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05/03/2012

05/03/2012 : LE BLOGUE D'EDMOND PROCHAIN


LECTURE BIBLIQUE

Le blogue d'Edmond Prochain

(Edmond PROCHAIN est un journaliste chrétien, qui a le talent de dire les choses les plus profondes avec un humour désopilant : en voici le dernier témoignage)

3 mars 2012

Tête à lectures

Je suis entré pour la première fois dans cette petite église du sud de la France un dimanche soir d’une fin de mois d’août, après avoir roulé toute la journée. Il faisait chaud. Et je ne le dis pas seulement pour faire un effet de style avec une phrase factuelle et très ramassée juste derrière une séquence sensiblement plus longue et avant d’enchaîner avec une autre phrase longue ; non, en réalité, j’avais même noté ce jour-là des pointes absolument indécentes en terme de température et de degré d’humidité. Il faisait donc très chaud, même si je commence à réaliser que mes tentatives d’effets de styles sont moisies, dans la mesure où cette information n’est absolument pas pertinente pour la suite… Bref : j’étais dans une région inconnue, une ville inconnue, une paroisse inconnue, j’étais moi-même un inconnu et en plus j’avais trop chaud, et le prêtre s’est dirigé vers moi d’un air décidé pour me demander si j’accepterais de faire la deuxième lecture.

Dans cette autre église que je connais un peu mieux, plutôt dans l’ouest et plutôt à l’automne, mais où je n’avais pas remis les pieds depuis bien sept ans, les habitués se saluaient poliment de la tête, d’un bout à l’autre de leur banc. Il y avait là déjà toutes sortes de crânes : des boucles blondes, des dégarnis, des cendrés, des blanchis, des longs, des ras, des lisses, des hirsutes, des soyeux, des gras, des couverts, un rouge pétaradant. Certaines assemblées chrétiennes sont comme des vaisselles dépareillées : on se dit d’abord qu’elles ne ressemblent à rien, qu’elles ne sont pas présentables, et puis on oublie complètement au moment de passer à table. En tout cas, celle-ci ne ressemblait pas à grand chose, et le prêtre était un peu taillé du même bois, improbable et touchant. Si touchant, même, que c’est à mon épaule qu’il est venu le manifester juste avant le début de la messe : je ferais bien la première lecture, n’est-ce pas ?

Cette fois-ci, je l’ai senti dès que je suis entré. Petite église de petit village, aussi blanche de pierres que de paroissiens. A peine un pied posé dans la nef, la responsable de la liturgie (pourtant occupée à ralentir encore la chorale, des fois qu’il resterait encore un peu de rythme dans le chant qu’ils répétaient alors) a posé son œil d’aigle sur moi. J’ai senti par anticipation ses serres se refermer sur mon dos pour m’entrainer contre mon gré jusque dans son nid – autrement appelé ambon. J’avais raison : quelques minutes à peine plus tard, juste le temps d’expédier un sanctus deux tons en-dessous (je suis taquin, mais en réalité assez admiratif du dévouement d’une telle femme, même si mon oreille saigne un peu – je parle de mes oreilles au singulier parce que l’autre s’est déjà suicidée), la voilà qui fond sur moi et me lance, nasillarde : “Un peu de jeunesse, ça va nous faire du bien pour la lecture !”

Je n’y peux rien : j’ai une tête à lectures.

Avec les années, il aura bien fallu me rendre à l’évidence : je suis le genre qui plaît pour une lecture improvisée. Un “aspirateur à grands-mères et à curés”, comme disait ma sœur autrefois (aujourd’hui, elle niera en bloc avoir jamais rien affirmé de tel, c’est évident). Il suffit que je débarque dans une paroisse pour que – crac – l’irrépressible envie de me confier une lecture s’impose dans l’esprit de quelques autochtones comme l’idée de l’année pour meubler la liturgie. C’est valable partout, sauf chez moi. Car curieusement, je n’ai jamais tant de succès que dans des paroisses où je suis un parfait inconnu.

Bien sûr, cette situation a quelque chose de flattant. Mais pas que. Je passerais volontiers sur le fait qu’elle dérange régulièrement mon désir tout naturel et très catholique de pantouflisme eucharistique : c’est vrai, j’aime bien me cacher pendant les célébrations, mais je prends avec philosophie les coups de pieds dans le fondement que constituent ces demandes bien innocentes. Après tout – me dis-je en souriant et en moi-même… Pourtant, vient toujours une crainte sensiblement plus profonde : moi que l’on vient solliciter pour lire la Parole, est-ce que ce n’est pas au détriment de quelqu’un dont le désir secret serait qu’on le sollicite, un jour ? Un habitué tellement fidèle et timide qu’il ferait partie des chaises, et à qui personne ne demande jamais rien pour ne pas le déranger et devoir faire sa connaissance, alors qu’être dérangé ne le dérange pas ?

J’en frémis. (Oui, c’est le retour de l’effet de style moisi du début de ce billet.)

Et même si je me plie souvent de bonne grâce à la montée au micro, je trouve parfois – comme tout le monde – de bonnes grosses excuses des familles pour ne pas avoir à me décoller de mon banc. Car au rang des techniques pour ne pas sortir du rang, ma boîte à outils recèle quelques stratagèmes habiles. Et je ne parle pas seulement de la bonne vieille méthode de l’imperturbable abîmé en prière au moment où passe le rabatteur ; c’est un classique, mais la montée du sans-gène dans la population de notre pays le rend de moins en moins efficace. Au contraire, préférez la tactique – dite – de Judas, elle-même très efficace : quand on s’approche de vous pour vous demander si vous accepterez de faire une lecture, répondez avec négligence en désignant votre voisin : “Moi non, mais lui oui.” Évidemment, il faut venir à la messe avec un ami (ou un parent), mais c’est assez imparable. Autre subterfuge qui a fait ses preuves : l’accent étranger à couper au couteau et le français épouvantable qui va avec. Si ce rôle est joué avec suffisamment d’aplomb et une mine d’incompréhension absolue de ce qu’on vous demande, il s’avère très difficile à détecter. Pour peu qu’on ne la ramène pas trop ensuite durant les chants et les répons. Mais la technique la plus efficace pour se dérober au moment de se faire refourguer une lecture est encore probablement celle qui consiste à répondre en se composant un visage confus : “Je veux bien… mais je ne sais pas lire…” C’est très fort, mais il existe tout de même un risque : celui de se retrouver avec un panier de quête en lot de consolation !

Edmond PROCHAIN

(pour s'abonner à son "Blogue" : http://edmondprochain.wordpress.com/)

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10:13 Publié dans RELIGION | Commentaires (0)

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