logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

10/04/2012

10 AVRIL 2012 : HISTOIRE D'UNE FOI

(Voici le début d'un récit passionnant découvert au hasard d'un "surf" sur l'Internet... Avec la permission de l'auteur, la suite viendra plus tard)

NEIGE DE PÂQUES 2012.jpg

 

HISTOIRE D’UNE FOI

Par Véronique BELEN

Une foi en germe Je suis toute petite, assise entre mon père et mon grand-père maternel, au dernier rang de la tribune des choristes, celui qui est contre le mur. Autour de moi, tous ces messieurs qui chantent, pas de distraction en vue sinon les petits livres de messe qu’on me glisse dans mon sac à main du dimanche. Mais j’aime bien être là, entre les deux hommes que j’aime le plus au monde. A la quête, mon grand-père me donne une pièce de vingt centimes, c’est la plus grande des pièces jaunes et je suis fière de la mettre dans la corbeille garnie d’étoffe pourpre. Je regarde autour de moi, c’est magique la tribune parce qu’on y voit la moitié supérieure des vitraux. J’aime bien les couleurs et la lumière des vitraux. J’écoute, les chants et les prières s’imprègnent dans ma mémoire, je dis et je chante ce que je sais. J’entends comme des histoires, et ce qui revient toutes les semaines, je me le répète dans ma tête, contente quand ma mémoire va aussi vite que les mots du curé. Je suis la plus jeune de la famille, mes soeurs savent déjà lire et écrire, et comme je les envie, elles m’écrivent des petits textes au crayon et je repasse dessus au stylo. Comme ça j’apprends les lettres. Et de fil en aiguille, je commence à lire… Il y a un grand vitrail au centre du choeur, avec le Christ drapé d’un linge blanc, l’air serein. Et une inscription en bas du vitrail. C’est long la messe, alors j’ai le temps de m’attarder sur l’inscription. Et un jour, je m’émerveille intérieurement : cette fois c’est sûr, je suis arrivée à lire ce qui est écrit ! « Je suis la Résurrection etlavie » Les mots sont segmentés ainsi à cause des jointures du vitrail, je ne comprends pas ce que ça peut vouloir dire « etlavie » (je prononce le « t »), mais pas grave, je suis arrivée à lire ! Maintenant je suis plus grande, et comme je vis en Moselle, le curé du village vient nous faire toutes les semaines une heure de catéchisme à l’école. D’ailleurs il ne dit jamais « catéchisme ». Il nous dit « religion », qu’il prononce « relugion », et il nous explique que ça vient de « religare », relier. Relier les gens entre eux. En religion, on parle de l’amitié, du partage, de la vie avec les camarades de classe, de ce qu’on peut faire de « sympa » et de « pas sympa ». Comme on ne comprend pas tous le mot « sympa », il nous l’explique. On apprend à réfléchir sur nos actes, à se remettre en question, parfois on raconte par des textes comment on a agi et comment on aurait pu agir mieux. On illustre tout ça. J’aime bien mon cahier de religion, je continue mes dessins à la maison. Mais je ne veux pas qu’on le regarde, chez moi, ce cahier-là. C’est comme un cahier secret. On parle aussi du monde, des riches et des pauvres, de ce qu’on pourrait faire pour aider. On parle certainement de Jésus mais ce n’est pas ça que je me rappelle. Je me souviens surtout d’un personnage, ce curé que j’adore, son large sourire, sa voix chaleureuse, cet éclair de lumière dans ses yeux, sa façon de voir le positif partout.

