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14/04/2012

SAMEDI 15 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE FOI" (suite)

 

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HISTOIRE D’UNE FOI (suite) – V.BELEN

(http://www.histoiredunefoi.fr)

 

L’Afrique Je vis à vingt ans une expérience très marquante : je pars pour trois semaines en Afrique avec deux amies. Mon aumônier de JOC m’a donné des adresses de missions catholiques au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, nous y logerons. Une fois sur place, nous improviserons aussi une incursion de plusieurs jours au Mali. Le dépaysement est total. La misère est aussi grande au Burkina Faso que l’est le sourire sur le visage de ses habitants, quand ils nous lancent le traditionnel « Bonjour, ça va ? ». Je vis cet été-là un contraste saisissant : je viens de passer trois semaines en RDA où tout est gris, lourd, où la propagande est partout et la crainte du régime palpable, où l’on suscite l’envie en tant qu’occidental, même si c’est l’un des pays les plus « nantis » du bloc de l’Est. Pourtant toute discussion d’ordre social devient assez vite impossible, même avec les jeunes, hors des normes du communisme. Et ici au Burkina Faso, c’est une lutte quotidienne pour la survie, tomber malade peut être fatal, les enfants quémandent dans la rue mais la joie est présente, la chaleur humaine contagieuse. Mes raisonnements d’européenne sont ébranlés. Mon aumônier nous a recommandées à un de ses amis qui est missionnaire à Bobo Dioulasso. Le père Jean-Marie décide de nous consacrer du temps pendant les quelques jours où nous sommes là. Il nous emmène chez des familles, nous avons la chance de partager leur table, leur fête de l’Assomption, qui est là-bas la fête des femmes. Il nous fait rencontrer des jeunes de la JOC locale avec qui nous pouvons échanger, mesurant le contraste entre nos vies et les leurs, comme quand nous apprenons un jour que l’un des jeunes n’est pas là parce qu’il fait une crise de paludisme. Séjour riche d’authentiques rencontres et de profondes remises en question. Mais surtout, je découvre une merveilleuse personne au service de son prochain. Le père Jean-Marie rayonne, il rayonne de cette lumière que j’avais vue sur le visage des jeunes soeurs des Voirons. Il est entièrement donné à sa tâche et il a l’air heureux. J’ai avec lui des conversations qui me ressourcent, qui remettent en cause mon agnosticisme, je pense toucher du doigt à nouveau cette foi naguère exaltante qui m’a fuie. La flamme de son engagement m’interroge : peut-on avoir donné toute sa vie pour du vent ? Question qui demeure nichée en moi pendant de longues années encore, pendant ces années d’errance spirituelle où il sera resté comme un phare dans ma nuit… Quinze ans plus tard, je vivais désormais sur sa terre natale, non loin de chez lui. Il avait dû revenir de mission. J’étais dans la joie de ma foi retrouvée, j’ai formé le projet d’aller le voir, d’évoquer avec lui tous ces souvenirs qui nous avaient liés après notre rencontre pendant une correspondance de quelques années. Mais Jean-Marie n’était plus, emporté à la cinquantaine par une cruelle maladie… A Dieu, mon ami… - 15 -

Nord –Sud Mon séjour en Afrique m’a beaucoup sensibilisée au problème de la faim dans le monde, aux relations Nord-Sud. Je m’intègre à un groupe de jeunes en train de se former pour réfléchir lors de sessions à cette problématique, dans une ambiance chaleureuse, avec des participants venus de différents pays d’Europe et des intervenants d’origine africaine. Nous remettons en cause nos habitudes de consommation qui affament l’hémisphère Sud. Dans ce groupe, il y a Lucie. C’est une jeune femme qui revient de Calcutta, où elle a passé plusieurs mois aux côtés des Missionnaires de la Charité de Mère Teresa, qu’elle a rencontrée en personne. Lucie témoigne de façon bouleversante, on sent qu’elle a été transformée en profondeur par cette expérience. Pas de misérabilisme dans son témoignage, Lucie raconte avant tout l’amour qu’elle a vécu dans ces lieux de pauvreté extrême, elle évoque l’aura de Mère Teresa, la dignité des pauvres. Et dans les yeux bleu limpide de Lucie, je vois la même lumière que dans ceux du père Jean-Marie et des religieuses des Voirons, cette lumière qui m’interpelle à chaque fois : d’où vient-elle, si ce n’est de la connaissance de Dieu ? Lucie vient présenter son diaporama dans mon école, je tiens à sensibiliser ma toute première classe à la vie dans les pays émergents. Mon directeur est impressionné aussi par ce qu’elle dégage. Il me demande si elle est religieuse. Non, Lucie n’est pas religieuse. J’ai su beaucoup plus tard qu’elle s’était mariée et avait eu des enfants. Au cours d’un week-end dans les Vosges avec le groupe tiers-monde, nous partons en randonnée à travers la forêt le matin de la Pentecôte, jusqu’à une chapelle entretenue par la congrégation des marianistes. Nous assistons à l’office de la Pentecôte. Le lieu est beau, intime, le chant et la prière sont harmonieux, je vois autour de moi des participants pleins de ferveur, dont ceux du groupe. Je vois Lucie qui se recueille, qui se prosterne… Et cependant, au milieu de cette ferveur, je vis un tourment insupportable. Je n’arrive pas à croire à ce que les autres proclament. Pas la moindre trace de foi en moi, je me sens exclue, paria. Les autres semblent dans un état de grâce qui n’est absolument pas le mien. Je n’ai jamais ressenti aussi cruellement le doute et l’absence de ferveur que dans ce lieu où tout semblait pourtant propice au recueillement… - 16 -

