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18/04/2012

18 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE FOI" par V.BELEN (suite)

 

 

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HISTOIRE D’UNE FOI (suite) – V.BELEN

 

 

Le temps des épreuves

 

Je crois profondément que Dieu donne à qui se confie en Lui les forces nécessaires pour affronter les tempêtes de la vie. Et que certaines grâces sont en quelque sorte préparatoires aux tribulations. Alors que je commence à goûter la quiétude de ma foi retrouvée, la tornade s’abat sur nous. Etienne m’annonce dans une lettre qu’il quitte les ordres. C’est pour moi un bouleversement émotionnel et psychique extrême. J’ai passé quinze années à me demander si sans sa vocation religieuse, Etienne aurait fait sa vie avec moi. Et au moment où je me sens entièrement en phase avec son choix de vie, il prend à nouveau un autre chemin. Dans les mois qui vont suivre, je l’imagine très fragilisé, et ma meilleure amie et moi, nous l’entourons, à distance, aussi bien que nous le pouvons. Notre affection inconditionnelle lui est acquise, c’est le moment ou jamais de la lui témoigner. Pendant des semaines, je vais trembler qu’il ne mette fin à ses jours, car quitter les ordres n’est jamais un choix facile. Cette inquiétude ne me laisse pas de répit, elle me trouble profondément. Nous sommes le dernier samedi de juin, l’année scolaire s’est terminée le jour même, joyeusement puisque nous fêtions le départ en retraite d’un collègue et la mutation d’une autre. A présent, je vais pouvoir reposer mon esprit éreinté. Nous sommes en fin d’après-midi. Le téléphone sonne. Au bout du fil, mon père, en larmes. Tout en sanglots, il me dit d’une voix qui vacille que le mari de ma soeur s’est suicidé. Je m’effondre, je crie et je pleure, j’essaie de croire qu’il me parle de quelqu’un que je ne connais pas, mais il sanglote et l’affreuse réalité me gifle violemment. Mes enfants, affolés, vont chercher leur père dans le jardin.

Il y a l’interminable traversée de la France de part en part en voiture avec mon mari pour aller accompagner ma soeur dans les démarches funéraires. Je regarde les pompistes, les caissiers, les autres automobilistes, je me dis qu’ils sont en vie. Roger, lui, que nous aimions tant, n’est plus. Déchirure. Nous n’avons rien vu. Ses fils ont quatorze et neuf ans, il en avait quarante. Ma soeur, veuve, à l’âge où on n’a que des projets… J’ai au moins cette consolation de le voir au salon funéraire, de pouvoir lui faire mes adieux, ce que le reste de la famille ne pourra pas car le corps sera mis en bière scellée pour le rapatriement à son village natal. La nuit, là-bas, chez eux, je pleure dans les bras de mon mari. Je lui dis : « C’est froid, la mort. » Je pense à la mère de Roger. C’est son enfant. Je pense à cette dévastation de toute notre famille. Aux obsèques, j’ai voulu trouver le courage de faire une lecture choisie par ma soeur. Lecture du livre des Lamentations 3, 17-26 J’ai oublié le bonheur, la paix a déserté mon âme ! Et j’ai dit : «Toute mon assurance a disparu avec l’espoir qui me venait du Seigneur.» Revenir sur la misère où je m’égare, c’est de l’amertume et du poison ! Sans trêve, mon âme y revient, et je la sens défaillir. Mais voici que je rappelle en mon coeur ce qui fait mon espérance : les bontés du Seigneur ne sont pas épuisées, ses miséricordes ne sont pas finies ; elles se renouvellent chaque matin, car sa fidélité est inlassable. Je me dis : «Le Seigneur est mon partage, c’est pourquoi j’espère en lui.» Le Seigneur est bon pour qui se tourne vers lui, pour celui qui le recherche. C’est une bonne chose d’attendre en silence le secours du Seigneur. Pendant des semaines, j’ai récité, pensé, ruminé ce texte intérieurement. Sans relâche.

Début novembre, un trop-plein de douleur et de fatigue m’amène à pousser la porte d’un cabinet de psychiatre. J’ai quelques jours d’arrêt de travail et je veux retourner en moi-même. Je lui dis tout ce qui me tourmente : ce deuil impossible à faire, ma difficulté à assimiler le renoncement à ses voeux d’Etienne, ma quête spirituelle que tous ces tourments ont rendue à la fois plus vive et plus difficile, et un très fort désir d’enfant dans lequel mon mari ne m’accompagne pas vraiment. Parler me fait du bien. J’irai le voir plusieurs fois. Il me dit que si l’on réfléchit trop à faire ou non un enfant, on ne le fait jamais. Chez moi, pendant ces jours de pause solitaire, j’écoute et je réécoute la cassette que j’avais achetée à l’abbaye quelques années plus tôt. Les cantiques et les psaumes me travaillent en profondeur, d’autant plus qu’Etienne y est parfois soliste, je reconnais sa voix, cette voix amie qui me parle de la détresse de l’homme et du secours de Dieu. Je pleure et j’écoute encore et encore ces moines qui expriment tout ce qui me traverse à moi aussi le coeur, la souffrance, le doute, l’appel à l’aide, la confiance en Dieu. C’est lui qui te sauve des filets du chasseur et de la peste maléfique ; il te couvre et te protège. Tu trouves sous son aile un refuge : sa fidélité est une armure, un bouclier. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole au grand jour, ni la peste qui rôde dans le noir, ni le fléau qui frappe à midi. (Psaume 90) Dans les cantiques, le nom du Christ revient sans cesse. « Dieu viens à mon aide Seigneur, à notre secours ! » Je saisis la main qu’Il me tend et je m’agrippe à elle. Quelques jours plus tard, ma meilleure amie donne naissance à son deuxième fils. Nous allons la voir à la maternité, je prends ce bel enfant dans mes bras et je supplie mon mari de me donner le bonheur d’être maman à nouveau. Il sourit. En sortant de la clinique, comme nous sommes samedi soir, je formule le voeu d’aller à la messe. Nous entrons tous les quatre dans une grande église presque vide, où il n’y a que des personnes âgées et où les chants sont d’une discordance affligeante. Mais je me sens bien, là, dans cette maison qui est ma maison depuis toujours. Je vais communier. C’est un baume sur mon coeur en lambeaux. Je suis en train de retrouver le chemin de la messe dominicale.

Retour vers l’Eglise Au printemps suivant, le jour de Pâques, toute notre famille et celle de mon amie, marraine, sont réunies pour le baptême de nos enfants, qui ont sept et cinq ans. Nous leur avons proposé ce baptême, et ils l’ont accepté. C’est la catéchiste que nous aimons tous qui les a préparés au sacrement, et mon oncle prêtre qui préside la cérémonie. L’eau, l’huile sainte, la lumière, tous les symboles du baptême réjouissent nos coeurs, d’autant plus que des enfants du village sont là pour entourer les nôtres. A la fin de la célébration, nous entonnons le « Magnificat ». Pendant le repas de famille, j’annonce que je suis enceinte de notre troisième enfant. La vie après la mort, le printemps, tout renaît… « Dieu fait grâce », c’est la signification de son prénom. Elle naît quand les arbres ont leur plus belle parure d’automne. En grandissant, elle ensoleillera nos jours. Gaie, pétillante, pleine de vie, c’est l’enfant de la revanche sur l’adversité. Source inépuisable d'amour, elle nous fait rire et nous enchante. Elle recevra le baptême à six mois, de notre bon vieux curé de paroisse, le jour où son frère fera sa première communion. Je déborde de gratitude pour ces trois enfants merveilleux que la vie nous a donnés. J’ai retrouvé le chemin de l’église, la messe dominicale, le ressourcement dans les Ecritures et l’Eucharistie. Mais je conserve un regret, c’est celui de sentir un jaillissement de foi en moi et de ne pas trouver un réel interlocuteur dans mon cheminement. J’aimerais avoir un accompagnateur spirituel. Notre vieux prêtre est très bon et dévoué, mais fatigué et malade, il n’a guère de temps à consacrer à ses paroissiens en dehors des obligations pastorales habituelles – qui sont déjà nombreuses. Un jour, il me téléphone avant de prendre sa retraite pour me dire qu’un nouveau prêtre très dynamique arrive dans les paroisses de notre vallée. Je suis pleine d’espoir. La messe de sa prise de fonctions est de toute beauté. Ses homélies s’avèreront d’une grande spiritualité, elles me nourrissent semaine après semaine. Il connaît très bien le judaïsme et y fait des références fréquentes, qui sont profondément enrichissantes. Je m’intéresse de plus près aux Ecritures. Profitant de mon congé parental et du temps que je peux y consacrer, je vais lire pendant ces deux ou trois années la Bible presque en totalité, et redécouvrir des textes que je croyais connaître, mais que je n’avais jamais scrutés avec autant d’attention. J’ai une prédilection pour l’Evangile de saint Luc et les Actes des Apôtres, pour les Lettres de saint Paul et de saint Jean, pour tous les Prophètes, surtout Isaïe, et les Psaumes. Je m’émerveille des Livres de Tobie, Esther, Judith, Jonas, du Cantique des Cantiques. Nourriture intense dont je ne me lasse jamais.