Dans ma classe arrive au cours moyen un maghrébin. Il est un peu perdu à l’école, alors pour l’aider à comprendre la langue, les consignes, le travail, le maître l’assoit à côté de moi. On devient bons copains, en plus il habite près de chez moi et on fait le chemin de l’école ensemble. Toutes les semaines, il voit arriver le curé en fin d’après-midi à l’école, et il a envie de rester à l’heure de religion. Le curé est un peu embêté, il lui dit qu’il n’a pas la même religion que nous, qu’il n’a aucune obligation à rester. Mais Farid veut rester. Alors il reste, et on continue les cours de religion pareil qu’avant, l’amitié, les copains, « religare »… Au CE2 - c’est l’année d’avant - j’ai neuf ans et je vais faire ma première communion. Comme j’attends ça ! Mes parents ont fait un choix un peu bizarre à mon baptême : ils m’ont choisi une marraine et un parrain, leurs cousins, que tout oppose. Ma marraine est femme de ménage et a un langage de charretier, mais elle se montre toujours très aimante avec moi ; mon parrain est DRH et vit dans le luxe avec une femme bourgeoise pleine de manières, je les vois peu. Ma mère, qui est toute simple, a de gros complexes vis-à-vis de cette femme. C’est la grande discussion avant ma communion : ça ne sera pas assez bien pour eux si le repas est à la maison. Alors ils se mettent en frais, ils décident de réserver au café-restaurant d’à côté. Tout est prévu. Quelques jours avant ma communion, mon parrain fait savoir qu’ils ne viendront pas, sa belle-mère a son anniversaire. Ça reste un sujet de vexation pendant pas mal d’années pour mes parents… On fait quand même le repas au restaurant. Moi je suis triste parce que mon parrain ne viendra pas. Pour se faire pardonner, il m’offre une superbe médaille de la Sainte Vierge, tellement lourde et travaillée que ma mère aura peur que je la perde et par la suite, je n’aurai le droit de la porter que le dimanche, et encore… Tout cela ne me gâche pas complètement le bonheur de ma communion. Parce que moi, au fond du coeur, j’ai un vrai ami, et que ce jour-là, je vais vraiment le rencontrer : c’est notre curé que j’aime qui nous l’a dit. Ce jour-là, je vais recevoir Jésus. D’ailleurs c’est ce que mon oncle prêtre me dit d’écrire sur mes images de communion : « J’ai reçu Jésus Pain de Vie le 24 juin 1973 ». Et j’écris ça à la main sur toutes mes images, un gros paquet d’images modernes pas belles qu’il m’a données, j’aurais préféré les images que je regarde tous les dimanches dans mon sac à main pendant la messe et que mes camarades vont avoir aussi, avec des Jésus en berger dans de beaux paysages. Mais ça, ça ne me gâche pas non plus le bonheur de ma communion.

Je suis pleine de ferveur ce jour-là quand on s’avance dans l’allée, toutes les filles en blanc et les garçons en costume, et qu’on chante : «Nous marchons vers l'unité, Nous marchons vers l'unité, L'unité de tous les hommes. Dans le fond de mon coeur, Je sais que Dieu, le Seigneur, Avec lui nous rassemblera. Jamais nous n'aurons plus peur ! Jamais nous n'aurons plus peur, Car l'amour est notre force. » J’y crois de tout mon coeur ! C’est le plus beau jour de ma vie d’enfant. Gamine, je vais à la messe tous les dimanches avec mes soeurs et mon père. Ma mère y va en général plus tôt le matin ou le samedi soir, pour pouvoir préparer le repas du dimanche. A cette époque, il y a encore beaucoup d’enfants à la messe, c’est aussi le rendez-vous avec les copines. Parfois je me fais gronder parce que je bavarde trop, dans les rangs du devant, côté filles - on ne se mélange pas avec les garçons dans ces années-là. Tout ce que j’entends à l’église m’est familier. L’Evangile, les paraboles de Jésus, je les écoute semaine après semaine et ils s’imprègnent en moi. Notre curé fait le plus souvent des homélies à caractère social. Il est toujours du côté du plus pauvre, du plus opprimé, du plus méprisé, du plus exploité dans la société. Les gens du village disent de lui qu’il est socialiste, et plus tard, de son successeur, que celui-là est encore pire, qu’il est communiste. Pour ma famille et moi, on pense tous qu’il est dans le juste, que l’Evangile c’est ça, mes parents ont des idées de gauche et c’est parfaitement en harmonie avec notre foi. Pas pareil avec mon oncle, qui est prêtre dans un autre village. De sa bouche on n’a pas le même son de cloche. Pour lui ce qui compte, c’est la pratique religieuse, la morale, le respect des traditions, la liturgie. Il critique souvent nos prêtres, il ironise sur leurs engagements à l’ACO (action catholique ouvrière). Pour moi ce qui importe, c’est ce que je perçois dans les agissements d’une personne. J’observe que notre curé met complètement en pratique ce qu’il prêche, que c’est un homme d’une gentillesse et d’une disponibilité extraordinaires, et de l’autre côté que mon oncle est toujours dans la critique, les interdits, les conflits familiaux, les leçons de morale, le jugement négatif sur autrui. Alors mon choix est vite fait. J’ai la foi en l’Evangile tel que je le perçois dans ma paroisse, et pas dans un catalogue de règles ecclésiales à respecter. Tout ce que j’apprends en cours de religion à l’école et plus tard au collège va dans le même sens : l’amour d’autrui. C’est pour moi le fondement de ma foi.

(à suivre)

 

kkkkkkkkkkkkkkk

16:21 Publié dans RÉCITS | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique