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24/12/2011

"VENEZ, DIVIN MESSIE!" : QUE SIGNIFIE CE MOT

 

 

Jésus et la Samaritaine (Rembrandt).jpg
Jésus et la Samaritaine (Rembrandt)

 

Que signifie le mot messie ?

 

Le mot « messie », dérivé de l’adjectif hébreu « mashiah » ou araméen « meshiha », signifie « oint » (d’huile). Le mot Christ, transcrit du grec « christos », a exactement le même sens.

L’huile est réputée tout pénétrer, même la pierre. Dans l’Ancien Testament, l’onction d’huile est le signe de la pénétration de l’Esprit du Seigneur investissant un personnage, le consacrant pour une mission. Le rite s’applique par excellence au roi, « Oint du Seigneur». Saül, David, Salomon et ceux de leurs descendants qui accèdent au pouvoir reçoivent cette onction. Même le roi perse Cyrus est appelé messie car il sert le dessein de Dieu sur le peuple élu (Is 45, 1). Parmi les prophètes Élisée a été oint par Élie (1 R 19, 16) et chez Isaïe (Is 61, 1-2) c’est le Seigneur qui donne l’onction par son Esprit. Quant au Grand Prêtre, il ne recevra l’onction spéciale qu’après l’Exil à Babylone : en l’absence de roi, il devient alors chef de la communauté et assume certaines prérogatives royales.

 

Qu’espéraient les Juifs ?

 

La prophétie de Nathan au roi David a fixé l’espérance d’Israël sur la dynastie davidique : « C’est lui qui bâtira une Maison pour mon Nom et j’établirai à jamais son trône royal. Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils » (1). Chaque roi issu de la lignée de David est alors le messie par qui Dieu veut accomplir son dessein (2).

Mais au VIe siècle av. J.-C., la chute de Jérusalem, l’Exil à Babylone, la captivité du roi messie détenu par les païens plongent les Juifs dans le désarroi et les forcent à changer de regard. Malgré les espoirs de restauration suscités un temps par Zorobabel, descendant de David, le peuple juif n’aura plus de messie royal à sa tête.

Entre-temps les prophètes, critiquant les infidélités de certains rois, avaient commencé à réorienter l’espérance d’Israël vers un Roi futur. C’est à partir de leurs promesses que le « messianisme royal » se développe après l’Exil. Les psaumes royaux sont réinterprétés pour chanter non plus l’Oint présent, mais l’Oint futur, sa gloire à venir, ses luttes, ses victoires…On relit le chapitre 11 d’Isaïe, la prophétie sur la « souche de Jessé » (père de David), qui annonce l’avènement idyllique d’un descendant de David sur qui reposera l’Esprit du Seigneur, et dont la venue s’accompagnera d’une harmonie universelle, à jamais établie. Israël attend désormais les « temps messianiques ».

 

Comment s’exprime l’attente messianique à l’époque du Nouveau Testament ?

 

Au premier siècle av. J.-C., l’attente d’un Messie (devenu un nom propre), descendant de David, est très vive chez les Juifs. Mais elle revêt des formes très diverses. La plupart du temps, le Messie attendu est placé sur le même plan que les anciens rois d’Israël. Son rôle est conçu sous un angle au moins autant politique que religieux. Les Juifs espèrent une restauration temporelle et la libération de l’occupant romain, installé depuis 63 avant J.-C.

L’espérance est aussi géographique : au temps du Messie, les Israélites dispersés dans le monde devraient être réunis dans leur pays et Jérusalem rassembler les nations (Za 14, 1-9). Dans les cercles esséniens (Qumrân), marqués par l’influence des prêtres, on attend la venue de deux Messies : un Messie prêtre, le plus important, et un Messie roi, chargé des tâches temporelles.

L’eschatologie juive (annonce des temps derniers) fait aussi la part belle à la venue du Royaume de Dieu. Elle évoque un personnage attendu sous les traits tantôt du Serviteur de Yahweh (serviteur souffrant d’Isaïe), tantôt du Fils de l’Homme venu sur les nuées du ciel (Dn 7, 13)… L’attente du Messie est donc multiforme à l’époque de Jésus.

 

En quoi Jésus est-il le Messie ?

 

Bouleversés par les premiers actes de la vie publique de Jésus, ses disciples et même les foules s’interrogent : n’est-ce pas le Messie ? N’est-il pas le Fils de David ? Jésus se laisse appeler Fils de David, mais ne se donne pas à lui-même le titre de Messie. Il ne le refuse pas mais il interdit plusieurs fois à ses interlocuteurs de le citer. Dès le récit de son baptême, il est dit que l’Esprit Saint descend sur lui et qu’une voix céleste le nomme « Fils bien aimé », ce qui pour des oreilles juives signifie son intronisation messianique. L’onction de l’Esprit est mentionnée à la synagogue de Nazareth (Lc 4, 16-21) où Jésus lit et s’approprie la prophétie d’Isaïe sur la bonne nouvelle annoncée aux pauvres (Is 61). De la crèche au crucifiement, Isaïe, mais aussi Jérémie, Michée, Zacharie, Malachie sont cités par les évangélistes pour attester que Jésus réalise les Écritures et inaugure le Règne de Dieu promis par les prophètes. Ses disciples, notamment Pierre, le reconnaissent ouvertement comme le Messie (Mc 8, 29). Avec l’entrée triomphale à Jérusalem le jour des Palmes, puis les discours dans le Temple, l’identité messianique de Jésus ne fait plus de doute. Il la reconnaît devant le grand prêtre et sa confession de « Fils de l’Homme siégeant à la droite du Tout Puissant » entraînera sa condamnation (Mc 14, 62).

 

Comment a-t-il transformé l’attente messianique ?


Si Jésus est bien pour les chrétiens le Messie annoncé par les prophètes, il a largement purifié la conception messianique de ses disciples. Ceci explique son attitude réservée, au début de sa vie publique, à l’égard des titres de Messie et de Roi que voulaient lui attribuer les foules.