Je suis abonnée aussi depuis quelque temps à une revue spirituelle chrétienne et je lis chaque soir des méditations bibliques qui accompagnent les textes liturgiques du jour. Elles sont rédigées, cette année-là, par les moines bénédictins de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire. Ces méditations me parlent avec une actualité saisissante, combien de fois n’ai-je pas trouvé, et aujourd’hui encore, un écho à mes préoccupations du moment dans ces commentaires des textes lus ce jour-là dans toutes les églises catholiques. C’est à mon sens une des grandes forces de notre Eglise, cette unité des lectures qui s’offrent à tout fidèle pareillement, où qu’il soit, chaque jour. Toujours en quête désespérée d’un guide spirituel qui puisse me consacrer un peu de temps, j’engagerai à un moment une correspondance avec l’un des moines rédacteurs de ces méditations – qu’il soit béni à jamais ! Cependant, je garde en moi des ressentiments non résolus contre l’Eglise quant à la place qu’elle fait aux femmes. Je lis quelques ouvrages qui augmentent mon sentiment d’injustice, des phrases glanées ici ou là dans d’anciens textes ecclésiaux, dans toute une théologie du péché qui a jeté l’opprobre sur les femmes pendant des siècles… Des amis que nous nous sommes faits peu de temps auparavant, assez traditionalistes, augmentent mon agacement en ne cessant de me conseiller de taire ces idées, d’être « comme Marie », silencieuse et soumise à mon mari. Un langage que je ne peux admettre. Je vais peu à peu me sentir investie d’une mission, celle de réhabiliter les femmes dans cette Eglise que j’ai rejointe mais dont je ne parviens pas à épouser toutes les prises de position. Je vais lire tout ce qui me tombera sous la main sur ce sujet, des livres que m’offre en général mon mari, qui comprend mes points de vue à ce moment-là. Je ne peux que déplorer que les femmes soient toujours les bienvenues dans les sacristies et la catéchèse, mais bien peu pour apporter un éclairage spirituel à l’Eglise. J’ai envie de pouvoir m’exprimer, mais je me sens étouffée dans l’oeuf. Dépitée, je prie avec ferveur, mais d’une façon de plus en plus émotionnelle. Je suis prise d’une fièvre mystique qui ira en s’accroissant de jour en jour. Et peu à peu, je vais basculer… Notre nouveau prêtre me l’avait pourtant dit : dans le judaïsme, la mystique n'était accessible qu'à partir de l'âge de quarante ans, une fois l'éducation de la Torah et du Talmud achevée, sous peine de devenir fou. Je n’ai que trente-cinq ans, et je lis et interprète la Bible seule… Je suis avide de tout témoignage mystique reconnu par l’Eglise… Ai-je été rattrapée, à ce moment-là, par mon hérédité familiale, la névrose mystique de ma tante ? Ai-je implosé pour avoir intériorisé un trop-plein de souffrances de tous ordres tout au long de ma vie ? Le fait est que je perds peu à peu la raison…

(Source : www.histoiredunefoi.fr)

 

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