27.01.2012
LE PETIT POISSON ET LE PÊCHEUR (La Fontaine)

Le petit Poisson et le Pêcheur
Petit poisson deviendra grand
Pourvu que Dieu lui prête vie;
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c'est folie:
Car de le rattraper il n'est pas trop certain
Un carpeau, qui n'était encore que fretin,
Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.
«Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin;
Voilà commencement de chère et de festin :
Mettons-le en notre gibecière.»
Le pauvre carpillon lui dit en sa manière :
«Que ferez-vous de moi ? Je ne saurais fournir
Au plus qu'une demi-bouchée.
Laissez-moi carpe devenir :
Je serai par vous repêchée;
Quelque gros partisan m'achètera bien cher :
Au lieu qu'il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de ma taille
Pour faire un plat. Quel plat ? croyez-moi, rien qui vaille.
- Rien qui vaille ? Eh bien ! soit, repartit le pêcheur :
Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur,
Vous irez dans la poêle; et vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire .»
Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras;
L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.
NOTES :
Je tiens pour moi: Je considère.
C'est folie: Rappelons que La Fontaine était Maître des Eaux et Forêts et qu’une Ordonnance d’août 1669 faisait obligation aux pêcheurs de rejeter, sous peine d’amendes, les poissons trop petits. Le trait est donc particulièrement succulent dans la bouche de celui qui, par sa fonction, devait défendre cette ordonnance.
Il n’est pas trop certain: on n’est pas trop certain.
Fretin: Tout petit poisson (vient de l’ancien français ‘fraindre’ et du latin ‘frangere’ qui signifie ‘briser’ et qui donneront naissance à ‘fret’, débris).
Partisan: Financier chargé de recueillir les impôts et, par extension, symbole de tout riche parvenu.
Tiens: S’écrivait couramment ‘tien’, bien que n’ayant rien avoir avec le possessif.
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26.01.2012
CAS DE CONSCIENCE

Comment réagir à un ordre immoral ?
Vie professionnelle. Pression économique oblige, certaines entreprises sont prêtes à tout pour rester compétitives. Au détriment parfois du respect des personnes. Certains salariés sont pris en tenaille entre leur mission et leurs convictions.
La réunion de notre équipe MCC portait ce soir-là sur les rapports entre stratégie personnelle et stratégie d’entreprise. Le fait que rapporta l’un des membres de l’équipe occupa vite tout le champ de l’échange: «Mon Directeur Général a décidé de virer la jeune cadre commerciale de l’entreprise et me charge de constituer un dossier contre elle, de trouver des raisons pour la coincer. Or il n’y a aucun élément objectif à l’appui, c’est un dossier vide…». Ce type de cas n’est évidemment pas isolé.
La trentaine, marié et père de deux enfants, Cyril est cadre juridique dans la filiale informatique d’un groupe américain. Cette société s’est vite développée, jusqu’à compter aujourd’hui soixante-dix salariés. Ceux-ci sont bien rémunérés, mais l’entreprise est exigeante en termes de résultats, et nul n’est assuré d’y garder longtemps sa place. Comme c’est souvent le cas aujourd’hui, dès qu’une action, un comportement, fait courir un risque aux finances, à l’efficacité ou à la réputation de l’entreprise, celle-ci préfère se séparer de la personne mise en cause.
Une décision injustifiable
Ce n’est pas le premier dossier que Cyril doit constituer pour faire partir quelqu’un; mais auparavant, il y avait toujours une matière défendable, plaidable. La grande différence dans le cas présent tient à ce qu’il n’y a ni fait ni raison professionnelle imputables à cette jeune commerciale. La raison invoquée, aussi simple qu’imprécise, exprime clairement l’intention qui la sous-tend: les résultats de l’année ont été moins élevés qu’espéré. La maternité de la jeune femme ne lui a pas permis d’être aussi active que les autres. En se séparant d’elle, les autres commerciaux comprendront qu’ils doivent travailler davantage.
