'eau s'emplit d'abord,

Que l'âne succombant ne put gagner le bord.

L'ânier l'embrassait, dans l'attente

D'une prompte et certaine mort.

Quelqu'un vint au secours qui ce fut, il n'importe;

C 'est assez qu'on ait vu par là qu'il ne faut point

Agir chacun de même sorte.

J'en voulais venir à ce point.

 

 

NOTES :

 

Son sceptre à la main: Manière burlesque de comparer

l’ânier à un petit roi.

Marchait comme un courrier: Le plus rapidement possible, à

la manière d’un courrier qui doit porter ses dépêches dans

un laps de temps aussi court que possible.

Portait les bouteilles : marchait avec les précautions de

celui qui porte un objet fragile.

Sur l’eau : à la surface de l’eau.

Echappa : se tira de se mauvais pas.

La nagée est un néologisme inventé par La Fontaine et qui

ne sera plus employé après lui. Ce terme est construit

comme brassée, enjambée,...

Epongier: Encore un néologisme de La Fontaine (comme

besacier, par exemple).

Comme un mouton...: L’allusion à Rabelais et aux fameux

moutons de Panurge est claire (lire, pour le plaisir, « Le

Quart-Livre », chapitre 7 « Continuation du marché entre

Panurge et Dindenault » et chapitre 8 - « Comment Panurge

feist en mer noyer le marchant et les moutons »).

Col: Ancien mot pour « cou ».

D’autant : familier : beaucoup. Oserais-je risquer « jusqu’à

plus soif » ?

Le grison: Mot courant chez La Fontaine pour dire l’âne.

L'embrassait: Le tenait dans ses bras.

 

 

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10:25 Publié dans FABLES | Commentaires (1)

16/01/2012

EXTRAIT DU GRATUIT "L'1VISIBLE"

 

La foi : un pari ou un acte raisonnable?

 

 

LILI-SANS-GÊNE.jpg

 


Débat. Beaucoup de non-croyants pensent que si l’existence de Dieu ne peut être prouvée, avoir la foi est absurde. Faut-il vraiment débrancher son cerveau pour croire ou y a-t-il des raisons d’avoir la foi ?

Débat entre Monseigneur André-Joseph Léonard et Lili Sans-gêne.


Lili Sans-gêne : Comme disait Pascal, la foi est un pari. Dans l’Antiquité aussi, d’ailleurs, Tertullien, chrétien fervent, avait confessé : « Je crois parce que c’est absurde. » Alors, vous n’allez pas me faire croire que la foi respecte la raison et lui obéit !


Mgr A.-J. Léonard : Il est vrai que la foi va au-delà de la raison, si l’on entend par « raison » notre pouvoir de « mesurer » les choses. Or, je le reconnais, les affirmations de la foi dépassent ce que nous pouvons « mesurer » par notre raison. Ainsi, par exemple, l’affirmation que Dieu est Trinité ou que la résurrection de Jésus contient le salut du monde, ne dépasse pas seulement le pouvoir de la raison scientifique (comment ces vérités pourraient-elles être vérifiées scientifiquement ?) ; elle déborde même le champ de la raison philosophique, pourtant beaucoup plus large. Seule une parole venue de plus loin que notre raison et reçue précisément dans la « foi » peut dévoiler le mystère intime de Dieu. Je concède donc volontiers que la foi dépasse la raison. Mais cela ne veut pas dire qu’elle s’y oppose !


Lili Sans-gêne : Soyons sérieux : si la foi déborde la raison humaine, elle ne peut être qu’une illusion, un mythe, consolant peut-être, mais sans rapport avec la réalité.


A.-J.L. : Pas du tout ! Je dirais même qu’il est heureux que, sans être absurde pour autant (Tertullien y allait un peu fort pour provoquer son public !), la foi dépasse la raison. En effet, pour reprendre un autre mot de Pascal : « L’homme passe infiniment l’homme. » Cela signifie que seul ce qui nous dépasse est capable de nous satisfaire, seul ce qui passe notre mesure est vraiment à notre mesure. Regardez les animaux : quand ils ont à disposition les quelques ressources naturelles dont ils ont besoin pour vivre, ils sont paisiblement repus. Jamais d’angoisse existentielle pour eux ! L’homme, au contraire, n’est pas facilement rassasié. Tiraillé entre la pesanteur de son animalité et sa soif insatiable d’absolu, il ne lui suffit pas d’être simplement l’homme qu’il est pour être vraiment humain. Il y a plus en lui, si bien que ce qui est à sa simple mesure n’est pas en mesure de le combler. Si l’homme peut s’achever, ce ne sera donc qu’au-delà de lui-même !


