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16/04/2012

16 AVRIL : "HISTOIRE D'UNE FOI" (SUITE)

 

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HISTOIRE D’UNE FOI (suite) – V.BELEN

 

 

Au quotidien, je suis cependant plongée dans des préoccupations bien plus prosaïques. Mes premières années d’enseignement sont denses en travail, je débute dans un métier, je passe des heures à préparer ma classe, je change de poste à chaque rentrée et je déménage en conséquence là où je suis nommée. Je n’ai plus de temps ni pour la chorale, ni pour la JOC. Je mets un terme à mes engagements. -

Européenne J’avance dans la vingtaine, et je vis toujours seule. Mes soeurs se sont mariées, elles ont leurs premiers enfants. Je suis tante et marraine avec bonheur, mais j’ai souvent le coeur lourd d’être l’éternelle célibataire. Aucune relation suffisamment durable pour que les présentations à ma famille se fassent. Je subis un revers sentimental très cuisant, ayant servi à rendre jalouse une petite amie plus officielle que moi – ce que bien sûr j’ignorais sur le moment. Je m’en remets avec bien du mal. Ces peines de coeur me rendent peu accessible à des questions plus spirituelles, elles me minent le moral. Je décide de tirer parti de ma liberté. Après ma première année d’enseignement, je postule pour un échange franco-allemand d'enseignants, et je suis retenue. J’ai peu de vacances d’été cette année-là car je dois me rendre à deux stages préparatoires – linguistique et pédagogique- en Allemagne. Mais j’ai quand même l’occasion de répondre à l’invitation d’une amie espagnole, une assistante de langue que j’ai rencontrée dans le groupe de partage sur le tiers-monde. Je vais passer une semaine chez elle près de Madrid. Je m’y rends en train, un voyage de vingt-quatre heures. De la couchette, au petit matin, j’ouvre le rideau et je vois les remparts d’Avila. Depuis, cette image m’est souvent revenue, maintenant que je vénère ardemment sainte Thérèse d’Avila comme ma sainte préférée. Cette semaine en Espagne marquera définitivement ma vie, car parmi les amis de Pilar, il y a Manuel, et je vis avec lui ce qui ne m’était jamais arrivé : un coup de foudre vraiment réciproque. Premiers pas idylliques dans une relation passionnée qui durera deux ans. Je vais vivre désormais à l’heure européenne : en Allemagne pour y résider et y travailler, en Espagne à toutes les vacances, chez la famille de Manuel. Et un grand écart linguistique, puisqu’avec lui je dois parler en espagnol, et qu’en Allemagne, je travaille dans un jardin d’enfants où j’initie des petits Allemands au français. Je trouve mon équilibre dans cette situation que je n’avais pas prévue, mais qui satisfait mes instincts de « pigeon voyageur », d’autant plus qu’outre-Rhin, je visite les différents Länder avec mes amis rencontrés en Allemagne, et qu’avec Manuel, je sillonne l’Espagne. Le jardin d’enfants dans lequel je travaille est protestant. Je suis parfois interloquée quand la religion entre dans l’enseignement à ces petits : louange pour les récoltes, fête de la Saint Martin avec défilé aux lanternes, chants pour l’Avent à consonance religieuse… Dans l’école laïque en France, je suis loin de tout ça. Dans mon esprit du moment également. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir pris un appartement dans une résidence de diaconesses, avec l’aide de la directrice de mon jardin d’enfants. Quotidiennement, je vais croiser ces religieuses protestantes, faire mien ce contexte. Je me lie d’amitié avec une autre enseignante française, protestante elle aussi. L’oecuménisme s’installe durablement dans mon rapport à la religion.

