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12/04/2012

12 AVRIL 2012 : "HISTOIRE D'UNE VIE" V.BELEN (suite)

 

GUIMARAES (Portugal) - Château.jpg
GUIMARAES (Portugal) - Le Château

 

HISTOIRE D’UNE FOI (suite)

 

Par Véronique BELEN

(www.histoiredunefoi.fr)

 

 

 

 

...Et ils m’ont appelée comme ça. Et j’aime cette histoire, j’aime mon prénom, j’aime cette sainte dont on n’a aucune preuve qu’elle ait vraiment existé. Elle est pourtant là, dans toutes les églises, à la sixième station du chemin de croix. Je vis dans un doux compagnonnage avec elle. Ce n’est pas rien d’avoir été prénommée Véronique à sa naissance parce qu’une femme a, il y a 2000 ans, montré une compassion extrême pour un Christ harassé de souffrance au terme de son calvaire. Elle lui a tendu un linge pour qu’il puisse essuyer son visage, et son image y est restée imprimée. « Vera icona », ma compagne au quotidien. Si je n’ai jamais su beaucoup prier la Vierge Marie, par contre j’aurais toujours aimé vivre au temps du Christ, pour le rencontrer, l’écouter, le voir de mes yeux. J’aurais peut-être été cette femme au Golgotha, j’aurais essuyé son visage et je lui aurais offert quelques secondes de douceur dans son martyre. L’amour pour la personne de Jésus, je l’ai toujours eu, total. Ma prière, c’est lui parler, être avec lui, l’aimer. Je n’ai pas eu de frère. Il a pris toute cette place, et bien plus encore. Je ne me suis vraiment réconciliée avec Marie qu’à quarante-six ans, en voyant ma maman sur son lit de mort. Elle avait un visage serein, un beau sourire. La fin de toutes ses misères, qui ont été nombreuses, de toutes ses angoisses qui la rendaient parfois incapable de déceler les manques affectifs de ses proches. Elle avait si peu d’estime de soi qu’elle pensait en toute bonne foi qu’on ne pouvait qu’aller mieux qu’elle. J’ai été saisie en la contemplant. Si elle était si belle et si détendue, là, passée de l’autre côté, c’est que la Sainte Vierge qu’elle avait tant priée toute sa vie était venue elle-même la chercher, qu’elle avait vu son sourire maternel avant de s’en aller, et qu’elle s’était jetée avec amour dans les bras de cette maman aimante après laquelle elle avait langui toute sa vie.… J’aime à les associer toutes deux dans mon coeur désormais, et je sais qu’elles veillent…

Roi des Juifs Chez nous, on a un crucifix dans toutes les pièces, au-dessus de l’encadrement des portes. L’inscription des crucifix m’intrigue : « INRI ». Je demande à notre curé ce que ça veut dire. Il me répond que ce sont les initiales de « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs ». Voilà qui m’intrigue encore davantage. Roi des Juifs ! Mon père travaille dur pour un salaire de misère. Menuisier de métier, il est livreur dans l’ameublement pour un patron qui l’exploite. Et comme beaucoup de commerçants de cette ville de Moselle, son patron est juif. Alors on entend des poncifs pas très sympas sur les Juifs à la maison. Pas facile de faire la part des choses entre cette rancoeur contre le patron qui exploite et ce qui est à la base une autre religion. Là aussi, je demande ce que c’est vraiment, d’être juif. On me répond que ce sont les Juifs qui ont tué Jésus. Et du coup, c’est difficile d’avoir a priori un sentiment de sympathie pour ceux qui ont tué le Christ que j’aime tant. Je reste avec mes questions pendant des années. Heureusement que les cours d’histoire m’en apprendront davantage par la suite. Heureusement que j’ai lu et relu « Le journal d’Anne Frank », un de mes livres préférés. Des années plus tard, je me suis plongée longtemps, avec délectation, dans la culture juive, et j’ai enfin vraiment compris l’inscription « INRI ». Pour moi, la religion juive et le christianisme peuvent coexister sans problème. Ce que les Juifs ont par élection du sang, les chrétiens l’ont par adhésion à l’Evangile. Le christianisme est le prolongement tout naturel du judaïsme. Je me sens des affinités particulières avec les Juifs messianiques, qui reconnaissent Jésus comme Messie d’Israël. Mais la foi des autres Juifs ne me semble pas non plus en contradiction avec la mienne : ils attendent le Messie issu du peuple juif. Un article de foi chrétienne, que la plupart des catholiques oublient alors qu’ils le disent plusieurs fois à chaque messe, « Nous attendons sa venue dans la Gloire », me parle en profondeur. Oui, je crois qu’un jour, le Christ reviendra non plus comme le Serviteur souffrant d’Isaïe, qu’il a déjà été du temps de sa vie parmi les hommes, mais dans toute sa plénitude de Roi de Gloire. Issu du peuple juif à jamais. Je crois profondément que les Juifs et les chrétiens qui n’ont pas oublié cet article de foi attendent le même Messie, même s’ils n’en ont pas conscience. C’est triste qu’on ne puisse plus de nos jours évoquer cet article de foi sans se faire aussitôt traiter de délirant ou de sympathisant de secte. Les librairies sont truffées de livres ésotériques tous plus délirants les uns que les autres, auxquels la société accorde du crédit. La psychose collective autour de décembre 2012 a de beaux jours devant elle. Mais une croyance fondamentale de deux grandes religions monothéistes plusieurs fois millénaires est taxée de ridicule…