Lili Sans-gêne : Peut-être… Mais alors, il suffit que je vous fasse miroiter des merveilles dépassant toute mesure humaine pour que vous y croyiez ! Votre foi me paraît bien crédule…


A.-J.L. : La foi, c’est comme l’amour. Même si l’amour est plus qu’une question de clairvoyance rationnelle, son idéal n’est pas d’être aveugle. Il n’est pas un pari sans fondement ! Celui qui aime authentiquement sait pourquoi il aime, même si son amour déborde ce savoir. Bref, si « le coeur a [bien] ses raisons que la raison ne connaît pas » (pour citer encore Pascal), justement, ces raisons du coeur, bien que différentes de la pure raison, sont encore... des raisons. La même chose vaut pour la foi religieuse : pour être digne de l’homme et de sa raison, elle doit avoir des raisons d’affirmer ce qui dépasse le pouvoir de la simple raison.


Lili Sans-gêne : Vous voulez me faire croire qu’il y a des raisons de croire que Dieu existe…


A.-J.L. : Je suis de ceux qui pensent qu’à partir de ses conditions initiales, l’univers s’est développé de lui-même, sans intervention du Créateur, mais en produisant cependant de la pensée. D’abord de la pensée « objective », à savoir la prodigieuse intelligibilité des lois de la nature physique, puis de l’organisation de la vie. Nous décodons progressivement cette pensée « objective » grâce aux sciences de la nature : physique, chimie, biologie, etc. Et finalement, l’univers a produit un animal original, capable de s’intéresser à la nature et à ses lois, porteur, cette fois, d’une pensée « subjective », c’est-à-dire en mesure de réfléchir et d’être conscient de soi. Diverses questions se posent donc : d’où cet « atome primitif » tire-t-il son existence et ses conditions initiales ? Comment est-il possible qu’une pensée « objective » existe sans le support, fût-il lointain, d’un « sujet » pensant, et ce alors que l’homme biologique et sa pensée n’existent pas encore ? Le fait que l’univers finisse par produire ainsi un être capable de le penser (l’homme capable de la science) ne suggère-t-il pas que le cosmos a finalement son origine dans une Pensée précédant la nôtre ? Il est raisonnable et éclairant d’affirmer, en réponse à ces questions, l’existence d’un Dieu créateur. D’autres esprits sont davantage sensibles à l’énigme constituée par notre conscience morale. Chacun de nous entend en quelque sorte au fond de lui-même une voix, à la fois intime et impérieuse, qui lui dit : « Ceci est bien ; fais-le » ou « Ceci est mal ; ne le fais pas ». La présence de cette instance intime qui, simultanément, nous est intérieure et nous dépasse, suggère, elle aussi, qu’il y a une autre Pensée et une autre Volonté avant les nôtres. C’est une autre raison pertinente d’affirmer Dieu, non seulement comme Créateur de l’univers, mais comme Source ultime de la loi morale.


Lili Sans-gêne : De là à croire en un Dieu d’amour qui s’est incarné en Jésus Christ : le pas est difficile à franchir !


A.-J.L. : La raison n’est pas seulement scientifique, mais aussi historique. Or la foi en Jésus, vrai homme et vrai Dieu, est la seule manière de rendre vraiment compte de l’origine des textes du Nouveau Testament, des faits dont ils sont l’écho et du surgissement historique de l’Église grâce à la prédication des apôtres. Je sais qu’il n’est pas aisé de croire en un homme qui serait le Fils de Dieu fait chair, crucifié et ressuscité, mais, sans cette foi, on se trouve devant une énigme insurmontable : la naissance de l’Église à partir d’hommes peu perspicaces et poltrons, et désormais capables de défier les autorités religieuses de leur peuple et le pouvoir politique de Rome. Le genre littéraire des évangiles et des lettres de Paul est également un rébus sans solution s’il n’y a pas, à la base, la figure du Christ, si complexe et en même temps si cohérente, mais pas d’une cohérence construite en chambre par un écrivain. La cohérence de la figure du Christ ne peut pas être de simple facture humaine.

Quant à Dieu, quel pauvre Dieu il serait, de quelle Pensée infirme et de quelle Volonté étriquée il serait doué, s’il ne pouvait être un Dieu d’amour ! Dans ce cas, le moindre de nos saints et saintes serait plus divin que lui... Étrange Dieu créateur, pauvre en amour, qui serait dépassé par ses créatures ! En faisant preuve du plus grand amour, Jésus nous a révélé le visage d’amour de son Père, selon sa parole : « Qui me voit, voit le Père. »

ALLER PLUS LOIN LES RAISONS DE CROIRE

André Léonard, Le Sarment, 2010

www.monseigneur-leonard.be



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10:29 Publié dans RELIGION | Commentaires (2)

 
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