Mais les clients contactés vantent la qualité de service et de relation de la jeune femme, tandis que les avocats de l’entreprise soulignent l’aspect juridiquement indémontrable de la raison invoquée, à savoir le manque à gagner entraîné par la situation familiale de la commerciale. Le seul argument qui pourrait peser pour une séparation à venir consisterait à faire valoir une moindre disponibilité (due à la maternité) qui ne correspondrait plus exactement au profil sur lequel elle avait été embauchée. Mais Cyril refuse cet argument, étant lui-même père de famille.
Lors de notre réunion MCC, deux questions surtout inquiètent Cyril. Tout d’abord: quelle attitude adopter envers la commerciale? Doit-il ou non la rencontrer? Il a besoin d’elle pour monter le dossier. Mais, comme ce dossier est vide, sur quoi peut bien porter l’entretien? Ce n’est pas à lui de lui révéler les intentions de son patron. L’autre question concerne sa relation avec le directeur général: comment répondre à sa demande alors qu’il y a clairement à ses yeux une injustice? En même temps, il ne peut actuellement courir le risque de perdre sa place dans l’entreprise.
Reconnaître que je suis responsable
Notre réunion a été l’occasion pour Cyril d’une forte prise de conscience, qui l’a aidé à progresser non seulement dans l’appréhension de cette situation, mais plus généralement dans l’approche de sa fonction et de son rôle dans l’entreprise: «Ma première réaction avait été de me dire que je devais me sentir extérieur à tout cela, pour me protéger. Donc, je m’implique dans la limite de mes compétences professionnelles. Mais je ne suis pas l’auteur ni le responsable de la décision». Cyril a compris que cette attitude était fausse, qu’il n’était pas extérieur, mais un maillon de la chaîne.
L’image biblique du «piège», telle qu’on la trouve dans les Psaumes, ou tout simplement dans la Passion, a été longuement regardée ce soir-là. L’image est très parlante par les différents éléments qui constituent le piège où le «juste» va tomber: on «intrigue, épie, calcule, dissimule… ils se forgent une parole maligne…». Mais le piège est aussi celui dont les auteurs, comme les victimes, sont parties prenantes, et il peut se retourner contre ceux qui l’ont monté; c’est d’ailleurs l’espoir secret du psalmiste.
Cette image du piège, qu’il contribue à construire en étant lui-même piégé, sans liberté, a permis à Cyril de prendre de la distance et de considérer de manière différente les relations professionnelles dans lesquelles il est impliqué. Peut-être convient-il de parler ici de relations plus vraies, plus incarnées. Certes, dans le cas précis de cette collègue, il convenait de garder une grande discrétion avec elle, dans la mesure où le dossier était vide. Mais avec d’autres personnes et dans d’autres situations, Cyril s’est aperçu qu’une trop grande extériorité, une absence de réactions ou de paroles de sa part pouvaient, étant donné sa fonction, être mal interprétées. En clair, il aurait pu avertir telle ou telle personne dont le comportement ne convenait pas dans l’entreprise, et prévenir ainsi le danger.
Guetter le moment favorable
Cela a modifié aussi son rapport au directeur général, le faisant sortir d’une vision trop étroitement hiérarchique pour entrer davantage dans une relation de compétence et de conseil: il appartient à Cyril par sa fonction d’indiquer à son directeur, non seulement les impasses juridiques, mais aussi les inconvénients de décisions qui pourraient à terme porter préjudice à l’entreprise, à son efficacité, et à sa notoriété. C’est d’ailleurs ce qui vient de se produire: sur un autre dossier, l’entreprise a été condamnée aux prud’hommes, ce qui a eu pour effet d’arrêter tous les autres dossiers en cours. Entre-temps, Cyril avait averti son directeur que le dossier constitué n’était pas bon et peu soutenable, de manière à laisser passer du temps et à reprendre avec lui la question.
Dans ces situations où l’on est contraint d’obéir à un ordre immoral, deux éléments sont indispensables:
Ne pas rester seul, mais prendre conseil de personnes en qui on a toute confiance. Le but n’est pas ici uniquement d’être éclairé par d’autres avis. C’est aussi un lieu de partage et d’appui. Cela a été décisif dans le changement et la détermination de Cyril. Prendre du temps et du recul, alors même que la violence ou l’incompréhension de la décision, voire la surprise, peut nous jeter immédiatement du côté de la victime ou parfois du décideur. Précisément, dans ces situations où sont engagées une vision de l’homme et des valeurs morales, il est fondamental de construire une position réfléchie, qui permette au décideur de revoir sa stratégie, d’élargir son argumentaire et sa vision, et, peut-être, de revenir sur sa décision.