Jésus inaugure un concept nouveau de Royaume, à l’opposé des royautés temporelles : « Mon royaume n’est pas de ce monde » répond- il à Pilate au cours de son procès (Jn 18, 36-37). « Jésus, par son annonce et, avec tout ce qu’il a accompli, avait inauguré un règne non politique du Messie (…). Mais cette séparation entre politique et foi, entre peuple de Dieu et politique, appartenant à l’essence de son message, n’était possible, en définitive, qu’à travers la croix. C’est seulement à travers la perte vraiment absolue de tout pouvoir extérieur, à travers le dépouillement radical de la croix (…) qu’apparaît la nouvelle manière par laquelle Dieu domine dans le monde », écrit Benoît XVI (3). Le destin du Messie rejoint celui du Serviteur souffrant d’Isaïe, le Fils de l’Homme n’entre dans sa gloire que par le sacrifice de sa vie. Un monde nouveau commence dans lequel humiliation et exaltation s’entremêlent. « Tout au long de l’histoire les hommes regardent le visage déformé de Jésus et reconnaissent précisément en lui la gloire de Dieu.»

BÉATRICE BAZIL

(1) La prophétie de Nathan (2 S 7, 9-16)

sera lue le 24 décembre à la messe du jour.

(2) cf. le Vocabulaire de Théologie Biblique,

article « Messie », Éd. du Cerf.

(3) Benoît XVI, Jésus de Nazareth 2e partie,

Éd. du Rocher 2011.

 

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11:13 Publié dans RELIGION | Commentaires (0)

23/12/2011

NOËL AVEC LES POÈTES

 

 

Crêche dos Congregados,BRAGA(porte de tabernacle).jpg
Crèche sculptée sur la porte d'un tabernacle. BRAGA (Portugal)

 

Marie Noël


Au bout des faubourgs là-bas,
Hors de ville est la chaumine
A tout le monde. Un boeuf las
Y dort - ou bien il rumine -
Entre là qui veut. Les fous,
Les rôdeurs, les rien qui vaille,
Les faiseurs de mauvais coups
Par terre ont usé la paille
Et laissé dedans leurs poux.

Le vent de la nuit déserte
Y pénètre tout transi.
La porte en est grande ouverte,
Les murs et le toit aussi.
Mais qui donc s'arrête ici,
Ce soir ? ... Une femme lasse,
Un vieux, un âne peureux...
Il ne reste pas de place
Sous les autres toits pour eux.

Pour loger à la froidure
Ils ne sont guère exigeants.
Ils n'ont pas belle figure,
Ils n'ont pas beaucoup d'argent ;
Ils n'ont pas grand'couverture.
Mais ô ciel, quelle aventure !
Voici qu'en ce pauvre lieu,
Ces pauvres gens sur la dure
A minuit ont couché Dieu,

Dieu, le Roi des Cieux, qui passe

Sa nuit sur la terre basse.

Marie Noël, extrait de "Noël et morale aux maisons sur la prudence", Le Rosaire des joies, Stock, 1930.

 

NOTE : Marie Noël, de son vrai nom Marie Rouget, est une poétesse et écrivain française, née le 16 février 1883 à Auxerre, décédée le 23 décembre 1967. Elle est officier de la Légion d'honneur.

 

Elle est née dans une famille très cultivée et peu religieuse. Elle resta célibataire et s’éloigna très peu de sa ville natale. Sa vie ne fut pas si lisse pour autant : un amour de jeunesse déçu (et l’attente d’un grand amour qui ne viendra jamais), la mort de son jeune frère un lendemain de Noël (d’où son pseudonyme), les crises de sa foi... tout cela sous-tend une poésie aux airs de chanson traditionnelle. À sa mort, elle lègue son œuvre à la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne. Cette société savante (fondée en 1847) gère et étudie son œuvre à travers de nombreuses publications.

 

Femme passionnée et tourmentée, elle n'est souvent connue que pour ses œuvres de « chanson traditionnelle », au détriment de ses écrits plus sombres, dont la valeur littéraire et la portée émotive sont pourtant bien plus fortes. Citons à titre d'exemple le poème pour l'enfant mort, véritable « hurlement » (titre d'un autre de ses poèmes) d'une mère écartelée entre sa souffrance quasi animale et sa foi en Dieu, appelant à l'acceptation (Marie Noël était profondément catholique). Le déchirement entre foi et désespoir, qui culmine dans un cri blasphématoire aussitôt repenti, est ici particulièrement poignant.

 

Elle fut une grande amie de Léon Noël (1888-1987), homme politique français, Ambassadeur de France, Président du Conseil Constitutionnel (sans lien de parenté).

 

Elle a obtenu en 1962 le Grand Prix de poésie de l'Académie française.

 

 

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10:36 Publié dans POÉSIE | Commentaires (1)

20/12/2011

2012: 600ème ANNIVERSAIRE DE JEANNE D'ARC

Jeanne 2012.jpg
Le P.EYCHENNE, entouré des "Jeanne" 2011 et 2012

 

 

LE DIOCÈSE D’ORLÉANS


S’ASSOCIE AUX FESTIVITÉS


DU CENTENAIRE


Bonjour

Pour l’année du 600è anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, les fêtes seront organisées non plus sur quelques jours mais tout au long de l’année. Des temps forts de commémorations respecteront la tradition, et la Mairie d'Orléans s’attachera également à moderniser ces fêtes afin de fédérer toutes les générations : exposition virtuelle, ciné-jardins, son et lumière, set électro, …

Ci-joint un texte de notre évêque sur Jeanne, figure de croyante toujours actuelle.

En 2012, les festivités débuteront avec la cérémonie de la remise de l’épée le vendredi soir 6 janvier à la cathédrale d’Orléans, date communément admise pour l’anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc

C’est la première fois de l’Histoire que la cérémonie de la remise de l’épée prendra place dans la Cathédrale Sainte-Croix.

Cette cérémonie, exceptionnellement ouverte au public, se déroulera en trois temps.

21 heures, un cortège, installé place du Martroi, et composé de chevaliers, de tambours, de cornemuses, de porteurs de torche en costumes moyenâgeux, de chevaux, d’hommes d’armes et de Jeanne d’Arc 2011 à cheval tractant une coupe de lumière, se dirigera vers la place Sainte-Croix (le cortège se compose de professionnels, mais également de figurants et de musiciens issus d’associations locales).

Vers 21h20, le cortège prendra possession du parvis de la Cathédrale, attendu par les autorités civiles, militaires, et religieuses. D’anciennes Jeanne d’Arc seront également présentes. C’est à ce moment qu’apparaitra Jeanne d’Arc 2012, sortant de la Cathédrale.

Vers 21h30, entrée dans la Cathédrale. Des chants et des discours se succèderont

Vers 22h20, le cortège se formera de nouveau pour regagner la place du Martroi.

L’accès à la Cathédrale sera libre et gratuit dans la limite des places disponibles. Jusqu’à 1800 personnes pourront entrer, dont environ 900 places assises.

Sur http://www.orleans.catholique.fr/ : découvrez le visage de Pauline Finet, la jeune fille qui incarnera Jeanne en 2012

Belles fêtes de Noël !

Jean-Pierre EVELIN

Délégué à la Communication

Diocèse d'Orléans

 

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MESSAGE DE Mgr BLAQUART

POUR LE CENTENAIRE

DE JEANNE D'ARC

 

Jeanne : une croyante toujours actuelle
Le 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc est pour nous, catholiques, l’occasion de mieux honorer une Sainte qui a tant marqué notre ville d’Orléans et l’histoire de notre pays.
- Nous le ferons en allant, en pèlerinage à Domrémy, le lieu de naissance de Jeanne les 17et 18 Février prochain.
- Pendant la semaine johannique, un spécialiste des Saints, connaissant bien Jeanne d’Arc, le Père François-Marie Léthel, qui a prêché la retraite spirituelle cette année au Vatican, donnera une conférence à Orléans.
Jeanne est-elle vraiment connue ? Régulièrement, elle est utilisée à des fins commerciales ou politiciennes, sa vie romancée ou arrangée selon les besoins d’un film ou d’une idéologie. En réalité, pour qui a lu les documents historiques, notamment les deux procès de condamnation et de nullité (avec pour ce dernier 115 témoignages de gens qui l’ont connu), Jeanne y apparaît profondément humaine, pleine de bon sens et de répartie. Son courage, sa pureté, son sens de la vérité, son désir d’une paix entre tous, son attention aux autres, sa compassion envers ses ennemis, sont autant de facettes d’une jeune fille de Lorraine profondément chrétienne, qui savait de Dieu qu’elle avait une mission à remplir, pour le bien de tous, quoi qu’il lui en coutât.
Devant Jeanne d’Arc, nous ne pouvons qu’être admiratifs et humbles. Elle nous interroge tous : responsables civils, militaires, religieux, et tout un chacun, qu’il soit croyant ou non. Elle est à tous et n’appartient à personne.
« La fille la plus sainte après la Sainte Vierge », disait Péguy, nous renvoie à notre conscience, aux fondements de nos engagements et à la pureté de nos actes.
+ Jacques BLAQUART
évêque d’Orléans pour le Loiret

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17:40 Publié dans ACTUALITÉ | Commentaires (0)

19/12/2011

L'AVENT AVEC LE PAPE (III)

Crêche de Noël.jpg

 

Troisième prédication

de l'Avent,

par le P. Cantalamessa

ROME, dimanche 18 décembre 2011 (ZENIT.org) – Le P. Raniero Cantalamessa, ofmcap. a évoqué, notamment, le rôle des religieux dans la nouvelle évangélisation dans sa troisième prédication de l’Avent, vendredi matin 16 décembre, au Vatican , en la chapelle Redemptoris Mater, en présence de Benoît XVI (cf. Zenit des 2 et 9 décembre 2011 pour les deux premières prédications).

Après avoir traité, le 2 décembre de la « première vague » de l’évangélisation, le prédicateur de la Maison pontificale a traité, le 9 décembre, des « invasions barbares », il a évoqué, ce 16 décembre, « la première évangélisation du continent américain » et justement le rôle des religieux dans l’annonce de l’Evangile sur le nouveau continent.

Voici le texte intégral de cette troisième prédication :

« JUSQU’AUX CONFINS DE LA TERRE »

La première évangélisation du continent américain

1. La foi chrétienne franchit les eaux de l’océan

Il y a quatre jours, le 12 Décembre, le continent américain célébrait la fête de Notre Dame de Guadalupe qui est aussi jour férié obligatoire au Mexique. Une heureuse coïncidence pour parler, dans cette méditation, de la troisième grande vague d’évangélisation. Celle qui, dans l’histoire de l’Eglise, a suivi la découverte du nouveau monde.

Rappelons les grandes lignes de cette aventure missionnaire. Mais tout d’abord, une observation. L’Europe chrétienne, en même temps que sa foi, a aussi exporté sur le nouveau continent ses propres divisions. A la fin de la grande vague missionnaire, le continent américain reproduira exactement la situation qui était en cours en Europe: à un Sud majoritairement catholique correspondra un Nord majoritairement protestant. Nous, ici, nous nous occuperons uniquement de l’évangélisation de l’Amérique Latine, ne serait-ce que parce que celle-ci a lieu la première, aussitôt après la découverte du nouveau monde.

Dès que Christophe Colomb, en 1942, rentre de son voyage avec la nouvelle de l’existence de nouvelles terres (que l’on croyait encore faire partie de l’Inde), partent deux décisions de l’Espagne catholique: apporter la foi chrétienne aux nouveaux peuples et étendre à ces derniers sa souveraineté politique. Pour cela, il a fallu obtenir du pape Alexandre VI la décision de reconnaître à l’Espagne des droits sur toutes les nouvelles terres, cent mille au-delà des Açores, et au Portugal celles se trouvant en deçà de cette ligne. Ligne qui sera ensuite déplacée en faveur du Portugal, pour légitimer sa possession du Brésil. Les nouveaux contours du futur continent latino-américain, au plan linguistique aussi, commencent ainsi à se dessiner.

A chaque entrée de village, les troupes lancent une injonction (requerimiento), selon laquelle les habitants ont l’ordre de s’allier au christianisme et de reconnaître la souveraineté du roi d’Espagne . Seuls quelques grands esprits, en premier lieu les dominicains Antonio de Montesino et Bartholomée de Las Casas, ont le courage d’élever la voix contre les abus des conquérants et pour les droits des autochtones. En un peu plus d’une cinquantaine d’années, le continent, à cause également de la faiblesse et des divisions des royaumes locaux, passe sous domination espagnole et devient, du moins nommément, chrétien.

Comparé à autrefois, les historiens d’aujourd’hui tendent à moins noircir l’action des missionnaires. On fait tout d’abord remarquer que, contrairement à ce qui se passera avec les tribus « indiennes » du nord de l’Amérique, la plupart des peuples aborigènes d’Amérique latine, quoique décimés, ont survécu avec leur propre langue et sur leur propre territoire, jusqu’à reprendre et réaffirmer par la suite leur identité et leur indépendance. Mais il faut aussi tenir compte du conditionnement auquel étaient soumis ces missionnaires, du fait de leur formation théologique. Suivant à la lettre et de manière rigide le dicton « Extra Ecclesiam nulla salus », ceux-ci étaient convaincus que, pour s’assurer le salut éternel, il leur fallait baptiser le plus de monde possible et dans un laps de temps le plus bref possible.

Cet axiome a beaucoup pesé sur l’évangélisation et mérite donc qu’on s’y arrête un instant. Il a été formulé au IIIe siècle par Origène, mais surtout saint Cyprien. Au début, il ne s’agit pas du salut des non-chrétiens mais des chrétiens. Il s’adresse en effet exclusivement aux hérétiques et aux schismatiques de l’époque, pour leur rappeler qu’en rompant la communion ecclésiale, ils se rendent coupables d’une grave faute, s’excluant d’eux-mêmes du salut. Cela est donc dirigé contre ceux qui sortent de l’Eglise, et non pas contre ceux qui refusent d’y entrer.

C’est dans un deuxième temps seulement, quand le christianisme devient religion d’Etat, que l’axiome commence à être appliqué aux païens et juifs, en se fondant sur la conviction alors commune (même si objectivement fausse) que le message était désormais bien connu par tout le monde et que le refuser signifiait donc se rendre coupables et mériter une condamnation,

C’est précisément après la découverte du nouveau monde que ces limites géographiques se rompent de manière drastique. La découverte de peuples entiers vivant en dehors de tout contact avec l’Eglise oblige de revoir cette interprétation si rigide de l’axiome. Les théologiens dominicains de Salamanque et, par la suite, les jésuites, se mettent à adopter une position critique, reconnaissant qu’il est possible d’être en dehors de l’Eglise, sans être nécessairement coupables et donc exclus du salut. Plus encore, face à la manière et aux méthodes inacceptables avec lesquelles l’Evangile était parfois annoncé aux indigènes, quelqu’un, pour la première fois, se posa le problème de savoir s’il est juste de considérer coupables tous ceux qui, tout en ayant eu connaissance de l’annonce chrétienne, n’y adhèrent pas .

2. Protagonistes, les religieux

Certes, ce n’est pas ici le bon endroit pour porter un jugement historique sur la première évangélisation de l’Amérique latine. A l’occasion de son cinquième centenaire, en mai 1992, cette question a fait l’objet d’un symposium international d’historiens ici, à Rome. Dans son discours aux participants, Jean-Paul II dit : « Dans cette évangélisation, comme dans chaque œuvre de l’homme, il y a eu, sans doute, des réussites et des erreurs, des ombres et des lumières; mais plus de lumières que d’ombres, à en juger aux résultats que nous voyons après 500 ans: une église vive et dynamique qui représente aujourd’hui une partie importante de l’Eglise universelle » .

D’un autre côté, certains, à l’ occasion de ce même centenaire, parlent de la nécessité d’une « déculturation » et d’une « dé-évangélisation », donnant ainsi l’impression de préférer que l’évangélisation du continent n’ait pas eu lieu du tout, plutôt que d’avoir eu lieu de la façon que l’on connaît. Avec tout le respect dû à l’amour que ces auteurs portent aux peuples latino-américains, je crois qu’une telle opinion est à rejeter énergiquement.

Au lieu d’un monde sans péché mais sans Jésus-Christ, la théologie a montré qu’elle préférait un monde avec le péché mais avec Jésus-Christ. « Ô heureuse faute qui nous a valu un tel et si grand rédempteur », s’écrie la liturgie la nuit de Pâques. Ne devrions-nous pas dire la même chose de l’évangélisation des deux Amériques, du Sud et du Nord ? A un continent sans les « ombres et erreurs » qui ont accompagné son évangélisation, mais aussi sans Christ, qui ne préfèrerait pas un continent avec ces ombres, mais avec le Christ ? Quel chrétien, de droite ou de gauche (surtout s’il est prêtre ou religieux) pourrait dire le contraire sans manquer, pour cela même, à sa propre foi?

J’ai lu quelque part cette affirmation que je partage entièrement: « La plus grande chose qui soit arrivée en 1492, ce n’est pas que Christophe Colomb ait découvert l’Amérique, mais que l’Amérique ait découvert Jésus-Christ ». Ce n’était pas, il est vrai, le Christ intégral de l’Évangile pour lequel la liberté est la condition même de la foi, mais qui peut prétendre être le porteur d’un Christ libre de tout conditionnement historique? Ceux qui proposent un Christ révolutionnaire, contestataire des structures, directement engagé dans la lutte, voire même politique, n’oublieraient-ils pas eux aussi quelque chose du Christ, par exemple son affirmation : « mon royaume n’est pas de ce monde » ?

Si dans la première vague évangélisatrice les acteurs principaux sont les évêques et dans la deuxième vague les moines, dans cette troisième vague, les protagonistes indiscutables sont les frères, soit les religieux des ordres mendiants, d’abord les franciscains, les dominicains, les augustins, puis dans un deuxième temps les jésuites. Les historiens de l’Eglise reconnaissent qu’en Amérique latine « les membres des ordres religieux ont eu un rôle déterminant dans l’histoire des missions et des Eglises » .

Le jugement de Jean-Paul II - « les lumières sont plus grandes que les ombres » -, dont nous parlions, vaut surtout pour eux. Il ne serait pas honnête de méconnaître le sacrifice personnel et l’héroïsme de tant de ces missionnaires. Les conquérants étaient animés d’un esprit d’aventure et ils étaient assoiffés de gain, mais eux ? A quoi pouvaient-ils s’attendre, en quittant leur patrie et leurs couvents ? Ils n’allaient pas pour prendre, mais pour donner; ils voulaient conquérir des âmes au Christ, non des sujets pour le roi d’Espagne, même s’ils partageaient l’enthousiasme patriotique du moment.

En lisant les histoires liées à l’évangélisation d’un territoire, on voit combien les jugements généraux sont injustes et loin de la réalité. Cela m’est arrivé personnellement en lisant, sur place, la chronique du début de la mission au Guatemala et dans les régions voisines. Ce sont des histoires de sacrifices et de péripéties inénarrables. Parmi les 20 dominicains partis pour le nouveau monde et se dirigeant vers les Philippines, 18 ont péri durant le voyage.

En 1974 a lieu le synode sur « l’évangélisation dans le monde contemporain ». Dans des notes manuscrites, ajoutées au document final, Paul VI écrit :

« Ce qui est dit dans le document pour les religieux suffit-il ? Ne faudrait-il pas ajouter un mot sur le caractère volontaire, entreprenant, généreux de l’évangélisation des religieux et des religieuses? Leur évangélisation doit dépendre de la hiérarchie et se faire en coordination avec elle, mais l’originalité, le génie, le dévouement, souvent à l’avant-garde et à leur risque total, sont à louer ».

Cette reconnaissance s’applique tout à fait aux religieux qui ont évangélisé l’Amérique latine. Il suffit de penser à certaines de leurs réalisations, comme les fameuses « réductions » des Jésuites au Paraguay, soit les villages où les « Indios » chrétiens, à l’abri des abus de l’autorité civile, pouvaient s’instruire dans la foi, et exploiter leurs talents humains.

3. Les problèmes actuels

Maintenant, comme d’habitude, essayons d’arriver au temps présent et de voir ce que nous dit l’histoire, à partir de l’expérience missionnaire de l’Eglise que nous venons de reconstruire sommairement. Les conditions sociales et religieuses du continent ont si profondément changé que plus que d’insister sur ce que nous pouvons apprendre ou désapprendre de cette époque, il convient plutôt de réfléchir au travail d’évangélisation actuel sur le continent latino-américain.

Sur cette question, il y a eu et il existe toujours une telle quantité de réflexions et de documents venant du Saint-Siège, du CELAM et de chaque Eglise locale, qu’il serait prétentieux de ma part de penser pouvoir ajouter quelque chose de nouveau. Néanmoins, je peux faire part de quelques unes de mes réflexions à partir de mon expérience dans le domaine, ayant eu l’occasion de prêcher lors de retraites de conférences épiscopales, du clergé et du peuple dans presque tous les pays d’Amérique latine dont, pour certains, à plusieurs reprises. D’autant plus que les problèmes qui se posent, dans ce domaine, en Amérique latine, ne sont en fait pas si différents que ceux du reste de l’Eglise.

Une réflexion porte sur la nécessité de surmonter une polarisation excessive présente partout dans l’Eglise, mais particulièrement aiguë en Amérique latine, surtout dans les années passées : polarisation entre l’âme active et l’âme contemplative, entre l’Eglise de l’engagement social pour les pauvres et l’Eglise de l’annonce de foi. Devant chaque différence, nous sommes tentés instinctivement de choisir notre camp, exaltant l’une au mépris de l’autre. La doctrine des charismes nous épargne cette lutte. Le don de l’Eglise catholique est d’être, justement, catholique, autrement dit ouverte aux dons les plus divers qui viennent du même Esprit.

L’histoire des ordres religieux qui ont incarné des instances différentes et parfois opposées le montre bien : l’insertion dans le monde et la fuite du monde, l’apostolat parmi les érudits, comme les jésuites, et l’apostolat au milieu du peuple, comme les capucins. Il y a de la place pour les uns et pour les autres. Plus encore, nous avons besoin les uns des autres, car personne n’est en mesure de réaliser l’évangile intégral et de représenter le Christ et sa vie, sous toutes ses formes. Chacun devrait donc se réjouir que d’autres fassent ce que lui-même ne peut pas faire: qui cultive la vie spirituelle et l’annonce de la Parole sache qu’il y a ceux qui se consacrent à la justice et à la promotion sociale et vice versa. L’avertissement de l’Apôtre Paul reste valable : « Cessons une bonne fois pour toutes de nous juger les uns les autres! » (cf. Rm 14, 13).

Une seconde observation concerne le problème de l’exode de catholiques vers d’autres confessions chrétiennes. Il nous faut rappeler tout d’abord que l’on ne saurait qualifier indistinctement ces confessions de « sectes ». Avec quelques unes d’entre elles, y compris les pentecôtistes, l’Eglise catholique entretient depuis des années un dialogue œcuménique officiel, ce qu’elle ne ferait pas si elle les considérait de simples sectes.

La promotion de ce dialogue, au niveau local aussi, est ce qu’il y a de mieux pour désenvenimer le climat, isoler les sectes plus agressives et décourager la pratique du prosélytisme. Il y a quelques années, à Buenos Aires, a eu lieu une rencontre œcuménique de prière et de partage de la parole, à laquelle participaient l’archevêque catholique et les chefs d’autres Eglises, en présence de sept mille personnes. On voyait clairement la possibilité d’un nouveau rapport entre les chrétiens, bien plus constructif pour la foi et l’évangélisation.

Dans un de ses documents Jean-Paul II affirme que la diffusion des sectes oblige à s’interroger sur le pourquoi, sur ce qu’il manque à notre pastorale. La conviction que je me suis faite, sur la base de mon expérience – et pas seulement en l’Amérique latine – est la suivante : ce qui attire en dehors de l’Eglise ce ne sont certes pas les formes de piété populaire alternatives que la majorité des autres Eglises et les sectes rejettent au contraire et combattent. C’est une annonce, même partielle mais incisive, de la grâce de Dieu, la possibilité de vivre Jésus comme Seigneur et Sauveur personnel, faire partie d’un groupe qui prend en charge, personnellement, tes besoins, qui prie sur toi dans la maladie quand la médecine n’a plus rien à dire.

Si, d’un côté, on peut se réjouir que ces personnes aient rencontré le Christ et se soient converties, de l’autre il est triste que pour le faire ils aient senti le besoin de quitter leur Eglise. Dans la majorité des Eglises où ces frères arrivent, tout tourne autour de la première conversion et de l’acceptation de Jésus comme Seigneur. Dans l’Eglise catholique, grâce aux sacrements, au magistère, grâce à une spiritualité très riche, il y a l’avantage de ne pas s’arrêter à ce stade initial, mais d’aboutir à la plénitude et à la perfection de la vie chrétienne. Les saints en sont la preuve. Mais il faut que ce début, conscient et personnel, soit posé et, en cela, le défi des communautés évangéliques et pentecôtistes est un stimulant pour nous.