Lumière et ténèbres Depuis que j’ai perdu la foi en terminale, de temps en temps un rai de lumière m’attire vers les préoccupations spirituelles, mais dans l’ensemble tout se conjugue autour de moi pour me conforter dans mon incroyance. Depuis toujours, j’ai eu de la tendresse pour ma tante qui m’a donné mon prénom. Elle est aimante, simple et généreuse à l’excès. Elle dessine magnifiquement. Jeune fille, elle a pensé avoir une vocation religieuse, elle a séjourné un temps dans un couvent, mais des troubles psychiques et des problèmes relationnels avec les autres religieuses l’ont empêchée de s’engager durablement dans cette voie. Elle retourne chez ses parents. Jeune femme, elle travaille dans un hôpital, puis entre au service d’un prêtre déjà âgé, dans un petit village où elle découvre une déférence d’un autre âge pour le curé de la paroisse. Ce prêtre est un vrai personnage, qui fait partie de notre famille, il vient avec ma tante à toutes les fêtes qui nous rassemblent. Il est très grand, une sorte de Général de Gaulle, la soutane qu’il porte quotidiennement en plus. Avec l’âge, sa tête ploie en avant, elle finira presque en angle droit avec son grand corps ses dernières années. C’est un homme discret, qui parle un français très châtié, avec de grands mouvements de sourcils. Il est issu de la bourgeoisie, mais nous considère sans condescendance. Pour mes soeurs et moi, c’est un peu comme un grand-oncle, avec qui nous gardons cependant une distance respectueuse. Nous passerons même des vacances auprès de notre tante dans son presbytère. Entre lui, notre oncle prêtre et notre vrai grand-oncle prêtre lui aussi, qui était un homme humble et affectueux, il y a trois curés dans la famille. Ma tante reste à son service pendant de très longues années, jusqu’à ce qu’il s’éteigne. Elle partagera avec lui la maison qu’il acquiert pour sa retraite. Leur relation est faite à la fois de respect, de distance et de complicité, chacun finissant par connaître parfaitement l’autre. C’est pendant les années de retraite du vieux curé qu’elle sombre dans les troubles mentaux qui l’avaient déjà assaillie jeune fille. Elle fait des pénitences extravagantes pour expier des fautes dont elle s’accuse, elle nous tient un langage incohérent et nous devons plusieurs fois la faire hospitaliser en psychiatrie. Cela fait mal de la voir ainsi, dans cet environnement complètement inadapté à sa nature altruiste, à sa piété si vive. Elle qui était pour moi un exemple de foi et de constance dans la fidélité à l’Evangile et à l’Eglise, son délire manifeste me plonge dans des affres de doute encore plus grandes. Une vie de croyance confiante et de piété, ce serait donc ça ? Tout ce qui l’animait ne serait donc que construction psychique erronée qui la détruit à présent ? Ma tristesse pour elle est aussi grande que la béance de mon questionnement. J’entends partout parler de « névrose chrétienne ». Et si finalement toute foi n’était que cela, une névrose allant parfois jusqu’aux troubles psychotiques ? - 17 -

Ce qui me rattachait à la foi chrétienne s’éloigne inexorablement de moi… Il me reste cependant un lien ténu pendant toutes ces années avec le divin, c’est mon goût pour la musique sacrée. Etudiante, je suis membre d’une chorale assez prestigieuse, qui se produit avec l’orchestre philharmonique de Lorraine. Nous chantons des oeuvres complètes : le « Requiem » de Brahms, la « Missa Solemnis » de Beethoven, « Roméo et Juliette » de Berlioz ainsi que sa « Damnation de Faust », l’ « Oratorio de Noël » de Bach… J’affectionne particulièrement les oeuvres sacrées, même si la « Missa Solemnis » est terriblement difficile à chanter. Je me sens à l’aise dans les messes en latin, maîtrisant encore le latin ecclésial. Chez moi, j’écoute aussi avec bonheur de la musique sacrée. Palestrina, Monteverdi, Bach, les oeuvres sacrées de Vivaldi, Haendel ou Mozart. Cette musique harmonieuse m’émeut et me ravit. Parfois, je me dis que je reste reliée par un fil à la foi par le biais de cette musique. Tant de beauté peut-elle avoir été inspirée par le néant ? Les compositeurs ont-ils créé ces oeuvres sublimes uniquement par obligation et sur commande, sans inspiration divine ? Je n’ai pas du tout la même émotion quand j’écoute de la musique composée fin XIXe ou au XXe siècle. Les harmonies contemporaines me rebutent. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y manque un souffle… peut-être bien le souffle divin, justement. Pendant de longues années, la musique sacrée reste mon lieu de ressourcement, de respiration spirituelle. Des années plus tard, quand j’ai découvert Hildegarde de Bingen, bénédictine allemande du XIIe siècle qui a laissé une oeuvre immense touchant à tous les domaines, visions spirituelles, littérature, musique - des oeuvres vocales d’une grande pureté - médecine, botanique, j’ai eu le sentiment que mon intuition se vérifiait. L’homme qui crée est parfois le vecteur de quelque chose d’infiniment plus grand que lui…

 

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11:43 Publié dans RÉCITS | Commentaires (0)

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