Pour un chrétien, le temps de l’action est toujours celui du «moment favorable» de l’Évangile, celui où l’Esprit peut, à la faveur d’une parole, d’un conseil ou d’une attitude, habiter un cœur ou une pensée. Le temps de l’action n’est pas seulement celui du raisonnement et du faire, mais aussi celui de la parole qui donne sens et qui fait vivre.
Remi de Maindreville, sj.
(Source : « Cahiers croire.com »)
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25.01.2012
25 janvier : DERNIER JOUR DE LA SEMAINE DE L'UNITÉ

Huitième jour Thème :
Réunis dans le Royaume du Christ
Texte :Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône (Ap 3,21)
Lectures
1 Ch 29,10-13 Dans ta main, le pouvoir de tout élever
et de tout affermir
Ps 21,1-7 Tu poses sur sa tête une couronne d’or
Ap 3,19b-22 Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi
sur mon trône
Jn 12,23-26 Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera
Commentaire
Jésus Christ est le premier né d’entre les morts. Il s’est humilié et a été exalté. Le Christ ne se rassasie pas de sa victoire, mais partage son règne et son exaltation avec toute l’humanité.
L’hymne de David, jailli de la joie du roi et de son peuple avant la construction du Temple, est une façon d’exprimer cette vérité que tout arrive par grâce. Même un simple monarque terrestre peut figurer l’image du royaume de Dieu, qui a le pouvoir de tout élever et de tout affermir.
Le psaume royal d’action de grâces poursuit cette idée. La tradition chrétienne lui accorde, elle aussi, une portée messianique ; le Christ est le véritable Roi, celui qui bénit et qui donne la vie, présence parfaite de Dieu au milieu de son peuple. En un sens, cette image peut aussi se référer au peuple. Les êtres humains ne sont-ils pas le couronnement de la création ? Dieu ne veut-il pas nous faire « cohéritiers avec son Fils et « membres de sa famille royale » ?
Les lettres du Livre de l’Apocalypse aux sept Églises locales constituent un message à l’adresse de l’Église de tous les temps et de partout. Ceux qui accueillent le Christ chez eux seront tous invités à partager avec lui le banquet de la vie éternelle.
La promesse de siéger sur des trônes, faite auparavant aux Douze, s’étend désormais à tous ceux qui ont obtenu la victoire. Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. On peut rattacher le Je suis de Jésus au nom indicible de Dieu. Le serviteur de Jésus, que le Père honorera, sera là où est le Seigneur, qui siège désormais à la droite du Père pour y régner. Les chrétiens ont conscience que l’unité entre eux, même si elle requiert des efforts humains, est avant tout un don de Dieu. Elle consiste à partager la victoire du Christ sur le péché, la mort et le mal qui est cause de division. Notre participation à la victoire du Christ aura sa plénitude dans les cieux. Notre témoignage commun rendu à l’Évangile devrait manifester au monde un Dieu qui ne nous restreint ni ne nous domine. Il faudrait que nous annoncions de façon crédible aux gens de notre temps et de notre époque, que la victoire du Christ dépasse tout ce qui nous empêche de partager la plénitude de la vie, avec lui et les uns avec les autres.
Prière
Dieu tout puissant qui gouvernes toute chose, apprends-nous à contempler le mystère de ta gloire. Fais que nous acceptions tes dons avec humilité et dans le respect de la dignité de chacun. Que ton Esprit Saint nous affermisse dans les combats spirituels qui se présenteront à nous, afin que notre unité dans le Christ nous fasse régner avec lui dans la gloire. Nous te le demandons par lui qui s’est humilié et a été exalté, et qui vit avec toi et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.
Pistes de réflexion
1. Comment la fausse humilité et le désir de gloire terrestre se manifestent-ils en nos vies ?
2. Comment exprimons-nous ensemble notre foi dans le Règne du Christ ?
3. Comment vivons-nous ouvertement notre espérance en la venue du Royaume de Dieu ?
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