En cela le Renouveau charismatique se révèle plus que jamais, selon la parole de Paul VI, « une chance pour l’Eglise ». En Amérique latine, les pasteurs de l’Eglise sont en train de comprendre que le Renouveau charismatique n’est pas (comme certains l’ont cru au début) « une partie du problème » de l’exode des catholiques de l’Eglise, mais plutôt une partie de la solution au problème. Les statistiques n’ont jamais révélé combien de personnes, sont restées fidèles à l’Eglise ayant trouvé dans le Renouveau charismatique catholique ce que d’autres recherchaient ailleurs. Les nombreuses communautés issues du Renouveau charismatique, nonobstant quelque limite et même parfois quelque dérive, présentes dans toute initiative humaine, sont à l’avant-garde dans le service de l’Église et de l’évangélisation.

4. Le rôle des religieux dans la nouvelle évangélisation

J’ai dit que je ne voulais pas m’arrêter sur la première évangélisation. Une chose cependant mérite notre attention : l’importance des ordres religieux traditionnels en vue de l’évangélisation. C’est à eux que le bienheureux Jean-Paul II consacre sa Lettre apostolique à l’occasion du Ve centenaire de la première évangélisation du continent, sous le titre original « Los caminos del Evangelio ». La dernière partie de la lettre parle des « religieux dans la nouvelle évangélisation ». « Les religieux, écrit-il, qui ont été les premiers évangélisateurs – et qui ont contribué de manière si évidente à faire vivre la foi sur le continent -, ne peuvent manquer à cette convocation ecclésiale de la nouvelle évangélisation. Les divers charismes de la vie consacrée maintiennent le message de Jésus, présent et actuel en tout temps et tout lieux » .

C’est la vie communautaire, le fait d’avoir un gouvernement centralisé et des lieux de formation de haut niveau, qui a permis jadis aux ordres religieux de se lancer dans une aussi vaste entreprise missionnaire. Mais aujourd’hui qu’en est-il de cette force ? Parlant de l’intérieur de l’un de ces ordres anciens, je peux oser m’exprimer avec une certaine liberté. La chute rapide des vocations dans les pays occidentaux détermine une situation dangereuse : celle de dépenser la quasi totalité de son énergie pour satisfaire les exigences internes de sa propre famille religieuse (formation des jeunes, entretien des structures et des œuvres), sans beaucoup de forces vives à faire entrer dans le cercle plus vaste de l’Eglise. Donc, le repliement sur soi. En Europe, les ordres religieux traditionnels sont obligés de réunir plusieurs provinces en une et, douloureusement, de fermer une maison après l’autre.

La sécularisation est, certes, une des causes de la chute des vocations, mais elle n’est pas la seule. Il y a des nouvelles communautés religieuses qui attirent une foule de jeunes. Dans la lettre que je viens de citer, Jean-Paul II exhorte les religieux et religieuses d’Amérique latine à « évangéliser à partir d’une expérience de Dieu profonde ». Le point est là : « Une expérience de Dieu profonde ». C’est cela qui attire les vocations et créée les prémisses d’une nouvelle vague efficace d’évangélisation. Dans ce domaine, le dicton « nemo dat quod non habet », nul ne peut donner ce qu’il n’a pas, vaut plus que jamais.

Le supérieur provincial des capucins des Marches, qui est aussi mon supérieur, a écrit pour cette période de l’Avent une lettre à tous les frères. Il y lance un défi que toutes les communautés religieuses traditionnelles, je crois, feraient bien d’écouter:

« Toi qui lis ces quelques lignes, tu dois imaginer que « tu es l’Esprit Saint ». Oui, tu as bien compris : que tu es non seulement comblé d’Esprit Saint, mais que tu es l’Esprit Saint, la Troisième personne de la très sainte Trinité. Et, sous cette forme, pense que tu as le pouvoir d’appeler et d’envoyer un jeune sur une voie qui l’aide à s’acheminer vers la perfection de la charité, la vie religieuse pour dire les choses clairement. Aurais-tu le courage de l’envoyer dans ta fraternité, avec certitude et garantie que celle-ci peut être l’endroit qui l’aidera sérieusement à atteindre cette perfection de la charité dans la réalité de la vie de tous les jours? En d’autres termes : si un jeune homme venait vivre quelques jours ou quelques mois dans ta fraternité, partageant la prière, la vie fraternelle, l’apostolat … s’éprendrait-il de notre vie? »

A la naissance des ordres mendiants, dominicains et franciscains, au début du XIIIe siècle, les ordres monastiques en tirent eux aussi quelque bénéfice, faisant leur l’appel à une plus grande pauvreté et à une vie plus évangélique, tout en respectant leur charisme. Ne devrions-nous pas faire nous aussi la même chose aujourd’hui, nous les ordres traditionnels, vis-à-vis des nouvelles formes de vie consacrée suscitées dans l’Eglise?

La grâce de ces nouvelles réalités est multiforme, mais elle a un dénominateur commun qui s’appelle l’Esprit-Saint, la « nouvelle Pentecôte ». Après le concile presque tous les ordres religieux qui existaient avant ont revu et rénové leurs constitutions, mais déjà en 1981, le bienheureux Jean-Paul II avertissait: « Tout le travail de renouveau de l'Église que le Concile Vatican II a si providentiellement proposé et commencé … ne peut se réaliser que dans l'Esprit-Saint, c'est-à-dire avec l'aide de sa lumière et de sa puissance. » .

« L’Esprit-Saint, disait Bonaventure, va là « où il est aimé, où il est invité, où il est attendu » . Nous devons ouvrir nos communautés au souffle de l’Esprit qui renouvelle la prière, la vie fraternelle, l’amour pour le Christ et avec lui le zèle missionnaire. Regarder en arrière, nos propres origines, notre propre fondateur, certes, mais regarder aussi en avant.

En observant la situation des vieux ordres dans le monde occidental, la question qu’Ézéchiel entendit prononcer sur la vallée des ossements desséchés vient spontanément à l’esprit: « Ces ossements peuvent-ils revivre ? ». Les ossements arides dont on parle dans le texte ne sont pas ceux des morts, mais des vivants ; c’est le peuple d’Israël en exil qui dit : « Nos ossements sont desséchés, notre espérance est détruite, nous sommes perdus! » Ces sentiments affleurent parfois aussi en nous, nous membres d’ordres religieux de vieille date.