 

 

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Chapitre 2

La jeunesse

 

Premiers engagements Pendant toute mon enfance et mon adolescence, je sors très peu de chez moi hors du temps scolaire. On ne part jamais en vacances - pas les moyens, des animaux… Les seules sorties en famille sont les visites aux grands-parents le dimanche. Je ne suis inscrite à aucune activité. Il n’y a que la chorale paroissiale qui rythme la semaine et l’année. J’y suis avec mon père et mes trois soeurs. Une autre famille de cinq filles est là aussi au complet, et d’autres adolescentes, qui sont mes amies. C’est sympathique et bon enfant. Pendant des années, c’est le curé de la paroisse lui-même, très musicien, qui nous apprend des chants à quatre voix et nous dirige. On se donne du mal pour bien chanter aux grandes fêtes liturgiques. On sait aussi s’amuser lors des soirées annuelles où les aînés apprennent à danser aux plus jeunes. Parfois, il arrive qu’à la messe du samedi soir, on se retrouve seul à la tribune des choristes. C’est intimidant, mais il faut chanter quand même ! Je commence à jouer de la guitare, et de temps en temps, je joue à la messe. Parfois aussi de la flûte à bec avec mon amie. Un peu de stress dans notre vie toute simple… Un jour, notre curé me propose d’aller à la fête annuelle de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) de mon secteur. C’est le début d’une longue histoire dans ce mouvement. J’intègre une équipe, je me fais de nombreux amis, j’apprends à militer pour défendre nos droits au lycée, au travail pour les apprentis… Les équipes se réunissent de façon régulière en « Révision de vie », on apprend à réfléchir à notre quotidien sur la trame du « Voir – Juger - Agir », encadrés par un aumônier. Echanges riches et fructueux, aumôniers à l’écoute et jamais moralisateurs. Je me sens de plus en plus en phase avec cette Eglise-là, celle du peuple des petits, mais qui ne se soumettent pas. Après quelques années, j’encadre moi-même une équipe d’adolescentes, non sans difficultés. Je prends quelques responsabilités dans le mouvement. Les sessions en grand groupe le temps d’un week-end sont des moments forts, riches de rencontres. J’ai cependant quelques hésitations à me lancer complètement dans le militantisme. Un jour, je distribue des tracts à l’entrée du lycée contre l’excès de frais scolaires et je me retrouve dans le bureau du proviseur, étonné qu’une élève modèle fasse de la subversion. Il tique sur le C de JOC. Je n’ai pas bien compris s’il a cru que c’était « communiste » et pas « chrétienne », en tout cas je le lui explique. Toutefois, j’ai un regret à la JOC dans ces années-là, c’est que le côté « foi chrétienne » en soit presque totalement absent. Certes, c’est un mouvement d’Eglise, encadré par des prêtres, mais à force de ne pas vouloir éloigner les jeunes qui n’ont pas forcément la foi, on ne parle jamais de Dieu. Et mon malaise s’installe les dernières années, j’ai davantage l’impression d’être dans un pré-parti politique ou un syndicat que dans un mouvement chrétien. Je mets un terme à tous mes engagements à la JOC quand j’entre dans le métier d’institutrice. Manque de temps, et perte de motivation…

Une foi contemplative Depuis l’enfance, j’ai une foi mystique, contemplative. Toujours cet immense amour pour le Christ. L’année de mes seize ans, mon oncle prêtre m’emmène en vacances avec lui en Haute-Savoie, dans une pension de village tenue par des religieuses. C’est la première fois de ma vie que je vois les Alpes. Les soeurs – il y en a cinq ou six, deux résidentes et des pensionnaires en vacances – sont gaies, drôles, pleines de gentillesse. Je suis la seule jeune fille dans cette maison, mais je passe un séjour très agréable. Un jour, lors d’une promenade, j’ai une discussion avec une soeur qui me parle de la vocation de religieuse. Je m’interroge un peu pour moi-même, mais très peu en fait, je me sens appelée à une autre vie, les garçons m’attirent et j’ai une très grande envie d’avoir des enfants. Il y a deux autres temps forts dans ce séjour : mon oncle m’emmène visiter le couvent des Voirons, perché dans la montagne, avec une vue magnifique sur le Mont-Blanc, que je découvre. Les religieuses de ce couvent sont très jeunes, elles vendent de la poterie artisanale, et je suis frappée par leur visage lumineux, leur beauté très pure. Cette lumière de la sérénité que j’ai vue souvent sur le visage des contemplatifs. Plus forte encore est mon émotion lorsque nous visitons l’abbaye de Tamié, en Savoie, où vit une communauté de moines trappistes. Nous assistons à l’office. Je suis saisie par la beauté des chants, la justesse des voix des moines, l’atmosphère fervente de ce lieu, dans cet écrin de verdure où tout me semble en harmonie. Je ne sais pas encore que cette visite aura un impact très fort dans ma vie de foi. Mais j’en emporte des souvenirs : une image de Notre Dame de Tamié, une statuette aux lignes pures que l’on peut voir dans une niche des murs extérieurs, et une image d’une statue de Saint Benoît qui tend l’oreille pour écouter la Parole de Dieu : « Ecoute, mon fils ». Je la contemple tous les soirs sur la mur de ma chambre, aujourd’hui encore. Je l’ai mise à côté d’un crucifix, là, au creux du bras du Christ.

 

 

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10:35 Publié dans RÉCITS | Commentaires (0)

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