Cette année-là, le pape Jean-Paul II fait un voyage en Allemagne. Il passe dans notre ville de Spire en mai 1987, juste après avoir prononcé le discours de béatification d’Edith Stein, qui a été enseignante ici, là où je vis et enseigne aussi. Fait qui me laisse dans la plus grande indifférence. Par simple curiosité, je me mêle à la foule avec mon amie, nous apercevons le Pape au loin, et je ne me sens pas concernée. Ce n’est que dix-sept ans plus tard, revenue sur ces lieux, ayant entre temps découvert Edith Stein et me sentant profondément interpellée par sa vie, son témoignage et son oeuvre, que je comprendrai que je suis passée cette année-là à côté d’un événement important pour l’Eglise… et pour moi-même. Mais à vingt-trois ans, ce n’est pas la foi qui me préoccupe, mais ma vie amoureuse. Manuel et moi, nous n’envisageons plus la vie l’un sans l’autre. A Aranjuez, il m’emmène au Palais Royal dont nous comptons les fenêtres en nous disant que nous aurons autant d’enfants. Lui voudrait un garçon en premier, nous l’appellerons Rafael et quand nous aurons une fille, je lui suggère Belen, qui signifie « Bethléem », mon prénom espagnol préféré. Deux années de bonheur avec lui, de souffrance quand l’heure de la fin des vacances sonne et que je dois repartir, d’attente quand je compte les semaines avant de le revoir. Dans ces années-là, il n’y a pas encore de portable et d’internet, le téléphone est cher, on le réserve pour le dimanche ; il nous reste le courrier, que je guette chaque jour, écrivant beaucoup plus souvent que lui. Une lettre est une fête. Après un an en Allemagne, je suis nommée sur un nouveau poste dans un petit village, à l’autre bout de la Moselle. Je déménage une fois de plus. Je prends la succession d’une religieuse catholique et les parents d’élèves me scrutent d’un air dubitatif. Je suis bien jeune et je ne vais pas à la messe. Cela ne plaît pas à tout le monde. Heureusement, je suis accueillie avec chaleur par le directeur d’école et sa famille, et je me ferai progressivement accepter, passant là-bas une année agréable. Parallèlement, je fais toutes les démarches nécessaires pour obtenir un poste au lycée français de Madrid ou dans un autre établissement de cette ville pour l’année suivante. Mais je suis trop jeune, je n’ai pas assez de barème, je n’arrive pas à obtenir ma mutation. Que Manuel vienne en France est exclu, il ne parle pas le français et est trop attaché à son pays. Moi aussi je le suis, mais je suis prête à tout par amour pour lui… sauf à me retrouver en Espagne sans travail. Face à toutes ces difficultés, notre relation s’essouffle. Je ne peux plus imaginer une troisième année à vivre écartelés de la sorte. C’est presque d’un accord tacite que nous rompons, par téléphone, un jour de juin. Ma dernière image de lui restera nos adieux sur le quai de la gare de Madrid aux vacances de Pâques précédentes.

Pour surmonter mon chagrin, je m’offre l’été suivant, seule, un voyage de groupe en Turquie. Je passe sur des sites archéologiques où l’apôtre Paul a prêché, Ephèse, Milet... Je n’écoute presque pas le guide, je n’ai jamais beaucoup aimé les visites guidées. Mais je m’imprègne des lieux, beaux et chargés d’histoire. Je souris en découvrant le supposé tombeau de l’évêque Saint Nicolas, moi qui suis lorraine. Mais l’histoire des débuts de l’Eglise m’indiffère à ce moment-là de ma vie. Là aussi, ce n’est que bien plus tard, en me penchant sur les « Actes de Apôtres », que j’ai regretté de ne pas avoir goûté ce voyage pour le sens spirituel que j’aurais pu y trouver. Pour l’heure, je débute un deuil impossible à faire. Toute ma vie, j’ai vécu avec le souvenir tenace de Manuel. Et je n’avais pas rompu non plus au fond de moi avec ce qui avait été ma belle-famille pendant deux ans. Nous nous sommes revus à Madrid, en toute amitié, avec mes enfants, vingt-deux ans après… Quelle joie de renouer avec sa famille, de véritables amis ! Manuel ne s’est jamais marié et il a un adorable petit garçon… qui ne s’appelle pas Rafael.

Source : http://www.histoiredunefoi.fr

 

 

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10:39 Publié dans RÉCITS | Commentaires (0)

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