Nous connaissons la réponse, pleine d’espérance que Dieu donne à cette question: « Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous installerai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur : je l'ai dit, et je le ferai », parole du Seigneur ». Nous devons croire et espérer que s’avèrera aussi pour nous, et pour toute l’Eglise, ce qui est dit au terme de la prophétie: « L’esprit entra en eux ; ils revinrent à la vie, et ils se dressèrent sur leurs pieds : c'était une armée immense » (cf. Ez 37, 1-14).

Il y a quatre jours, comme je le disais au début, l’Amérique latine a célébré la fête de Notre Dame de Guadalupe. On discute beaucoup sur l’historicité des faits qui sont à l’origine de cette dévotion. Nous devons être d’accords sur ce que l’on entend par fait historique. Il y a beaucoup de faits qui se sont réellement passés, mais qui ne sont pas historiques car ce qui est « historique », au sens propre du terme, n’est pas tout ce qui s’est passé, mais uniquement ce qui, en plus de s’être passé, a influé dans la vie d’un peuple, a créé quelque chose de nouveau, a laissé une trace dans l’histoire. Et quelle trace que celle qui a été laissée par la Vierge de Guadalupe dans l’histoire religieuse du peuple mexicain et latino-américain!

Le fait que l’image de Marie, au début de l’évangélisation du continent américain, en 1531, soit apparue en impression sur le manteau, la tilma, de saint Diego sous les traits d’une jeune métisse, lui valant le nom de « Morenita », sur la colline de Tepeyac, au nord de Mexico, revêt une signification hautement symbolique. On ne pouvait dire de manière plus suggestive que l’Eglise, en Amérique latine, est appelée à se faire – et elle veut se faire – indigène avec les indigènes, créole avec les créoles, toute à tous.

P. Raniero Cantalamessa, ofmcap.

Traduction de l’italien par Zenit (Isabelle Cousturié)

 

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18/12/2011

4ème DIMANCHE DE L'AVENT

 

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Domingo IV do Advento

 

I LEITURA

 

Do II° LIVRO DE SAMUEL

 

Quando David já morava em sua casa e o Senhor lhe deu tréguas de todos os inimigos que o rodeavam, o rei disse ao profeta Natã: «Como vês, eu moro numa casa de cedro e a arca de Deus está debaixo de uma tenda». Natã respondeu ao rei: «Faz o que te pede o teu coração, porque o Senhor está contigo». Nessa mesma noite, o Senhor falou a Natã, dizendo: «Vai dizer ao meu servo David: Assim fala o Senhor: Pensas edifi car um palácio para Eu habitar? Tirei-te das pastagens onde guardavas os rebanhos, para seres o chefe do meu povo de Israel. Estive contigo em toda a parte por onde andaste e exterminei diante de ti todos os teus inimigos. Dar-te-ei um nome tão ilustre como o nome dos grandes da terra. Prepararei um lugar para o meu povo de Israel; e nele o instalarei para que habite nesse lugar, sem que jamais tenha receio e sem que os perversos tornem a oprimi-lo como outrora, quando Eu constituía juízes no meu povo de Israel. Farei que vivas seguro de todos os teus inimigos.

O Senhor anuncia que te vai fazer uma casa. Quando chegares ao termo dos teus dias e fores repousar com teus pais estabelecerei em teu lugar um descendente que há-de nascer de ti e consolidarei a tua realeza. Serei para ele um pai e ele será para Mim um fi lho. A tua casa e o teu reino permanecerão diante de Mim eternamente e o teu trono será firme para sempre». Palavra do Senhor.

 

SALMO RESPONSORIAL

 

Refrão: Cantarei eternamente as misericórdias do Senhor.

 

Cantarei eternamente as misericórdias do Senhor e para sempre proclamarei a sua fidelidade. Vós dissestes: «A bondade está estabelecida para sempre», no céu permanece firme a vossa fidelidade.

 

«Concluí uma aliança com o meu eleito, fiz um juramento a David meu servo: ‘Conservarei a tua descendência para sempre, estabelecerei o teu trono por todas as gerações’».

 

«Ele Me invocará: ‘Vós sois meu Pai, meu Deus, meu Salvador’. Assegurar-lhe-ei para sempre o meu favor, a minha aliança com ele será irrevogável».

 

II LEITURA

 

Leitura da Epístola do apóstolo São Paulo aos Romanos

 

Irmãos: àquele que tem o poder de vos confi rmar, segundo O meu Evangelho e a pregação de Jesus Cristo - a revelação do mistério encoberto desde os tempos eternos mas agora manifestado e dado a conhecer a todos os povos pelas escrituras dos Profetas segundo a ordem do Deus eterno, para que eles obedeçam à fé - a Deus, o único sábio, por Jesus Cristo, seja dada glória pelos séculos dos séculos. Amen. Palavra do Senhor.

 

EVANGELHO

 

Evangelho de Nosso Senhor Jesus Cristo segundo S. Lucas

 

Naquele tempo, o Anjo Gabriel foi enviado por Deus a uma cidade da Galileia chamada Nazaré, a uma Virgem desposada com um homem chamado José, que era descendente de David. O nome da Virgem era Maria. Tendo entrado onde ela estava, disse o Anjo: «Ave, cheia de graça, o Senhor está contigo». Ela ficou perturbada com estas palavras e pensava que saudação seria aquela. Disse-lhe o Anjo: «Não temas, Maria, porque encontraste graça diante de Deus. Conceberás e darás à luz um Filho, a quem porás o nome de Jesus. Ele será grande e chamar-Se-á Filho do Altíssimo. O Senhor Deus Lhe dará o trono de seu pai David; reinará eternamente sobre a casa de Jacob e o seu reinado não terá fi m». Maria disse ao Anjo: «Como será isto, se eu não conheço homem?» O Anjo respon deu-lhe: «O Espírito Santo virá sobre ti e a força do Altíssimo te cobrirá com a sua sombra. Por isso o Santo que vai nascer será chamado Filho de Deus. E a tua parenta Isabel concebeu também um filho na sua velhice e este é o sexto mês daquela a quem chamavam estéril; porque a Deus nada é impossível». Maria disse então: «Eis a escrava do Senhor; faça-se em mim segundo a tua palavra». Palavra da salvação.

