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05/05/2012

5 MAI 2012 : C'EST DEMAIN !!!

 

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Fin de parcours

Par Bruno FRAPPAT (« La Croix » du 5 mai 2012)

 

Élection

 

Et il n’en resta qu’un. D’une seule couleur. Le meilleur,de l’avis de ceux qui avaient voté pour lui. Le pire, aux yeux de la forte minorité qui avait voté pour l’autre. De toute façon, un mauvais, selon ceux qui s’étaient ralliés au panache « blanc » de Jeanne d’Arc… Au soir du second tour, on avait vu des mines s’allonger à vingt heures sur nos larges écrans, des visages pâlir d’effroi à l’idée que des ambitions étaient aplaties, des carrières entravées, des intérêts menacés. On vacillait sur ses bases, face à la certitude que des places échapperaient, soit à ceux qui les occupaient soit à ceux qui les avaient guignées.

Les jeux étaient faits, il ne serait plus question de sondages sur les « intentions de vote », pour quelques semaines. Le trac national avait sa réponse, comme d’habitude : cruelle pour près de la moitié de la France, joyeuse pour un peu plus de la moitié. Nette victoire ou à un chouia près ? Peu importait, désormais : il y avait un élu.

Probablement il ferait comme tous les élus précédents. Il aurait la victoire généreuse, noble, et dirait aux Français qu’il serait leur président à tous. Le battu s’essayerait à la même dignité, en faisant vite savoir qu’il avait adressé un message de félicitations à celui qui l’avait terrassé. Le combat qui nous avait tous obsédés depuis des mois, au point d’oublier que, par ailleurs, la planète continuait de tourner (mal, en dépit du bon sens), avait trouvé sa conclusion. Nous en sortirions tous un peu hébétés. Comme, au terme d’un banquet trop arrosé, trop copieux, on se retrouve la tête lourde, l’estomac encombré, l’esprit enfumé, la conscience ramollie et la gorge sèche d’avoir trop parlé. Trop hurlé, même.

 

Épreuve

 

Car pour une épreuve, ce fut une épreuve. Un marathon national se terminant en sprint. L’approche de la ligne d’arrivée avait déchaîné les passions, survolté les machines à fabriquer du mensonge. La fourniture des arguments biaisés avait fonctionné à plein rendement. De meetings simplificateurs en débats fourbes, de rassemblements en cortèges, chacun s’était échiné à dresser une partie des Français contre l’autre. Riches contre pauvres. Vrais travailleurs contre « assistés ». Français de fondation contre Français de fraîche date. Droite augmentée de ses extrêmes contre gauche épaulée par ses marges. Il y avait eu des coups bas de dernière minute. Des documents explosifs de derrière les fagots exhumés par des investigateurs aux « mains blanches » rêvant d’abattre la corruption d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Ils faisaient parler Kadhafi, ce qui était plus facile post mortem. Il y avait eu des plaintes. On avait reparlé de Dominique Strauss-Kahn resurgi à l’occasion d’un repas d’anniversaire, rue Saint- Denis (!), à Paris, relevant plus du règlement de comptes interne que de la festivité amicale. Cela tournait à la farce sinistre, voire à la gaudriole. Il était largement temps que cela s’arrête. Sinon, on allait nous présenter Sarkozy comme la réincarnation de Hitler et Hollande comme celle de Staline.

La France en crise sortait de cette compétition hagarde, exténuée, comme ayant perdu le sens de toute mesure. Le pays de Descartes était devenu l’empire de la déraison. La patrie des droits de l’homme devenait celle des haines suspectes. On ne se souvenait pas, aussi loin que l’on remontât dans le passé de cette république, d’une séquence électorale marquée à ce point par l’injure, l’affabulation, le dénigrement hautain, le simplisme destructeur, les chiffres faux, les promesses intenables, les manoeuvres minables. Au sortir de cette mêlée on se demandait avec anxiété si cela allait recommencer pour les législatives et s’achever par des bagarres de rue…

 

Déception

 

Viendrait assez vite le temps des déçus. À commencer par les déçus du résultat, dont le champion aurait été défait.

Comment les consoler ? En abandonnant le terrain du simplisme, précisément. En leur faisant valoir qu’il était peu probable, selon les scénarios, soit que la France de Sarkozy renouvelé devienne un pays fasciste, une autocratie innommable, soit que la France de Hollande s’inspire du régime de Pol Pot. Il faudrait, dès le lundi 7 mai, que l’ensemble des Français se fasse à l’idée que le ciel ne leur était pas tombé sur la tête. Qu’aucun tsunami électoral n’avait balayé les fondements de la nation, détruit les acquis de la République, englouti les libertés fondamentales.

Qu’il n’y aurait pas, à chaque carrefour, des milices bleues traquant les opposants ou des commissaires politiques chassant les réactionnaires. Que tous les fantasmes répandus depuis des semaines dans diverses officines troubles et troublantes avaient suscité des histoires insanes, à peine dignes d’un méchant et ridicule feuilleton télévisuel. Que la France du 7 mai se réveillerait à peu près dans l’état où elle se trouvait le 5 mai. À savoir un pays taraudé certes par diverses crises, mais pas menacé de s’effondrer d’un coup d’un seul. D’un pays qui se ressemblerait pour longtemps. Avec ses divisions, ses humeurs, ses colères rentrées mais aussi avec son charme maintenu, sa capacité d’affronter tout événement imprévisible, sa joie de vivre, en somme.

Car on allait, pour un peu, oublier la joie. Mardi, le 1er mai, il y eut dans Paris trois rassemblements ou cortèges. Ils avaient au moins un point commun : ils étaient joyeux. Les sarkozystes du Trocadéro, dont beaucoup montés de province, admiraient Paris dans son plus beau panorama, extasiés. Ils croyaient à la victoire. Les « marinistes » du Front national étaient encore tout à la joie de leur score du premier tour, une sorte de victoire. Les participants au gigantesque défilé syndical de l’après-midi étaient dans la liesse, plus nombreux que jamais, rendant presque grâce au candidat-président d’avoir, par sa provocation, permis à la tradition plan-plan du défilé syndical habituel de se muer en victoire du pavé.

Dans un moment de rêverie, on se prit à penser que ces trois foules auraient pu converger, se former en cortèges pacifiques et se retrouver, par exemple à la Nation, pour fraterniser, se féliciter réciproquement de vivre en France, un pays où la guerre civile se limite aux vociférations et au langage. Mais non, chaque foule avait sa propre idée et sa certitude de représenter, à elle seule, la France. Il appartiendra au président de faire en sorte que ces trois masses, faute de se réunir sur le terrain des foules, éprouvent ensemble dans leur coeur qu’elles ne font qu’un pays, une seule nation.

Si l’on ne rêve pas un peu un soir d’élection, quand rêvera-t-on ?

Br. F.

 

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11:45 Publié dans ACTUALITÉ | Commentaires (1)

Commentaires

en tout cas tous les 5 ans maintenant
c'est comme une introspection dans notre société
notre vivre ensemble ce qui nous unit encore un peu
espérons que nos rèves du meilleur vivre soient exaucés
et portés par le gagnant ,ce sera de très peu de voix de différence
alors pas de clivages SVP ......................amitiès

Écrit par : ventdamont | 05/05/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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