 

Oração dos Fiéis

 

Irmãos: A boa nova que acabámos de ouvir nestes dias que precedem o Natal, inspire as nossas súplicas e orações pela Igreja, pelo mundo e pelos homens, e nos leve a dizer confiadamente:

 

R. Vinde, Senhor Jesus.

 

1. Pela Igreja una, santa e apostólica, a casa prometida por Deusa David, para que Maria seja sempre o seu modelo, oremos, irmãos.

 

 

2. Pelos grandes e poderosos deste mundo e pelos chefes e governantes das nações, para que reconheçam que sem Deus nada é seguro, oremos, irmãos.

 

 

3. Pelos fiéis, pelos religiosos e pelos catecúmenos, para que, imitando a humildade de Maria, encontrem graça aos olhos do Senhor, oremos, irmãos.

 

 

4. Pelos pais que esperam um filho, e pelos meninos que não conhecem os seus pais, para que o Natal lhes revele o Salvador, oremos, irmãos.

 

 

5. Por esta assembleia dominical, para que receba a graça de anunciar o mistério que lhe foi manifestado, oremos, irmãos.

 

OREMOS. Escutai, Senhor, as nossas súplicas, e preparai os nossos corações para acolherem o vosso Filho, luz do mundo, com a fé e a simplicidade de Maria. Ele que é Deus convosco na unidade do Espírito Santo.

 

 

Homélie du 4ème dimanche de l’Avent

 

 

Nous voici parvenus à une semaine de Noël. Les rues de nos villes et de nos villages ont pris un air de fête. Dans les magasins, c’est la ruée vers les cadeaux. Chacun veut partager sa joie avec les autres. Nous chrétiens, nous savons que ce temps de l’Avent, c’est celui de la venue de Jésus. Nous nous disposons à accueillir celui qui se présente à nous comme le Sauveur du monde. Nous nous rassemblerons dans cette église pour célébrer celui qui est à l’origine de cette fête. Sa venue parmi nous est une bonne nouvelle qui doit être annoncée à tous, en particulier aux pauvres, aux exclus, à tous ceux et celles qui n’ont plus d’espérance.

 

En ce 4ème dimanche de l’Avent, la liturgie oriente notre regard vers une jeune fille de Nazareth. Elle a vécu la plus grande aventure de l’humanité, celle de Dieu venu dans notre chair. Cette année c’est l’Evangile de l’Annonciation qui est proposé à notre méditation. Cet évangile nous le connaissons bien. C’est l’instant divin qui a entièrement bouleversé l’humanité. L’ange Gabriel se rend chez Marie pour lui annoncer qu’elle a été choisie par Dieu pour être la mère de son Fils. L’ange attendait sa réponse. En effet, quand Dieu appelle, il respecte la liberté de chacun. Marie reste libre d’accepter ou de refuser. Elle cherche simplement à comprendre : « Comment cela va-t-il se faire ? » L’ange lui répond : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très haut te prendra sous son ombre. » Et Marie accepte en prononçant ces simples paroles : « Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole. » La fête d’aujourd’hui nous donne l’occasion de réfléchir à ce rôle de la plus haute importance que Dieu a confié à Marie.

 

Aujourd’hui encore, le Seigneur continue à appeler des hommes, des femmes et même des enfants. Ce n’est plus par l’ange Gabriel qu’il intervient dans notre vie. Il nous rejoint dans les diverses circonstances par les personnes qu’il met sur notre route. Il peut aussi nous interpeler par une parole d’évangile. Il peut même venir nous chercher très loin et très bas. Il nous invite à puiser à la Source de son amour pour le rayonner autour de nous. Nous sommes choisis par Dieu pour incarner sa bonté, sa tendresse et sa justice. Dans ce monde troublé, c’est plus que jamais nécessaire.

 

Le Seigneur a besoin de nos mains pour continuer les siennes. Il a besoin de nos lèvres pour prononcer ses paroles. Il a besoin de nos yeux pour voir la souffrance humaine et la soulager. Quelle que soit la question qu’il nous pose, il nous invite à lui dire oui. Et à l’instant où nous disons oui, c’est comme un ras de marée qui emporte tout sur son passage. C’est une grande aventure qui commence. Il n’y a pas de plus grand honneur pour les hommes que d’être les serviteurs de l’amour. Marie n’a pas suivi d’autre chemin. Elle a été la servante du Seigneur ; et aujourd’hui, elle nous dit: « Faites tout ce qu’il vous dira ».

 

En ce jour, la question nous est posée bien simplement : Accepterons-nous la venue du Christ en nous et dans notre vie. Porter Dieu en nous et l’offrir au monde, c’est quelque chose d’extraordinaire. Nous y trouvons une joie que personne ne peut nous enlever. Avec lui et avec Marie, nos visites deviennent des visitations. C’est à cela que nous sommes appelés quand nous nous rendons auprès d’une personne malade ou dans le besoin. Nous serons peut-être conduits sur des chemins que nous n’avions pas prévus. Mais nous savons que l’amour de Dieu ne nous décevra pas.

 

Comme Marie, Dieu nous appelle pour nous confier une mission, une responsabilité. Si nous répondons non, nous restons dans la nuit. Si nous répondons oui, nous devenons porteurs de lumière. La réponse nous appartient et personne ne peut répondre à la place de l’autre. Le Seigneur a besoin de notre accord personnel. Ne craignons pas : cette mission est tournée vers le bonheur, le nôtre et celui des hommes. En ce temps d’espérance, nous demandons à Dieu de nous rendre accueillants à l’appel et à la venue de son Fils dans notre vie et notre monde.

 

Le Seigneur continue à vouloir chercher et sauver ceux qui sont perdus. Nous qui avons instinctivement le goût du péché, nous regardons vers Marie qui a le goût de Dieu. Elle s’est laissé pénétrer par l’amour de Dieu qui l’a rendue immaculée. Qu’elle nous oriente vers l’adoration, la reconnaissance, le goût d’une vie entièrement donnée.

 

Ensemble, nous nous tournons vers Toi, Dieu notre Père. Tu as comblé de grâce la Vierge Marie, docile à ta Parole. Que cette même grâce nous accompagne et nous irons annoncer à nos frères la venue de ton Fils. Amen

 

Sources : Lectures bibliques du jour, Revues liturgiques Feu Nouveau et Signes, Les Mystères de ta vie (Isabelle Prêtre)

 

J.Compazieu


 

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10:23 Publié dans RELIGION | Commentaires (0)

 
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